Lille fait place aux villes recyclables et résilientes

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Partant du constat que la réhabilitation thermique des très nombreuses maisons de ville dites 1930 n'était pas assez rapide, les étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille (ENSAP) ont cherché à résoudre ce problème en collaboration avec des chercheurs, des compagnons du devoir, des entreprises de BTP et des aménageurs.
Partant du constat que la réhabilitation thermique des très nombreuses maisons de ville dites 1930 n'était pas assez rapide, les étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille (ENSAP) ont cherché à résoudre ce problème en collaboration avec des chercheurs, des compagnons du devoir, des entreprises de BTP et des aménageurs. (Crédits : Reuters)
Le collectif belge Rotor, l’Atelier Hart Berteloot et les associations lilloises La Fabrique des Quartiers et Habiter 2030 innovent pour une transformation flexible et réversible des bâtiments, des quartiers et des villes. Invités par l’Observatoire de la Ville de la Fondation d’entreprise Bouygues Immobilier, ils ont présenté à Lille leurs projets.

Réemploi de matériaux et de produits issus de la déconstruction de bâtiments, nouvelles approches de la démolition, utilisation de parpaings recyclés, réhabilitation énergétique des maisons de ville, recyclage de parcs anciens privés dégradés, transformation de quartiers populaires en lien avec les habitants, les exemples mis en avant lors de la rencontre organisée à Lille par l'Observatoire de la Ville illustrent le dynamisme de la métropole en matière de développement urbain durable. Dommage qu'aucun acteur de la filière du recyclage de déchets n'ait été invité à ce débat qui avait pour ambition de traiter du recyclage de la ville depuis le réemploi des matériaux jusqu'à la transformation des quartiers. Car comme l'a dit Christian Devillers, architecte-urbaniste personnalité du Who's Who in France, « la transformation des immeubles construits en béton après la seconde guerre mondiale est bien plus difficile à réussir que celle des anciennes maisons. Les usines, les grands ensembles et les espaces dallés sont autant de morceaux de villes pour lesquels on n'a pas trouvé de solution de substitution. On n'a rarement d'autres choix que de les démolir ». Avec pour conséquence des tonnes de matériaux qui partent en décharge.

Faire l'inventaire et récupérer tout ce qui est réutilisable

Pour Maarten Gielen, cofondateur du collectif belge Rotor, il est temps de repenser la réutilisation des matériaux et des matériels entrant dans la construction des bâtiments.

« De grands efforts ont été faits sur l'efficacité énergétique des bâtiments. Les solutions existent. Il n'y a plus grand-chose à faire de ce côté là. En revanche, on a ignoré l'énergie contenue dans les matériaux. Or la première énergie économisée est celle qui n'est pas consommée. Aujourd'hui, on a le choix entre figer les investissements immobiliers ou repenser la réutilisation des éléments du bâti. Mais cela pose beaucoup de problèmes du fait des contraintes législatives. La solution serait d'avoir des matériaux de seconde main aussi faciles à utiliser que les neufs »

Pour y parvenir, le collectif Rotor mobilise les opérateurs qui proposent des pavés, des tuiles, des briques ou des profils en acier en offrant le même service que les distributeurs de matériaux neufs. Il aide à réécrire les codes techniques d'utilisation pour les adapter aux pièces recyclées. Il stimule le réemploi pour éviter les contraintes législatives propres à la gestion des déchets.

« Avant la démolition, nous organisons l'inventaire et l'enlèvement de tout ce qui est directement réutilisable. Nous offrons ce service gratuitement aux propriétaires des bâtiments. L'année dernière, nous avons réussi à vendre 500 tonnes de produits de seconde main. Ce sera le double cette année et nous allons lancer ce service à Paris ».

La démarche de Rotor s'inscrit bien dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'économie circulaire. Mais comme l'a souligné le sociologue Alain Bourdin il existe de nombreux obstacles à sa mise en place. Des obstacles qu'il est possible de lever.

Changer la législation et faire adhérer le grand public

« Il va falloir faire bouger les normes et le droit. Les architectes, les urbanistes et les maitres d'œuvre doivent davantage s'atteler à cette question. Nous avons besoin de base de données sur les matériaux recyclables et nous appuyer sur les avancées du numérique pour le faire. Pour qu'on puisse recycler, il faut que cela soit socialement accepté. C'est bien plus important que d'embêter les gens avec la gestion de leur compteur électrique. Il est enfin nécessaire de voir comment articuler ensemble le recyclage de la ville, celui des bâtiments et la réutilisation des matériaux ».

Une articulation que facilite l'approche en circuit court. Mais impossible pour les architectes de l'imposer dans le cadre des marchés publics. A eux donc de négocier ensuite avec les entreprises de BTP l'utilisation de matériaux recyclés à proximité du chantier. Ce qu'ont réussi à faire ceux de l'Atelier Hart Berteloot AAT pour que le centre éducatif de Quesnoy-sur-Deûle soit construit avec des parpaings fabriqués par une entreprise locale à partir de produits recyclés. Ce cabinet d'architecture a mis également en avant son travail mené avec l'association de réinsertion La Sauvegarde du Nord. Cette dernière intervient sur des chantiers de déconstruction et récupère des tas de choses. Il s'agit de l'aider à écouler tout ce qu'elle stocke en exploitant les filières de recyclage.

Le Solar Decathlon Europe 2018 en vue

Partant du constat que la réhabilitation thermique des très nombreuses maisons de ville dites 1930 n'était pas assez rapide, les étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille (ENSAP) ont cherché à résoudre ce problème en collaboration avec des chercheurs, des compagnons du devoir, des entreprises de BTP et des aménageurs. Ensembles, ils ont travaillé à l'échelle du bâtiment, de l'îlot et d'une parcelle dans le cadre d'une réelle coopération entre différents acteurs. Un projet avec lequel ils comptent concourir au Solar Decathlon Europe de 2018.

La Fabrique des Quartiers, association créée en 2010 par la métropole lilloise et les villes de Lille, Roubaix et Tourcoing, s'attèle à réhabiliter des maisons et des quartiers insalubres constitués pour la plupart d'habitations individuelles détenues en majorité par des propriétaires à très faibles revenus. La MEL lui a confié la mission de remettre sur le marché de l'immobilier plus de 10 000 logements vacants dégradés.

Recycler les logements vacants vétustes

« Nous commençons par une première tranche de 2 000 logements. Nous établissons un diagnostic technique et juridique maison par maison. Tous ne seront pas recyclables. Il faudra en démolir », indique Vincent Bougamont.

Sachant que l'Etablissement Public Foncier prend à son compte le déficit foncier entre le prix de la revente du terrain nu et celui que lui ont couté l'achat de l'habitation et sa démolition, rénover le logement perd souvent de son intérêt quand il est trop vétuste.  D'où l'importance que revêt le réemploi des matériaux de déconstruction dans le recyclage des villes tel que l'ambitionne l'Observatoire de la Ville.

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