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Edwige Ravry, l’experte en finance devenue ingénieur du pétrole

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(Crédits : DR)
Elle vient de remporter le Prix Trajectoires HEC au féminin catégorie jeune pousse, sur le thème du « switch ». Edwige Ravry, entrée chez Total à l’obtention de son diplôme en 2007, est aujourd’hui l’une des rares femmes à travailler comme ingénieur forage sur une plateforme pétrolière. Un parcours qui n’a pas été linéaire, mais d’autant plus exceptionnel qu’il s’agit d’une première, dans l’histoire du groupe, pour un(e) diplômé(e) d’Ecole de Commerce.

« Rien ne me prédestinait à être assistante superviseur de forage sur une plateforme pétrolière, et c'est pourtant le poste que j'occupe aujourd'hui », s'exclame Edwige Ravry qui, à tout juste 34 ans, a déjà vécu plusieurs vies en une. Car il en faut de l'énergie et de la détermination pour réaliser le switch qui fut le sien en 2013 : passer d'un poste dans la valorisation financière à celui d'ingénieur. D'autant plus, et ce n'est un secret pour personne, que le secteur compte très peu de femmes. Edwige fait en effet partie des rares femmes à superviser une centaine d'hommes sur une exploitation de gisement pétrolier en pleine mer. Alors, sans vouloir rentrer dans le mélo, le parcours n'a pas toujours été simple et certains ont même tenté de la dissuader d'aller vers l'impossible. Mais avec beaucoup de passion, d'enthousiasme, de professionnalisme et de chance aussi, les rêves deviennent parfois réalité. Rêve ? « En fait, j'ai découvert mon appétence pour les aspects techniques au fur et à mesure que j'avançais dans ma carrière. En sortant d'HEC je suis entrée chez TOTAL par la voie « classique » en travaillant dans la branche finance pendant 4 ans en France et en Ecosse. J'étais certes au cœur des stratégies, mais j'ai très vite pris conscience qu'il me manquait l'aspect concret du métier. J'avais envie de participer à la résolution des problèmes. Je voulais comprendre comment forer les puits, comment traiter la production et transporter les hydrocarbures depuis la mer ». La soif de technicité est si forte, qu'Edwige demande à effectuer un séjour de deux jours sur une plateforme de production. « Et là, c'est le déclic. J'ai vraiment réalisé que je voulais être confrontée à la partie technique de l'ingénierie pétrolière ».

Hasards et opportunités

En 2011, accompagnée de son mari et de leur bébé, Edwige s'installe au Canada pour représenter Total dans la relation partenaire sur une Joint Venture visant à développer un nouveau projet pétrolier. « J'étais totalement fascinée par les aspects techniques du projet. C'était plus fort que moi », se remémore la jeune femme. Alors quand son collègue ingénieur est contraint à l'arrêt maladie suite à un accident domestique, au moment même où leur directeur était en déplacement pour un mois, il lui revient la charge de présenter l'étude en cours. « Je ne sais pas comment expliquer cela, mais parfois il y a des hasards qui sont des occasions de faire. A ce moment, j'ai saisi l'opportunité qui s'offrait à moi et je me suis lancée seule sur le projet ». Et la voilà qui dirige l'étude de brainstorming technique visant à concevoir un schéma de développement innovant pour redresser la rentabilité du projet. Il faut croire que le professionnalisme d'Edwige fit rapidement ses preuves, car six mois plus tard, son directeur l'invite à présenter les conclusions de l'étude à sa place. La délégation spéciale composée de membres du Comité Directeur de l'Exploration Production, convaincue par la présentation d'Edwige, l'encourage à poursuivre dans la voie technique. « Avec cette présentation, j'ai réalisé que tout était possible. J'ai décidé de changer de métier ». Nous sommes en 2013, Edwige Ravry quitte ses fonctions business pour devenir ingénieur forage.

Du business à l'ingénierie

« Bien sûr, j'ai eu l'impression de sauter dans le vide, de recommencer à zéro, même si je connaissais bien le terrain et que j'avais le soutien de TOTAL. Mais malgré tout, c'était un risque, en tout cas un vrai challenge pour lequel j'ai dû faire une formation technique à Pau avant de retourner en Ecosse où je travaille comme assistante superviseur de forage ». Les 100 personnes qui font tourner le « rig » ou appareil de forage travaillent jour et nuit, 7 jours sur 7 et sont dirigés par un superviseur de jour et un superviseur de nuit ; Edwige les assiste dans leurs tâches, surveille les paramètres de forage (pression, débit, vitesse de rotation de la tige de forage, % de gaz...), veille au respect des règles de sécurité afin de détecter les problèmes au plus tôt et d'optimiser les opérations. Elle aspire à devenir, d'ici peu, superviseur de nuit. Un parcours atypique qu'Edwige est heureuse d'avoir accompli même au prix de certains sacrifices, car vivre en rotation entre mer et terre n'est pas facilement compatible avec une vie de famille. « C'est vrai, la vie n'est pas linéaire et certains choix sont difficiles à faire. Mais je crois qu'il est essentiel d'écouter ses passions et d'être attentif à ce qui nous épanouit. Persévérer, et quoi qu'il arrive, rebondir et saisir sa chance. Il y a toujours une grande part de hasard dans ce qui nous arrive. Mais c'est peut-être ce hasard qui rend les choses possibles ».

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Commentaires
a écrit le 06/11/2017 à 13:03 :
Sortir du carcan formateur d'HEC ne peut être que le signe d'un vrai caractère.

"En sortant d'HEC je suis entrée chez TOTAL par la voie « classique » en travaillant dans la branche finance pendant 4 ans en France et en Ecosse."

HEC va donc bel et bien pouvoir changer de nom en HEF, où la désertion totale des hautes écoles pour le travail afin de ne se focaliser que sur la rente, il est bien évident que du coup nombres de talents sont gâchés par ces écoles obnubilées par la finance alors que comme on le voit la passion pour le vrai, pour le concret, pour le vivant, c'est quand même autrement plus stimulant.

Gagner toujours plus toujours plus vite a ses limites, les robots peuvent faire ça très bien sans gâcher le potentiel humain vers l'inutile, le stérile, pire le péril.

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