La Tribune

Grazia, Auto Plus, Sciences et Vie : les recettes de Mondadori pour résister à la crise de la presse

Quelques titres édités par Mondadori
Quelques titres édités par Mondadori
Sandrine Cassini  |   -  708  mots
Pour maintenir ses revenus, Mondadori décline ses titres historiques sur plusieurs périodicités. Il n'oublie pas le numérique, mais les nouveaux supports pèsent moins de 2% des revenus. Lancé en 2009 face à Elle, Grazia devrait devenir rentable cette année.

C'est le paradoxe de la crise de la presse : la diffusion du papier -et son chiffre d'affaires- baissent inexorablement, mais, le Web, malgré des lecteurs de plus en plus nombreux, ne génère que de faibles revenus. Longtemps épargnés, les magazines n'échappent pas à cette difficile équation. En Italie, RCS Media Group, qui édite le premier quotidien italien, Corriere della Sera, a annoncé 800 suppressions de postes et la fermeture de 10 magazines. L'Express-Roularta va faire partir 80 personnes, soit environ 10% de ses effectifs, fermer le mensuel L'Entreprise et fusionner deux magazines de décoration.

Dans cet univers compliqué, le groupe Mondadori, qui édite en France, les deux magazines people Closer et Tele Star, Sciences et Vie, Auto Plus, Top Santé, Nous Deux, le Chasseur Français, et surtout l'hebdomadaire féminin Grazia, dont la version française a été lancée en 2009, exécute un exercice d'équilibriste compliqué. Même si «l'avenir, c'est le Web et le mobile», a indiqué son patron, Ernesto Mauri, le groupe continue d'investir là où sont les revenus: le papier.

Une foule de périodicités pour maintenir les revenus

Ainsi, chaque «marque média» a été déclinée sur une foule de périodicité et de thématiques. Par exemple, Closer a sa version bimestrielle et son opus jeux. Closer Teen, à destination des adolescentes, a été lancé en février. «Si Closer, qui a perdu en diffusion 150.000 exemplaires, maintient son chiffre d'affaires et sa rentabilité, c'est grâce à la déclinaison de la marque», a indiqué Ernesto Mauri. Dans le domaine de la voiture, Mondadori, qui édite l'hebdomadaire Auto Plus, le quinzomadaire Auto journal, publie aussi un trimestriel, des hors-séries, dont il lancera deux nouvelles éditions en 2013. Le bimestriel Auto Classiques, mis en kiosque l'an passé, et consacré aux voitures de collections, est prorogé.

Grazia rentable en 2013

Mondadori met également le paquet sur la cible féminine. Le groupe fera revivre en avril un ancien titre d'Emap, Vital, cette fois à destination des 20-35 ans. Quatre ans après son lancement français face à Elle, Grazia, dont la formule subit cette semaine une cure de jouvence, sera rentable en 2013, avec une année de retard sur le calendrier initial. Ernesto Mauri ne craint pas l'arrivée prochaine du gratuit The Stylist et du mensuel Vanity Fair, dirigé par Michel Denisot. «En termes de cible, The Stylist est beaucoup plus large. Au Royaume-Uni, où The Stylist est présent, Grazia n'a pas perdu une page de pub. Quant à Vanity Fair, c'est en mensuel à 4 euros avec un objectif de 70.000 exemplaires. Au Royaume-Uni, ce n'est pas considéré comme un féminin», a indiqué le dirigeant.

Mondadori veut faire des acquisitions dans le numérique

Pour autant, Mondadori n'abandonne pas les investissements dans le numérique. Au contraire. Au global, les titres du groupes totalisent sur le web 6 millions de visiteurs uniques. «Nous voulons atteindre 10 millions au plus vite», a indiqué le patron. Le groupe vient de lancer en partenariat avec Café du Net, Brindamour, site de rencontres destinés aux lecteurs du Chasseur Français, dont les petites annonces matrimoniales ont permis à des générations de chasseurs et d'agriculteurs de trouver une compagne. Les deux partenaires partagent le chiffre d'affaires. L'an passé, Mondadori a pris le contrôle de NaturaBuy, un site d'e-commerce d'articles de chasse et de pêche. En septembre 2011, il avait racheté Autoreflex, un site d'achat et de vente de voitures.

Mais le numérique pèse encore peu à l'échelle du groupe. Sur les neuf premiers mois de 2012, il a généré seulement 7 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit 1,9% des 382 millions d'euros de chiffre d'affaires. «L'objectif, c'est d'atteindre 35 millions d'euros d'ici 3 ou 4 ans, soit 10% des revenus. Nous ne pourrons pas le faire tout seul, il faudra passer par des acquisitions», a indiqué Ernesto Mauri.

Le numérique pour compenser la baisse du papier

Mondadori France devrait terminer l'année 2012 sur un chiffre d'affaires en hausse d'environ 10%, mais sur un recul de 2,4% à périmètre constant. Grâce à des réductions de coûts notamment dans la distribution, le résultat d'exploitation devrait afficher une hausse supérieure à 6%. Pour 2013, Mondadori France espère maintenir ses recettes, en compensant une nouvelle baisse du papier par le numérique.

 

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