« Le numérique n'est pas un truc de geek, il concerne tout le monde et bouscule tous les secteurs »

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« En vingt-cinq ans, le Web a profondément modifié notre quotidien » souligne Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation, aux PME et à l'Economie numérique.
« En vingt-cinq ans, le Web a profondément modifié notre quotidien » souligne Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation, aux PME et à l'Economie numérique. (Crédits : Reuters)
La ministre déléguée à l'Innovation, aux PME et à l'Economie numérique, Fleur Pellerin, explique la nécessité pour les entreprises françaises de se préparer à la révolution du "big data" et pour le gouvernement de les accompagner dans cette transformation. Mais aussi de protéger la vie privée des citoyens et de les acculturer au numérique. Une grande fête du numérique aura lieu un week-end de juin sur le modèle des journées du patrimoine.

Un peu plus d'un an après le séminaire gouvernemental sur le numérique, où en est votre action ?

Fleur Pellerin : Nous faisons justement le point sur ces travaux le jour du vingt-cinquième anniversaire du Web. Vingt-cinq ans, c'est peu à l'échelle de la Révolution industrielle et en même temps tout a changé depuis. On ne pouvait anticiper à l'époque à quel point le Web allait révolutionner les sociétés, l'accès au savoir, mais aussi l'économie, les processus de production et de consommation. Le numérique a profondément modifié notre quotidien. Tout le monde est concerné. C'est ce qui amène le politique à se positionner, à se demander comment accompagner cette révolution. C'est la première fois qu'un gouvernement en France prend la mesure de cette transformation et s'empare du numérique de manière aussi interministérielle et transversale, de l'environnement des startups aux infrastructures en passant par l'éducation et la santé.

Depuis le séminaire de l'an dernier organisé par le Premier Ministre, toutes les politiques publiques intègrent cette dimension numérique. Dans ce ministère, nous avons mis sur les rails le plan France Très haut débit, un plan de 20 milliards d'euros sur dix ans dont 3 milliards seront apportés par l'Etat. Nous déroulons aussi depuis deux ans un ensemble de mesures inédites en faveur des startups, parmi lesquelles l'initiative French Tech, dotée de 215 millions d'euros du programme d'investissements d'avenir. Il y aura également un futur projet de loi numérique.

Quels seront les grands axes de ce projet de loi numérique ?

Il rassemblera des dispositions sur l'innovation, sur le développement des entreprises, ainsi qu'un volet sur la confiance dans le numérique, à travers de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les internautes. La loi sera l'occasion de débats publics sur des questions telles que les données personnelles et l'explosion des « big data ».  Il faut trouver un équilibre subtil entre la protection de la vie privée des citoyens et le soutien à l'innovation, afin de ne pas instaurer un cadre qui soit défavorable aux entreprises françaises par rapport aux entreprises européennes ou extra-européennes. Si l'on n'y prend pas garde, on va fragiliser des entreprises françaises comme Criteo ou Millemercis, qui sont devenues de belles ETI, face aux géants du Net.

C'est le Conseil national du numérique qui sera chargé d'organiser dans les semaines qui viennent une très large concertation publique qui devrait se conclure à la fin du premier semestre, en préparation de la loi.

Les entreprises françaises sont-elles bien préparées au numérique ?

Toutes les entreprises ne sont pas sur la même ligne de départ. De nombreux secteurs sont déjà bousculés par des acteurs disruptifs venus du numérique, la presse, la musique, l'audiovisuel, le cinéma, etc. Mais quasiment tous les secteurs vont l'être à leur tour, notamment les services financiers, la grande distribution, l'hôtellerie. Nous nous trouvons aujourd'hui face à un choix : soit nous essayons de repousser au maximum ces évolutions, au risque de boxer en seconde catégorie au niveau mondial, soit nous aidons les acteurs économiques, entreprises et administrations, à s'adapter à l'économie de la donnée.

L'assurance est un excellent exemple : au lieu de demander de remplir un formulaire de 25 critères, les assureurs peuvent déjà calculer l'espérance de vie et les tarifs en fonction de leurs recherches sur Internet avec des algorithmes très puissants, après avoir étudié votre empreinte sur les réseaux sociaux, si l'on vous voit souvent avec un verre de vin et une cigarette par exemple. Cela pose un problème éthique majeur. Autre exemple frappant, l'automobile : les nouveaux acteurs s'appellent Google et Apple, dans l'univers de la voiture connectée, ou Tesla, dans l'électrique, à l'approche complètement nouvelle dans la production et la relation au client : ils arrivent avec des modèles totalement disruptifs.

Tous les secteurs n'ont pas perçu le caractère stratégique de la donnée pour leur développement, c'est ce que nous voyons avec le plan industriel Big Data que pilotent Paul Hermelin et François Bourdoncle. Nous avons donc un devoir de sensibilisation des acteurs. C'est tout l'enjeu de la mission confiée à Philippe Lemoine, sur la transformation numérique de l'économie. L'objectif est d'aider les acteurs à prendre conscience de cette révolution et de les accompagner, plutôt que d'être dans une posture très défensive, de fermer portes et fenêtres. La mission Lemoine ne prétend pas leur apporter toutes les solutions mais des idées pour la transformation de leur modèle, au lieu de la subir. Cette question de la transformation numérique n'est pas toujours bien appréhendée dans le débat public par les acteurs traditionnels issus de filières qui n'étaient pas exposés jusque-là au numérique. C'est pour cela que je propose de bâtir une véritable « startup République » : parce que le numérique concerne tout le monde.

La confiance dans le numérique ne doit-elle pas aussi passer par une incitation des usages ?

Il est très important que les citoyens s'approprient le numérique. Il faut arrêter de penser que c'est un truc de geek, de réseaux sociaux pour les ados ! Un récent sondage TNS-Sofres commandé par l'Inria a montré une appétence de plus en plus forte des Français, y compris pour des choses peu connues il y a trois ans comme les Fablabs. Il faut tirer parti de cette tendance. Sur le modèle des journées du patrimoine, je souhaite qu'il y ait une grande fête autour du numérique, des startups et de l'innovation dans toute la France. Ce sera le week-end du 13 au 15 juin, avec la philosophie suivante : la transformation numérique repose sur une multitude d'initiatives qu'il faut mettre en lumière. C'est l'occasion de promouvoir une belle dynamique collective de l'ensemble des territoires, au-delà des clivages politiques, comme on peut le voir avec l'engouement des villes pour le label Métropoles French Tech, dont nous recueillerons en avril les candidatures.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2014 à 13:14 :
Euh... pour le sondage TNS-Sofres pour l'INRIA, il y a comme un petit problème de méthodologie puisque les moins de 35 ans représentent 53% des "Français" interrogés et les 14-17 représentent même 20%. Quant aux 65 ans et plus, ils n'existent pas.
a écrit le 14/03/2014 à 4:41 :
« En vingt-cinq ans, le Web a profondément modifié notre quotidien » souligne Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation, aux PME et à l'Economie numérique.

Impressive, Fleur is more focused on striking poses;-)
a écrit le 13/03/2014 à 22:29 :
j'aime bien la citation "Le numérique n'est pas un truc de geek"
a écrit le 13/03/2014 à 22:05 :
Si le numérique n'est pas un truc de "geek" (terme abscon médiatique), cela n'est pas une affaire de bridé non plus... si vous voyez voir où ce que je veux en venir. L'innovation est plutôt issue de "nerds" disposant d'une culture scientifique, pratiquant la recherche expérimentale sans disposer nécessairement du statut de chercheur. Le problème en France est franco-français, nous catégorisons tout jusqu'au citoyen tel un bon petit fonctionnaire.
a écrit le 13/03/2014 à 14:34 :
Les plans numériques de cet état parasite avait pour nom : minitel !
Réponse de le 13/03/2014 à 18:45 :
Sans oublier le câble!
a écrit le 13/03/2014 à 11:10 :
Donc en fait "encadrer" Internet ? Donc contre son universalité et pour la privation de liberté comme actuellement celle de pouvoir accéder librement à Google.com ? Vérifiez par vous-même, essayez d'accéder à Google.com !
a écrit le 13/03/2014 à 9:45 :
elle a une dizaine d'années de retard. Elle illustre un des problèmes de nos gouvernants. Mais, au moins, elle s'occupe de ses sujets et ne crée pas de "dachirements" entre les français. Continuez si vous voulez développer une petite partie de l'économie et regardez les nouveaux développements en Asie et Amérique qui devraient déjà etre commencés en France
Réponse de le 13/03/2014 à 14:02 :
Voilà ce qui arrive quand on se réveille un matin en se rendant compte que les autres ont progressé régulièrement depuis des années... Mal de crane...
a écrit le 13/03/2014 à 9:14 :
Pour une fois elle n'a pas tord. Le plus grave est que cette prise de conscience arrive 50 ans après l'avènement du numérique, parce que nombre d'entreprises et de vrais utilisateurs s'en servent depuis les débuts. L'Internet et le "Big-Data" comme elle le dit n'est que la Nième génération du numérique. Il est plus que temps que nos parasites politiques comprennent enfin les outils qui les entourent depuis leur naissance.
a écrit le 13/03/2014 à 4:01 :
Un an après .....mais dans le numérique un an c'est un siècle. Dommage car je pense que cette ministre est peut-être la seule qui connait le sujet de son ministère.

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