Orange se donne un coup de jeune avec son accélérateur de startups

 |   |  1536  mots
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, avec l'un des fondateurs de MyBee, l'une des sept startups sélectionnées par le programme Orange Fab, lancé en France en février.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, avec l'un des fondateurs de MyBee, l'une des sept startups sélectionnées par le programme Orange Fab, lancé en France en février. (Crédits : DR)
Stéphane Richard, le PDG d’Orange, qui vient d’être reconduit à la tête de l’opérateur historique, a dévoilé les 7 startups françaises sélectionnées par Orange Fab, qui sera décliné en Espagne, en Pologne et en Israël. Une initiative illustrant la démarche plus ouverte de l’opérateur dans l’innovation afin de s’adapter à l’ère Internet.

Première sortie publique pour Stéphane Richard, le PDG d'Orange, depuis le conseil d'administration de la semaine dernière qui a approuvé sa reconduction: il a présenté ce mardi matin les 7 startups françaises sélectionnées par son programme d'accélérateur, une initiative « symbolique, illustrant ce que je souhaite faire au cours de mon nouveau mandat. Ce programme n'est cependant qu'un élément d'un dispositif d'open innovation : c'est une des grandes priorités de notre stratégie consistant à devenir l'opérateur télécom le plus avancé à l'ère Internet. A l'heure des réseaux mondiaux, il faut qu'un opérateur tel que nous soit perméable et ouvert à ces innovations », a-t-il fait valoir. Et effectivement les startups ont des projets souvent décoiffants par rapport au modèle traditionnel d'un opérateur télécom.

« Orange doit devenir plus ouverte vers les jeunes et l'innovation »

L'accélérateur Orange Fab a été lancé l'an dernier dans la Silicon Valley : six startups américaines avaient d'ailleurs présenté leurs innovations lors du show « Hello » organisé par l'opérateur en novembre dernier. Le programme, démarré en février à Paris, dure trois mois pendant lesquels les startups sélectionnées bénéficient d'un soutien financier (jusqu'à 15.000 euros en obligations convertibles), d'un accompagnement matériel (ressources informatiques à disposition au Technocentre de Châtillon ou au siège d'Orange France à Arcueil), d'un parrainage d'experts spécialisés chez l'opérateur et d'un accès facilité à ses 240 millions de clients dans le monde. Orange Fab sera lancé bientôt en Pologne et en Espagne, et probablement en Israël, peut-être en collaboration avec Deutsche Telekom. Ce programme permet d'organiser « la rencontre entre ces innovateurs et les grands groupes comme nous, en respectant leur liberté et leur besoin d'oxygène. Orange doit devenir une entreprise plus ouverte, vers les jeunes et l'innovation » a insisté Stéphane Richard, alors que l'ex-France Télécom a parfois été accusé d'étouffer les startups qu'il avait intégrées. Le but est en effet d'« inoculer l'ADN des startups dans notre culture » avait-il expliqué en novembre.

 

Afrimarket, une startup déjà repérée par Xavier Niel

La première startup présentée, Afrimarket, vient concurrencer Western Union en proposant « la première solution de transfert d'argent en cash-to-goods » pour les diasporas africaines, qui leur permet de s'assurer de l'utilisation des fonds envoyés, qui sont convertis en crédits sur téléphone mobile utilisables par exemple dans des pharmacies des supérettes, des cliniques. La startup a déjà levé 1,5 million d'euros l'an dernier, auprès de divers business angles dont … Xavier Niel (Free), via son fonds Kima Ventures, et Jacques-Antoine Granjon (vente-privée). Lancé dans 15 villes de Côte d'Ivoire, du Bénin et du Sénégal, Afrimarket compterait quelques milliers de clients récurrents selon la présidente et cofondatrice Rania Belkahia. Le marché visé est important : 60 milliards de dollars seraient envoyés par les diasporas africaines à leurs proches chaque année.

MyBee, du paiement sans contact et sans cash

Autre startup dans le paiement « sans cash », MyBee a conçu une sorte de porte-monnaie électronique pour l'événementiel, servant à régler des consommations dans des festivals, soirées, tournois, etc., sous la forme d'une carte ou d'un bracelet, et bientôt d'un téléphone, équipés de la technologie sans contact NFC, un des axes de développement d'Orange. Les supports sont réutilisables et peuvent être personnalisés aux couleurs d'un sponsor. Plus de sécurité et de rapidité au bar, et une mine d'or de données de consommations collectées. « Orange Fab, ce n'est pas un accélérateur, c'est un propulseur photonique ! » se sont enthousiasmés les cofondateurs de MyBee, Jean-Rémi Kouchaji et Bertrand Sylvestre, qui ont bénéficié de l'aide d'OBS, la filiale Entreprises d'Orange, pour rencontrer des grands comptes intéressés. La jeune pousse a réalisé 240.000 euros de chiffre d'affaires en un an et compte le doubler.

 

Yummypets, le Facebook des animaux

Les Bordelais de l'agence Web Octopepper, finalistes du prix La Tribune du Jeune Entrepreneur en Aquitaine, ont présenté leur réseau social pour animaux de compagnie Yummypets, qui aurait 200.000 membres actifs. La startup a déjà levé 1,5 million d'euros auprès de Newfund en 2012 et voudrait récolter de l'ordre de 1 million de plus pour lancer en Allemagne et au Royaume-Uni son site à la Facebook, où la part belle est faite à la photo. Quand son concurrent américain Pet360 joue la carte de l'e-commerce et du portail d'info, Yummypets mise sur la dimension communautaire, au point de se présenter comme « le Meetic des animaux : on a validé l'idée que l'animal est un prétexte à la rencontre, notamment entre seniors » fait valoir Matthieu Glayrouse, cofondateur et gérant associé. Si son modèle est basé sur la publicité et l'affiliation (avec un comparateur de prix), Yummypets travaille aussi sur un prototype de collier connecté pour ne pas perdre son animal et suivre son activité.

VivaPics, le tirage photo gratuit, sponsorisé par la pub

« L'impression de photos devrait être gratuite » considèrent les fondateurs de VivaPics, qui espèrent développer un modèle de financement de l'impression et de l'expédition par la publicité. Faute d'annonceurs en assez grand nombre, leur application mobile propose pour l'instant l'envoi de seulement trois photos gratuites, issues de son smartphone, de Facebook ou d'Instagram, imprimées sur papier Kodak, avec au choix un logo de marque au bas du cliché sur la marge ou une photo publicitaire. La startup qui a levé 80.000 euros, en cherche 500.000 de plus, alors que son concurrent américain, qui l'aurait copié, Flag, vient d'empocher 170.000 dollars sur la plateforme de financement participatif Kickstarter. VivaPics revendique 50.000 photos envoyées mais doit évangéliser les annonceurs sur ce nouveau support publicitaire, tout en grossissant sa base d'utilisateurs…

Natural Pad, des « jeux sérieux » thérapeutiques

Les montpelliérains de Natural Pad ont eux développé un « jeu sérieux » de rééducation fonctionnelle et posturale, Hammer and Planks, en collaboration avec un ergothérapeute, au départ pour des patients hémiplégiques. En beta test, le jeu, qui consiste à contrôler les mouvements d'un bateau de pirate, peut se jouer avec la Kinect de Microsoft ou la Wii Board de Nintendo, avec une manette Xbox, un PC ou une tablette. La version prête pour la commercialisation est prévue en septembre. Visant le marché à la mode de la « silver economy », Natural Pad espère recruter des utilisateurs via les kinés, qui constituent le maillon avant le retour à domicile à des patients, et cherche des business angels.

Pixience, le télédiagnostic dermato

Sérieux aussi, le projet des Toulousains de Pixience qui ont conçu un « dermoscope numérique » C-Cube un appareil de la taille d'un sèche-cheveux qui prend des photos zoomées de haute qualité, selon une technologie en cours de brevetage : l'objectif est d'effectuer à distance un diagnostic de mélanome, la photo étant prise par exemple par un généraliste, voire une infirmière en maisons de retraite. Sous les conseils des experts de la branche santé d'Orange, la startup a complètement redéfini son modèle économique au cours des six semaines déjà écoulées du programme d'accélération. 

TimeTonic, un organizer collaboratif dans le cloud

Plus expérimenté que ses camarades du programme Orange Fab, Jean-Michel Durocher, fondateur de l'éditeur de logiciel de géolocalisation Webraska revendu à Sanef en 2007, a présenté TimeTonic, une solution de communication pour les professionnels « pour rester organisé et connecté avec son équipe. C'est un organizer personnel, un coffre-fort numérique doublé d'un espace collaboratif, dans notre cloud sécurisé » a-t-il expliqué (voir la démonstration vidéo). Le logiciel, qui s'utilise sur smartphone et PC, permet de créer des « carnets » privés thématiques, qui apparaissent en page d'accueil sous la forme d'une sorte de tableau de bord en vignettes colorées (tâches, notes de frais à enregistrer, etc), et des espaces de travail partagés sur invitation, avec de la messagerie instantanée ou par mail. Présenté comme « un mélange de Evernote, WhatsApp, MS Project, Excel et Pinterest », TimeTonic vise le marché des professionnels, auto-entrepreneurs et TPE.

L'open innovation au cœur du futur plan stratégique

Visiblement enthousiaste devant les projets des 7 startups, Stéphane Richard, qui publie demain un essai sur les transformations socio-économiques de « la révolution digitale », intitulé tout simplement « Numériques », a voulu en tirer un message positif : « la France est très en pointe dans ces domaines. Nous avons des créateurs, des innovateurs, une agilité, un appétit et une énergie très impressionnants si on les compare à l'Allemagne ou à l'Europe du Sud. Notre pays a une carte extraordinaire à jouer dans cette révolution numérique. » Orange devrait renforcer ses actions et annoncer de « nouveaux outils » dans l'accompagnement des startups, outre le fonds créé avec Publicis et géré par Iris Capital. L'open innovation et les Big data devraient se trouver au cœur du futur plan stratégique que le PDG dévoilera en mai prochain. 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/04/2014 à 14:38 :
Oui il est certain que si Orange sélectionne ces société, cela vaut le coup d'en parler mais avant...
a écrit le 02/04/2014 à 14:27 :
Superbe initiative : bientôt un Radiocom 3000, un Minitel 3.0 et peut-être même (soyons fous) un Tri-Bop ? ;-)
Dans tous les cas, rien à craindre du point de vue de la sémantique : l'opérateur historique national ne risque pas d'utiliser des termes francophones pour ces nouveaux produits ou services (y compris ceux destinés uniquement au marché local) : la langue française est tellement ringarde aux yeux de l'ex "France" Telecom !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :