Les 10 jeunes Français les plus innovants, selon le MIT

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Les lauréats français 2014 de la MIT Technology Review du concours Innovateurs de moins de 35 ans, lors de la remise des prix, le 9 avril dernier. / DR
Les lauréats français 2014 de la MIT Technology Review du concours Innovateurs de moins de 35 ans, lors de la remise des prix, le 9 avril dernier. / DR (Crédits : DR)
Parmi les 130 jeunes entrepreneurs français qui ont candidaté en ligne, la prestigieuse MIT Technology Review en a sélectionné dix dans un premier temps. Puis elle a décerné, début avril à Paris, les deux prix 2014 des meilleurs innovateurs de moins de 35 ans de France.

Éditée par le MIT (Massachusetts Institute of Technology), la MIT Technology Review a décerné le 9 avril à Paris, à l'Atelier BNP Paribas, le prix 2014 du meilleur innovateur français de moins de 35 ans à Rand Hindi, 29 ans. Le cofondateur de Snips souhaite que le big data aide les villes à adapter simplement leur complexité aux usages des citoyens. Pour sa part, Thomas Samuel, 32 ans, a reçu le prix 2014 de l'innovateur solidaire. Fondateur de Sunna Energy en Inde, il fournit des systèmes d'éclairage public écologiques pour les régions défavorisées.

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Les deux lauréats faisaient partie des 130 innovateurs français qui ont candidaté sur la plate-forme en ligne de la célèbre revue américaine... Une fois ces profils soumis à un jury d'experts internationaux, les rédacteurs de la revue ont distingué les dix jeunes lauréats français pour leur créativité et leur ingéniosité, ainsi que pour leur impact sur l'économie et la société.

Pour Rand Hindi et Thomas Samuel, la compétition se poursuivra à Boston (Massachusetts), cet automne, avec les 35 jeunes innovateurs distingués dans 15 pays et régions du monde. Dans le sillage de Sergueï Brin (Google), Mark Zuckerberg (Facebook) ou Max Levchin (PayPal), ils figureront peut-être un jour parmi les stars mondiales de l'innovation.

david vissière

David Vissière (34 ans)
Fiabilise le géopositionnement sans GPS

Diplômé de l'École polytechnique, titulaire d'un doctorat en mathématiques et contrôle automatique de l'École des mines ParisTech, David Vissière, 34 ans, est expert en mathématiques appliquées.

Fondateur à 29 ans de la société Sysnav, il développe un système de navigation fiable dans des environnements où la technologie GPS est inefficace.

« Le GPS est indisponible pour les piétons 80% du temps », explique-t-il.

Durant sa thèse de doctorat, il découvre une méthode qui tire profit des variations de champ magnétique. Il en déduit un système de positionnement magnéto-inertiel au champ d'application très large : géopositionnement pour véhicules militaires et soldats, réalité augmentée pour les jeux vidéo, géopositionnement des AR.Drone commercialisés par Parrot.

« Nous visons des marchés de niche à forte valeur ajoutée », souligne le patron de Sysnav, société qui a réalisé 1,5 million de chiffre d'affaires en 2013 avec 12 personnes, notamment auprès des grands acteurs des industries de défense.

rand hindi

Rand Hindi (29 ans)
Innovateur de l'année

« Nous traitons les problèmes concrets de façon scientifique », explique Rand Hindi, 29 ans, docteur en bio-informatique de l'University College of London et président de la start-up parisienne Snips, créée en 2012 avec Alexandre Vallette, 29 ans également, docteur de physique à l'ENS (École normale supérieure), et Maël Primet, 30 ans, docteur en mathématiques, également à l'ENS.

« Nous sommes spécialisés en modélisation prédictive. Pour cela, nous recourons au big data et à la Machine Learning, poursuit Rand Hindi. Grâce à un modèle prédictif bâti sur les statistiques de fréquentation du réseau Transilien de la SNCF, notre application mobile, baptisée Tranquilien, offre aux usagers d'Île-de-France de choisir le bon moment pour prendre le train. »

Rand Hindi mise sur un processus de fonctionnement très formel :

« Dans la phase de R&D, nous analysons ce qui est prédictible à partir des données disponibles. Puis, nous passons au prototypage pour tester la future application sur 200 à 1.000 personnes. Vient ensuite le lancement public », décrit le patron de Snips, qui invite les start-up françaises à phosphorer avec lui sur l'interconnexion des applications utilisant l'open data.

raul bravo

Raul Bravo (34 ans)
Autonomise les chariots élévateurs

Ingénieur en télécommunications diplômé de l'université polytechnique de Catalogne et titulaire d'un MBA du Collège des ingénieurs de Paris, Raul Bravo, 34 ans, a fondé la société Balyo pour développer la moveBOX.

À savoir un kit révolutionnaire qui permet d'automatiser les déplacements de n'importe quel chariot élévateur à l'intérieur d'un entrepôt. Ce qui met fin à la rigidité des systèmes à infrastructure de guidage.

« Une fois le boîtier installé, le véhicule se repère, se guide automatiquement avec une précision millimétrique, au moyen d'un scannage continu de l'entrepôt, décrit Raul Bravo.

Outre la réduction de tâches pénibles pour les salariés, l'avantage, c'est de réduire les accidents : 90% des chariots élévateurs sont impliqués, dans leur durée d'utilisation, dans un accident grave. »

Kraft, DHL et Carrefour se sont déjà laissé convaincre.

Karim Fahssis

Karim Fahssis (29 ans)
Optimise les projets d'éoliennes

Diplômé de l'École centrale de Nantes et d'un master de gestion à l'université de Xi'an Jiaotong (Chine), Karim Fahssis, 29 ans, est un bâtisseur. Il a 24 ans quand Meteodyn, une société française d'énergie éolienne, lui confie la mission de construire de A à Z sa filiale asiatique.

Après quoi il prend un congé sabbatique qu'il met à profit pour revenir de Pékin à Paris... à vélo. Karim Fahssis fonde alors son entreprise, MeteoPole, qui diffuse le logiciel Wind Data Generator (WDG).

Lequel offre trois fonctionnalités majeures : l'évaluation de la ressource d'un site en vent, grâce à trente-cinq ans de données statistiques mondiales, la campagne de mesure et l'optimisation du financement avec les banques.

« Les projets d'éoliennes sont conçus pour durer au moins vingt ans. Ce qui génère une très grande variabilité, souligne Karim Fahssis. Disposer de trente-cinq ans de statistiques permet de rendre les projets plus rentables. »

Stanislaw Ostoja-Starzewski

Stanislaw Ostoja-Starzewski (29 ans)
Etend l'accés aux télécoms grâce aux nanosatellites

Opérer une constellation de plusieurs dizaines de tout petits satellites de 1 à 10 kg, c'est peut-être la solution pour couvrir les deux tiers de zones émergées où l'on n'accède ni aux télécoms ni à Internet.

« Ces satellites reviennent cent fois moins cher que les satellites classiques, mais ils auront une durée de vie dix fois moindre. Ce qui leur permet de tester rapidement de nouvelles technologies », explique Stanislaw Ostoja-Starzewski, diplômé de l'Insa et PDG de la start-up lyonnaise NovaNano, qu'il a créée en 2009 avec Spas Balinov.

En attendant de lancer son premier satellite, la start-up phosphore sur un système global de connectivité composé de trois briques technologiques : les terminaux de connectivité fixés sur les objets automatiquement surveillés à distance, le réseau de nanosat pour le transfert de données en provenance et vers des terminaux, et le centre de traitement des données de distribution de l'information aux utilisateurs.

thomas samuel

Thomas Samuel (32 ans)
Innovateur solidaire de l'année

Environ « 1,3 milliard de personnes n'accèdent pas à l'éclairage public », constate Thomas Samuel, 32 ans, patron de Sunna Energy, la société qu'il a fondée il y a quatre ans en Inde, et désigné par la MIT Technology Review comme innovateur solidaire de l'année 2014 en France. Ingénieur diplômé à l'université de La Rochelle, il a conçu l'iSSL+, un lampadaire photovoltaïque d'éclairage public à base de LED, qui résiste aux fortes variations de température (de - 20°C à + 60°C) et réclame peu d'entretien.

« Lorsque les populations accèdent à l'éclairage public, toute une dynamique de développement se met en place », plaide Thomas Samuel, qui a relocalisé son entreprise en France sous le nom de Sunna Design.

Pour commercialiser son offre, l'entrepreneur compte répondre à des appels d'offres internationaux et mise sur des accords de licence et de distribution avec des ONG et des multinationales.

« Nous avons ainsi équipé un camp de réfugiés syriens en Jordanie ainsi que des sites au NordMali, commente l'innovateur solidaire, qui a levé 1,3 million d'euros auprès d'Aquitaine Création Investissement, Demeter Partners et Techno'Start. D'ici à 2020, nous espérons que 100 millions de personnes bénéficieront de nos équipements. »

Rebecca Abergel

Rebecca Abergel (33 ans)
Traite les victimes de contamination radioactive

Long Island, Tchernobyl, Fukushima... L'accident nucléaire est toujours possible, avec son lot d'horreurs. Notamment la contamination des populations par des éléments radioactifs. Jeune chimiste française diplômée de l'université Pierre-et-Marie-Curie, de l'École nationale supérieure de Paris et de l'université de Californie à Berkeley, Rebecca Abergel, 33 ans, s'intéresse à de nouveaux agents, appelés « chélateurs ».

Traduction : ce type de médicaments s'associe de façon sélective aux atomes des éléments radioactifs présents dans le corps pour les évacuer par l'urine. Les études précliniques révèlent que, s'ils sont administrés moins de vingt-quatre heures après la contamination, il est possible d'en éliminer 90%.

Encourageant. Au point que les agences fédérales américaines ont investi 11 millions de dollars depuis 2009 dans ces programmes. À présent, la jeune femme travaille, à la demande de la Food & Drug Administration (FDA), à une version de son médicament administrable par voie orale. Les premiers essais sur l'homme devraient être effectués d'ici à la fin de l'année.

Deniz Dalkara

Deniz Dalkara (34 ans)
Rend la vue à certains aveugles

Lutter contre les maladies dégénératives de la rétine, c'est le combat de Deniz Dalkara, 34 ans.

« En 2009, nous avons commencé à utiliser des virus adéno-associés (AAV) pour transporter jusqu'aux cellules de la rétine des copies normales des gènes ayant subi des mutations, explique cette biologiste moléculaire à l'Institut de la vision de l'université Louis-Pasteur de Strasbourg. L'objectif, c'est de redonner à ces cellules la capacité à être sensibles à la lumière et de restaurer ainsi la vision. »

Un succès qui a profité à des enfants. Bien sûr, les virus en question ne provoquent aucune pathologie. Ils servent, en fait, de véhicule pour le transport de messages génétiques favorables. Sa méthode, élégante, est qualifiée de mini-invasive.

En effet, au lieu d'implanter une aiguille jusque dans la rétine, ce qui est délicat, elle consiste à injecter des milliards de virus seulement dans le vitré de l'oeil. Ce qui rend le traitement beaucoup plus tolérable.

rémi dangla 

Rémi Dangla (28 ans)
Met un laboratoire d'analyses dans une puce

Une simple goutte de sang contient des milliards d'informations. Il peut être vital d'y caractériser rapidement la présence d'une bactérie mortelle ou d'un ADN cancéreux. D'où l'intérêt de la puce électronique « microfluidique » conçue par Rémi Dangla, 28 ans, qui a effectué sa thèse de doctorat à l'École polytechnique.

« Notre plate-forme d'analyse permet de produire entre 50.000 et 100.000 réactions chimiques simultanément afin de détecter d'infimes traces dans un échantillon », indique Rémi Dangla.

De la taille d'une carte de crédit, la puce microfluidique est conçue de sorte que lorsqu'on y injecte une goutte de sang elle se fragmente en des dizaines de milliers de gouttelettes.

Point fort, ces dernières migrent naturellement au travers des microcanaux gravés dans la puce vers leurs lieux de stockage. Les gouttelettes sont ensuite passées au crible d'un lecteur dédié, qui peut être pourvu d'un système d'analyse par spectrométrie, fluorescence ou luminance.

« En résumé, nous intégrons sur une même puce différents procédés qui sont en général séparés », fait valoir Rémi Dangla. Et ce à des coûts jusqu'à 1.000 fois moins élevés que les techniques concurrentes.

Jean Chaoui 

Jean Chaoui (31 ans)
Facilite la chirurgie orthopédique augmentée

Depuis son plus jeune âge, Jean Chaoui, 31 ans, titulaire d'un diplôme de génie biomédical à l'université de Damas (Syrie) ainsi que d'un master en imagerie biomédicale et d'un doctorat en chirurgie assistée par ordinateur à l'École supérieure des télécommunications de Bretagne, est fasciné par la médecine et les mathématiques. Il reçoit même le prix national français de la meilleure thèse de doctorat en ingénierie biomédicale dans la catégorie innovation.

Puis il crée la start-up Imascap, lauréate dans la catégorie jeune entreprise innovante de la CCI de Bretagne, avec laquelle il met au point une technologie de chirurgie augmentée qui a assisté, avec succès, des chirurgiens dans 50 opérations d'arthroplastie de l'épaule - dans lesquelles il s'agit de poser des implants. Un succès qui conduit Imascap à industrialiser un logiciel de planification préopératoire en 3D.

En clair, le chirurgien recourt à l'imagerie 3D pour définir à la fois les meilleures caractéristiques de l'implant et la meilleure stratégie opératoire. De quoi réduire considérablement l'actuel taux d'échec.

« Nous sommes en train d'obtenir une certification CE », souligne Jean Chaoui.

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>>> FOCUS Interview de Kathleen D. Kennedy, responsable de la strétégie de la MIT Technology review

« La France a accompli de grands progrès pour faire émerger des start-up »

LA TRIBUNE - Pourquoi la revue organise-t-elle ce concours ?

KATHLEEN D. KENNEDY - Tout d'abord, c'est la revue technologique la plus ancienne du monde, puisqu'elle a 114 ans ! Nous avons commencé à organiser cette compétition en 1997 et, dans sa forme internationale, depuis 2009. En France, c'est la seconde édition. L'idée consiste à prendre conscience que nous allons être bientôt 9 milliards d'êtres humains sur la Terre. Et il va bien falloir nourrir ce monde, lui procurer de l'énergie et de l'eau potable... Bref, les défis sont considérables ! Et les innovations technologiques peuvent apporter leur contribution pour un prix raisonnable.

À côté des 35 innovateurs de moins de 35 ans, nous organisons chaque année deux autres événements : le top 10 des technologies ainsi que les 50 sociétés les plus innovantes.

Quelles qualités trouvez-vous en France ?

Tout d'abord, la formation scientifique des jeunes entrepreneurs français est d'un excellent niveau. Pas seulement dans le big data ou l'énergie nucléaire. Mais dans l'intégralité du spectre des technologies. Ensuite, la France a accompli de grands progrès pour faire émerger des start-up.

Quel jeune entrepreneur français vous a impressionnée en particulier ?

Je pense à David Fattal, innovateur de l'année 2013 distingué par le MIT en France et dans le monde, qui a développé chez HP dans la Silicon Valley une technologie de vidéo holographique 3D à partir de n'importe quel appareil mobile. HP a investi dans sa spin-off, Leia Mobile Holography. Il a aussi convaincu des investisseurs dans le monde entier et développé une collaboration industrielle pour lancer la fabrication de son produit en Chine.

 

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Commentaires
a écrit le 10/06/2017 à 20:12 :
up
a écrit le 30/04/2014 à 13:26 :
Deux éléments sont frappants dans cet article :

1) la forte proportion parmi les lauréats de personnes d'origine étrangère (ce que je déplore absolument pas, entendons-nous bien), illustration à mon sens de l'échec de l'Education Nationale en matière d'enseignement des disciplines scientifiques ;

2) la forte proportion de docteurs alors que ceux-ci peinent encore et toujours à se faire une place dans la R&D privée en France...
Réponse de le 30/12/2014 à 17:22 :
Je suis frappe par les memes elements que vous. En meme temps, lire cet article m'a fait chaud au coeur. Je suis heureux que nous sachions encore accueillir pareils genies.

Un troisieme element m'a egalement frappe, la presence semble-t-il recurrente des pouvoirs publics ou para-publics (fonds regionaux, CCI...) qui montre que de vrais efforts ont ete entrepris. C'est encourageant.

Desole pour l'absence d'accentuation.
Réponse de le 10/06/2017 à 20:26 :
la france a par contre plusieurs problèmes qui légitiment ces réussites.

elle semble frileuse, et arc boutée sur le diplôme (tout le monde qui n'atteint pas le niveau d'étude... ce n'est pas forcément une tare ça peut être autre chose (par ex. capacité financière, handicap).
d'ailleurs que veut dire le diplôme si on oublie derrière l'expérience professionnelle (à mon sens tout aussi riche d'enseignements)

quand tu mets en avant des réussites, pas par le bout de papier mais le savoir faire, ça fait émerger des talents.

le MIT sait le faire, et malheureusement beaucoup de mentalités franco françaises sont à défaire (le mot est faible).
a écrit le 28/04/2014 à 14:47 :
Chiche sans machine mais avec mon simple cerveau je pari que je vous bats vous et vos modèles, et machines, en matière de prédiction. Je prends les paris. Au fait même avec les machines les plus perfectionnées, l'homme au jeu d'échecs bat la machine comme Poutine bat Obama malgré les moyens disproportionnés utilisés par les membres de l'OTAN et la désinformation à grande échelle.

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