Pourquoi Bouygues Telecom prépare un lourd plan social

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Bouygues Telecom envisage de déménager son siège de la tour Sequana à Issy-les-Moulineaux, dont le loyer est très élevé.
Bouygues Telecom envisage de déménager son siège de la tour Sequana à Issy-les-Moulineaux, dont le loyer est très élevé. (Crédits : reuters.com)
La filiale du groupe de BTP devrait informer jeudi les représentants du personnel d’un projet de PSE visant en priorité les fonctions supports, marketing et l’informatique. Nécessité de se réorganiser en profondeur et perspective d’une possible vente - peut-être à Free - motiveraient la direction de Bouygues Telecom.

« Une question de vie ou de mort » n'hésitent pas à dramatiser certains membres de la direction. La filiale télécoms du groupe de BTP envisage de tailler dans le vif de ses effectifs, autrement plus lourdement que lors du plan de départs volontaires de l'été 2012, qui avait porté sur 550 postes, sur un peu plus de 9.000 salariés. Il s'agirait cette fois de licenciements économiques, dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pouvant porter sur 2.000 emplois, soit plus de 20% des effectifs, comme l'a révélé Le Figaro. « Un directeur a évoqué le chiffre de 1.500 dans une réunion de service » indique Azzam Ahdad, délégué syndical CFDT. Le 17 avril dernier, lors d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire, la direction de Bouygues Telecom a annoncé le lancement d'un « plan de simplification » des offres commerciales, mais n'a pas voulu se prononcer sur ses conséquences sociales : « si on simplifie le marketing et l'informatique, on simplifie aussi les personnes » observe, fataliste, un représentant syndical. Un comité d'entreprise se tient jeudi en début d'après-midi. 

Un « effet SFR » après l'effet Free

Ni Bouygues ni sa filiale ne font de commentaires, à trois jours de ce CCE et de la publication des résultats du premier trimestre, jeudi après la clôture de la Bourse. Une annonce officielle pourrait être faite à cette occasion. « C'est la conséquence immédiate et logique de l'échec du rachat de SFR » se risque une source proche de l'équipe dirigeante, tout en insistant sur le fait qu'aucun chiffre n'est arrêté à ce stade. Après l'effet Free, il y aurait donc un effet SFR. « Certains services comme le marketing et l'informatique pourraient perdre la moitié à 70% de leurs collaborateurs » indique une source interne très bien informée. Sans oublier les fonctions supports. Chez les salariés, un plan social est redouté depuis plusieurs mois déjà. En septembre 2012, un rapport du cabinet Ellipce demandé par le comité d'entreprise de Bouygues Telecom avait conclu que le plan de départs volontaires était « justifié » au vu de la situation financière dégradée de l'opérateur, quelques mois après l'arrivée fracassante de Free Mobile, et qu'il fallait « s'attendre à un deuxième plan dans un avenir prochain

En mars, en pleine bataille pour le rachat de SFR, les salariés craignaient un plan social si Numericable l'emportait et s'inquiétaient de l'avenir de l'entreprise en solo. Depuis quelques semaines déjà, on évoque en interne la nécessité d'une « refonte complète de l'entreprise », d'une remise à plat de son modèle économique, alors que son chiffre d'affaires et son résultat d'exploitation continuent de fondre. Tailler dans les offres commerciales, donc dans les effectifs du marketing et alléger le système informatique : ce sont exactement les axes de réorganisation envisagés chez SFR par Patrick Drahi, le premier actionnaire de Numericable. Au lancement de Free Mobile, Xavier Niel avait d'ailleurs moqué ses concurrents aux catalogues aux offres pléthoriques. En imposant son standard du forfait sans engagement, le quatrième opérateur a contraint la concurrence à réévaluer ses méthodes de vente. 

Chantage à l'emploi ?

Le gouvernement, en particulier Arnaud Montebourg, le ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique, qui avait soutenu Martin Bouygues dans son projet de rachat de SFR et milite pour un retour à trois opérateurs mobiles, auraient été informés. Mais les relations se sont tendues entre Martin Bouygues et le ministre sur le dossier Alstom. « Ils font fuiter un gros chiffre de licenciements au début, agitent le chiffon rouge et le diminuent ensuite, pour permettre au gouvernement de dire qu'il a fait plier l'industriel. C'est ce qu'a fait Alcatel-Lucent » fait valoir un analyste. « En pleine affaire Alstom, cela s'apparente beaucoup à du chantage à l'emploi » s'agace-t-on au gouvernement. « Dès juin 2012, Martin Bouygues avait prévenu Bercy que si l'on ne réglait pas le problème de Free, il y aurait un problème avec Alstom » confie un haut fonctionnaire bien au fait du dossier.

Le nouveau plan de réorganisation serait en fait le prolongement du « plan de transformation » lancé début 2012, déjà axé sur la simplification des offres, qui avait dégagé plus d'économies que prévu : 600 millions d'euros en cumulé sur l'activité mobile au cours des deux dernières années, notamment sur les coûts externes et commerciaux. En février 2012, Martin Bouygues faisait d'ailleurs valoir que les charges de personnel ne représentaient que 12% de la structure de coûts. « Il y a d'autres solutions que des licenciements » estime-t-on à Bercy où l'on relève qu'il y a « plein de candidats prêts à racheter Bouygues Telecom. » 

Habiller la mariée avant une vente ... à Free ?

L'idée d'une vente est en effet dans tous les esprits. « Les investisseurs pourraient voir d'un bon œil la volonté de dégager 120 à 160 millions d'euros d'économies de coûts, en partant de l'hypothèse de près de 2.000 postes supprimés » calculent les analystes d'Oddo, qui perçoivent cette éventuelle restructuration comme une façon « d'habiller un peu mieux la mariée pour faciliter une cession. » Ils ne sont pas les seuls à tabler sur une vente prochaine de Bouygues Telecom : vendredi dernier, les analystes d'UBS écrivaient dans une note à leurs clients que « le modèle économique de Bouygues Telecom n'est plus viable de façon autonome », du fait de son manque de taille dans le fixe (8% de part de marché), dans un marché de plus en plus convergent, et des pressions sur les prix dans le mobile. « Une vente est l'option la plus réaliste qu'il reste à Bouygues afin de relever les défis auxquels est confrontée sa filiale télécoms », Iliad la maison-mère de Free étant « l'acheteur le plus crédible » aux yeux des analystes d'UBS qui valorisent Bouygues Telecom à 4,4 milliards d'euros. L'action Iliad gagne d'ailleurs 2% ce lundi et vaut plus de 12 milliards d'euros. Le scénario d'une vente refaisant surface, l'action Bouygues s'envole de 1,6% à quelques minutes de la clôture. 

Incompréhension après la surenchère d'engagements sociaux

Au siège, derrière l'inquiétude, on sent poindre l'incompréhension après avoir assisté à une débauche de milliards (plus de 15 milliards en cash proposés à Vivendi) et une surenchère d'engagements sur le maintien l'emploi pendant la bataille pour le rachat de SFR. « Ces milliards, c'était de l'emprunt » relativise une source proche de la direction. Une fusion avec SFR était « un vrai projet de création d'un grand acteur du numérique, on pouvait absorber des doublons. C'est différent, maintenant, il s'agit d'avoir une configuration pérenne en standalone [seul] » a laissé entendre le management à un représentant du personnel. Selon la Lettre A et le site ZD Net, l'opérateur envisagerait une cession « pure et simple » de son activité Entreprises, qui emploie 900 personnes et compte 1,5 million de clients dont 200 grands comptes : petit acteur dans un marché toujours dominé à 70% par Orange, il risque d'être encore plus marginalisé par le rapprochement de SFR avec Completel, la branche Entreprises du groupe Numericable. La rumeur serait « fantaisiste » selon une source interne bien informée.

Quant à l'éventuel déménagement, symbolique, du siège de la superbe tour de 100 mètres de haut Sequana à Issy-les-Moulineaux, plusieurs sources font valoir que le projet est évoqué depuis deux ans, alors que l'opérateur s'y est installé fin 2010. « Le loyer est très cher, deux fois plus élevé qu'au Technopôle de Meudon-la-Forêt » indique un salarié. Il serait selon certaines sources d'au moins 20 millions d'euros par an. Mais le bail court encore pour plus de cinq ans et Bouygues Telecom n'a pas trouvé de repreneur pour cet espace de 42.000 m2 sur 23 étages où travaillent 2.600 de ses collaborateurs, principalement des fonctions supports...

 

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Commentaires
a écrit le 13/05/2014 à 11:39 :
je n'arrive à comprendre qu'un tas de gens gens se réjouissent de l' échec ! Syndrome Français ?
a écrit le 13/05/2014 à 10:58 :
Tout s'écroule comme des châteaux de cartes ! ... Bouygues, Dia etc ....
a écrit le 12/05/2014 à 22:16 :
avant 2h = 25€ maintenant 2h = 0€ merci free, le juste retour de bâton après avoir profité pendant longtemps de tarifs élevés sans parler de l'arrangement des prix avec les deux autres... Ils ont laissé la place à un concurrent agressif par leur situation de rente.
Réponse de le 12/05/2014 à 22:42 :
Je me marre je me marre ... voilà le dicton est vrai: la roue tourne. Mr Bouygues pour vous aider, supprimez tous les middle manager qui ne servent à rien.. ah si !!! brasser du vent!!ahahahhhahah
a écrit le 12/05/2014 à 20:24 :
En plus de ses soucis de taille et de concurrence de free, BT s'est tiré une balle dans le pied en négligeant ses clients fidèles de la 1ère heure (les derniers arrivants avaient des conditions nettement + favorables que les anciens clients , le service clientèle est devenu déplorable , j'ai eu des pb d'ouverture de ligne jamais résolus , courrier avec AR à la direction de BT, pas de réponse, etc...). A la 1ère occasion, on part à la concurrence...
Réponse de le 12/05/2014 à 21:58 :
Un cas particulier n'a jamais fait une théorie générale.
Réponse de le 13/05/2014 à 7:55 :
Cela m'est arrivé aussi, et vous pouvez regarder sur les nombreux forums present sur Internet, vous penserez peut être alors qu'il ne s'agit pas de cas particulier.
a écrit le 12/05/2014 à 16:46 :
L'équation est relativement simple. L'arrivée de Free fait tendre le prix moyen par client (ARPU) vers 19€ par mois. A terme, l'ensemble des clients, y compris les entreprises vont rejoindre B&YOU ou demander un forfait illimité France à 19€
Donc, on prend le nombre de clients Bouygues x 19€ x 12 mois et vous avez grosso modo le CA max possible pour Bouygues Télécom.
Vous retirez la marge brute attendue par l'actionnaire et vous obtenez les charges que Bouygues peut supporter investissements & salaires.
De plus, dans ce schéma, le service marketing, relation publiques, pub et sponsoring peut disparaitre, sans parler des boutiques ....
a écrit le 12/05/2014 à 15:25 :
Comme quoi l'argument des licenciements qui était soit disant le point fort de l'offre Numéricable n'avait aucune substance...
Pourtant pas trop difficile à comprendre et anticiper.
A se demander si on n'assiste pas en direct au démantèlement du "capitalisme" à la française et une réorganisation des acteurs en vue du rouleau compresseur de l'intégration pan atlantique.
Réponse de le 12/05/2014 à 16:36 :
C'est plutôt le capitalisme "rente de situation" qui est mis à mal, à tous les niveaux, des gros chats qui dorment aux salariés qui s'imaginent que la notion "d'avantage acquis" n'est pas un conte de fées. Les réveils sont à chaque fois douloureux.
Réponse de le 12/05/2014 à 16:43 :
Quel est le rapport avec NC ?
a écrit le 12/05/2014 à 15:10 :
C'est une information de la Lettre A ! Par courtoisie, il faut rendre à César ce qui lui appartient

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