French Tech, la « start-up connection » made in France

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Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique, a entamé un tour de France de la French Tech et porte l'ambition de « faire, ensemble, de la France une République numérique ».
Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique, a entamé un tour de France de la French Tech et porte l'ambition de « faire, ensemble, de la France une République numérique ». (Crédits : Reuters)
Une quinzaine de métropoles ont déposé leur dossier de candidature à la labellisation « French Tech », valorisant un écosystème de start-up dynamique et de taille critique. Une poignée de projets très aboutis seront retenus à la rentrée. L'objectif du gouvernement est d'impulser un grand mouvement de mobilisation collective, donner de la visibilité à l'international aux creusets régionaux et placer la France sur la carte mondiale des grandes nations numériques.

Après la « French Touch », ce courant musical qui a rendu mondialement célèbres des artistes et DJ français, la « French Tech » saura-t-elle mener la danse sur la planète start-up ? Derrière ce terme en forme de clin d'oeil, il y a d'abord une initiative lancée à l'automne dernier par la ministre déléguée à l'Économie numérique de l'époque, Fleur Pellerin, qui souhaitait donner l'impulsion à une grande mobilisation collective autour des jeunes entreprises de croissance françaises.

« L'objectif est de tout faire pour que les prochains Google naissent et se développent ici, en France », avait fait valoir celle qui vient d'être nommée nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, après avoir été chargée du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme et des Français de l'étranger au Quai d'Orsay, dans le gouvernement Valls I.

Ce sont désormais l'ensemble des acteurs de l'écosystème français des start-up - de l'univers du Web mais aussi des biotechnologies, écotechnologies, technologies médicales et autres -, que l'on désigne sous cette appellation, « cette génération de talents à la fois mondialisés, ambitieux et porteurs d'une "French Touch" associée à la culture et au mode de vie de son territoire, la France et l'Europe , explique la mission French Tech, rattachée à Bercy. C'est aussi un label qui sera décerné aux métropoles ayant le potentiel de rivaliser avec les villes les plus en pointe dans le domaine, de Londres à Tel Aviv en passant par Berlin, et qui permettra d'inscrire l'Hexagone sur la carte mondiale des grandes nations innovantes. La première « promotion » de ces métropoles French Tech sera dévoilée en octobre.

Cette labellisation a pour objectif de « faire de la France entière un vaste accélérateur de start-up, un réseau de quelques écosystèmes attractifs », les futures métropoles French Tech, qui concentrent « tous les ingrédients, culture entrepreneuriale, talents, maîtrise technologique, financement, etc., répondant aux besoins des startup françaises, des investisseurs et des talents étrangers », explique la mission French Tech, avec l'espoir d'un effet boule de neige d'entraînement économique sur l'ensemble du territoire.

« Les start-up sont un vrai levier de développement économique dans la durée, ce ne sont pas quelques jeunes qui s'amusent dans leur coin ! C'est en faisant croître des start-up que l'on fabrique des entreprises de taille intermédiaire. L'écosystème français est tout à fait capable de développer une ou deux entreprises de la taille de Criteo par an, pas seulement une tous les dix ans », considère David Monteau, le directeur de la mission.

Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique, a entamé un tour de France de la French Tech et porte l'ambition de « faire, ensemble, de la France une République numérique », version francisée du slogan de « start-up République » de Fleur Pellerin, inspiré lui-même du « Start-up nation » d'Israël.

« Le modèle numérique français, c'est celui d'une attractivité puissante partagée par l'ensemble des territoires de notre pays », défend la ministre.

Une trentaine de candidatures au label

Près de 15 métropoles françaises ont déjà officiellement déposé leur candidature depuis février, d'Aix-Marseille à Lille, et les dossiers continuent d'affluer, de façon plus ou moins formelle. Brest, Caen, peut-être demain Avignon, Dijon et Clermont-Ferrand... : on pourrait in fine approcher une trentaine de candidatures (voir la carte ci-dessous). Paris est hors compétition : la capitale et l'Île-de-France joueront le rôle de vitrine et de locomotive de la French Tech, « compte tenu d'une concentration très élevée des acteurs de l'économie numérique », grands groupes, jeunes pousses, écoles et investisseurs.

Un lion, une fusée, un colibri, un éléphant : les villes ont détourné et personnalisé le logo de la French Tech, un coq rouge stylisé, s'appropriant la démarche. Les candidates doivent remplir un dossier très détaillé sur le nombre de start-up, de PME et d'ETI du territoire dans le numérique, les success stories et entrepreneurs emblématiques à mettre en exergue, le montant des capitaux investis, une liste d'événements dédiés aux start-up, de conférences internationales, d'incubateurs publics et privés, et indiquer un bâtiment-totem. Le projet doit être porté par une collectivité, mais s'appuyer sur les acteurs du privé, au service d'une véritable stratégie de développement à dix ans de l'écosystème. En clair, le label n'est pas une fin en soi et la candidature doit s'inscrire dans une dynamique.

carte french tech

Près de 15 métropoles régionales ont déjà déposé leur candidature au label French Tech, et les dossiers continuent d'affluer. Paris est hors compétition : la capitale et l'Île-de-France joueront le rôle de vitrine et de locomotive, avec la Halle Freyssinet qui a vocation à devenir, dès 2016, « l'étendard international de la French Tech et son point de ralliement national ».

« Juste un badge »... qui ouvre toutes les portes

Pourquoi ces villes se bousculent-elles dans l'espoir d'obtenir leur macaron French Tech?

« Le label ne rapporte rien sur le papier, juste un badge », reconnaît-on sans ambages à Bercy.

Du moins rien d'automatique, pas de subsides garantis. Outre la possibilité d'utiliser la marque French Tech, instrument de visibilité dans l'Hexagone et hors des frontières, ce label donnera accès à des subventions, sur appel à projets, pour des « opérations d'attractivité internationale » (grands salons comme le CES de Las Vegas, festivals comme SXSW à Austin, conférences, visites d'investisseurs étrangers) ou pour la création de fab labs (des espaces de conception et prototypage avec logiciels de CAO, machine-outil et imprimante 3D) : une enveloppe de 15 millions d'euros doit être consacrée à ce volet, mais attend toujours d'être entérinée.

De plus, Bpifrance investira 200 millions d'euros dans des programmes privés d'« accélération », et ce principalement (à 80%) dans les métropoles labellisées. Un appel à manifestation d'intérêt sera lancé en octobre. Les entreprises les plus prometteuses pourront aussi bénéficier du « Pass French Tech » de Bpifrance, en test depuis mars, qui donne un accès privilégié et personnalisé aux services des institutions soutenant les start-up (Ubifrance, Coface, Inpi), comme le rappelle Paul-François Fournier, directeur de l'innovation.

Enfin, les jeunes pousses de ces territoires pourront utiliser des bureaux de passage, des salles de réunion ou des showrooms à la Halle Freyssinet à Paris, où s'installera le futur « plus grand incubateur du monde », voulu et financé par Xavier Niel, le fondateur de Free, aux côtés de la Caisse des dépôts. Le bâtiment de 30 000 m2, qui ouvrira ses portes en 2016 et abritera 1000 start-up à terme, a vocation à devenir « l'étendard international de la French Tech et son point de ralliement national », souligne la mission. Les startuppers de toute la France pourront assister à des conférences de grandes entreprises du Web, rencontrer des business angels, etc.

Favoriser la mise en réseau des écosystèmes

Qui aura la chance de décrocher ce label convoité ? L'idée initiale était de distinguer une dizaine de villes au maximum, des « quartiers numériques » même, pouvant se prévaloir d'un « écosystème numérique ayant une taille critique et un dynamisme remarquable », afin de constituer « une équipe de France des écosystèmes numériques métropolitains ».

Cependant, « tout le monde a sa place sur le terrain ! », fait-on valoir à la mission French Tech. Quelques villes, à la réputation déjà solidement établie en matière de start-up, telles Nantes, Lille, Lyon et Toulouse, font figure de favorites. Le label ne risque-t-il pas dès lors d'être fatalement attribué aux plus grandes villes, qui ont cette masse critique, mais ne sont pas forcément celles qui ont le plus besoin de cette exposition et de ce coup de pouce ? La mission tente d'éviter cet écueil. Le mot d'ordre est celui de la « mise en réseau des écosystèmes », en s'appuyant sur la culture collaborative du monde du Web. Le ministère veut en réalité « éviter la mise en concurrence » des métropoles, qu'il juge néfaste - un paradoxe dans l'univers ultra-compétitif des start-up, où les concours sont légion -, tout en étant conscient qu'on ne pourra « pas labelliser tout le monde ».

« Ce n'est ni un concours de beauté, ni une course de vitesse », insiste le directeur de la mission French Tech.

Des experts internationaux, francophones, d'horizons divers - entrepreneurs, investisseurs, économistes, collectivités - vont être consultés pour donner leur avis sur les dossiers et les voies d'amélioration des projets.

« C'est un comité de sélection et non un jury coupeur de têtes », martèle le cabinet de la ministre.

L'idée est de retenir une poignée de métropoles, les projets les plus mûrs, au cours de cette première vague de labellisation. Les projets moins aboutis seront retravaillés, dans une démarche de « co-construction » avec la mission French Tech, qui instruit les dossiers avec l'aide d'agents de la Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS). D'autres labellisations interviendront par la suite, peut-être en décembre ou janvier, ou bien « au fil de l'eau ».

Point faible de nombreux dossiers, la carence en capital-risque est un problème national, qui touche même les grandes villes : par exemple, il y a eu beaucoup plus de capitaux levés à Montpellier qu'à Lyon ces dernières années. Les dossiers sont, de toute évidence, inégaux, toutes les métropoles n'ayant pas un écosystème de startup « de niveau international » : Rouen ne part pas avec les mêmes atouts que Grenoble ou Montpellier.

« Il faut savoir détecter le potentiel. Mais nous ne transigerons pas sur le cahier des charges : il faut un nombre significatif de start-up, des incubateurs, des investisseurs », prévient David Monteau, qui ajoute : « Nous avons parfois des surprises, le tissu entrepreneurial d'une ville n'est pas forcément visible. »

Une des solutions : favoriser les regroupements de dossiers, là où cela s'avère possible. Ainsi, il sera conseillé à Saint-Étienne de se rapprocher du Grand Lyon - ce que certains acteurs locaux appellent déjà de leurs voeux -, et à Toulon de faire de même avec d'autres villes de l'Arc méditerranéen, Aix-Marseille voire Avignon. La Bretagne pourrait aussi être appelée à ne présenter qu'un seul dossier, regroupant Brest, Rennes et Nantes, dont les écosystèmes sont déjà habitués à travailler ensemble. Strasbourg et Mulhouse ont déjà décidé de joindre leurs forces pour une candidature commune « Alsace ». Idem en Lorraine voisine où Épinal, Nancy, Metz et Thionville se sont associées sous la bannière du « Sillon lorrain », ou dans le Sud, avec Nice-Sophia-Cannes et Grasse pour la « Côte d'azur ».

La volonté du gouvernement est de « permettre à tout le monde de rentrer dans la French Tech : l'important c'est avant tout de valoriser les start-up », explique un haut fonctionnaire. Privilégier une logique d'inclusion, ne mettre personne de côté. Tous les acteurs planchant sur le dossier soulignent « l'incroyable mobilisation » des énergies sur le terrain, et sur les réseaux sociaux. Et même « la redécouverte des écosystèmes par eux-mêmes : des gens qui ne se parlaient plus, des pôles de compétitivité, des filiales de grands groupes, des entreprises du secteur public, etc., se sont remis autour d'une table pour travailler ensemble », relève un fin connaisseur du milieu. Ce qui constitue déjà en soi une mission remplie par l'initiative French Tech, dont le slogan oecuménique est « tous unis pour la croissance de nos start-up ».

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>>> Pour en savoir plus sur la French Tech en métropoles

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Commentaires
a écrit le 11/09/2014 à 14:41 :
Vous serez très surpris du nombre et de leur performance, y compris à l'international.
Réponse de le 11/09/2014 à 15:57 :
les 2 baratineurs ci-dessous doivent travailler pour l'étranger.
les Anglos a priori. US, UK : que de l'image, pas de substance (nous c'est le contraire).
a écrit le 11/09/2014 à 14:34 :
Tout ça c'est du vent. La législation du travail ne permet pas de créer des starts-ups en France: 48 heures maxi de travail par semaine, travail interdit le dimanche, pas plus de 10 heures d'affilée, etc...
Ensuite le régime des stocks options (paiement d'impôts à l'attribution, débile !) est inadapté.
Ensuite à la différence des USA, la sur-protection des salariés fait qu'il est difficile de se séparer des "brêles".
Et pour finir, en France il n'y a aucune considération pour les entrepreneurs, pour ceux qui "risquent": on est un pays de fonctionnaires.
Donc tout ça c'est du pipeau
a écrit le 11/09/2014 à 13:07 :
Des propos de ministères.... Si les Français veulent réussir dans les nouvelles technologies, il y a une décision fondamentale à prendre: fuir ce pays de fonctionnaires socialistes le plus vite possible. C'est la règle d'or. Et ne surtout pas écouter ces gens donneurs de leçons distributeurs de l'argent des autres. Oui, il faut fuir et vite sans état d'âme. Le reste n'est que discours politiciens.
Réponse de le 11/09/2014 à 15:15 :
Car une fois qu'ils auront un certain nombre de villes ils vont recommencer à taxer et donc à démotiver les créateurs d'entreprises.
Un politique ne connait pas et ne sait pas faire de l'économie, il taxe et crée des impots pour s'allier des organisations et des personnes via des subventions et autres argent détourné du bien public pour se faire élire.

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