"Le mobile a relancé, en pire, la guerre des systèmes d'exploitation" (Tristan Nitot, président de Mozilla Europe)

Par Propos recueillis par Laszlo Perelstein et Romain Charbonnier  |   |  434  mots
Fondateur de l'association Mozilla Europe, Tristan Nitot milite activement pour l'open source. (Crédits : La Tribune)
Rencontré à Lyon à l'occasion du Blend Web Mix, Tristan Nitot, fondateur et président de l'association Mozilla Europe depuis 2003, explique pourquoi le Web est une plate-forme à privilégier, au moment où, avec le mobile, la guerre des systèmes d'exploitation reprend de plus belle.

La Tribune. Mozilla fêtera dans deux semaines ses 10 ans, quel bilan en tirez-vous?

Tristan Nitot. Il y a une dizaine d'années, avant la sortie de Firefox, les gens me prenaient pour un fou quand je disais que nous allions faire mieux que Microsoft avec aucun argent et du bénévolat. Le web pourrissait, avec toutes les failles de sécurité et vers informatiques, puisque plus personne ne développait Internet Explorer. Mais, aujourd'hui, le bilan est indéniablement positif : nous sommes parvenus à rétablir le choix de l'innovation. Partie de 8 employés, Mozilla en compte aujourd'hui 1.200 à travers le monde, avec un chiffre d'affaires de 311 millions d'euros en 2012.

La mission de Mozilla est donc finie ?

Non, parce que, si le web, avec ses multiples versions disponibles sur tous les systèmes d'exploitation, a mis fin à la guerre entre PC et Mac, l'histoire se répète aujourd'hui. Les smartphones ont changé la donne, et il faut à nouveau développer des applis qui fonctionnent sur tous les systèmes au lieu d'en faire une seule.

Avec Android de Google et iOS d'Apple, c'est même pire, puisqu'ils exercent un plus grand contrôle sur ces systèmes d'exploitation, notamment via les marchés d'applications.

Firefox n'est ainsi pas disponible sur l'App Store à cause de son fonctionnement. Être présent sur iOS, c'est jouer le même jeu que Goggle, dont le navigateur Chrome est une version 3,8 fois plus lente de Safari. C'est difficile de se différencier. À part Google et Apple, et peut-être Microsoft qui essaie de devenir le troisième homme, personne n'a intérêt à ce que cela se passe comme ça. Ni les développeurs ni les utilisateurs. On ne peut pas gagner si on propose une application.

Le développement et la sortie en juillet 2013 de Mozilla OS est donc un aveu de défaite pour Mozilla qui a perdu la guerre des applications ?

Notre objectif reste l'ouverture du web et l'innovation. C'est d'ailleurs dans ce but que notre système d'exploitation utilise le langage HTML5, qui se lit autant sur mobile que sur ordinateur, pour se passer à terme des applications. Avec le développement de Mozilla OS en Inde, mais aussi dans 23 autres pays, et la sortie de smartphones à 25 euros, nous voulons profiter de l'absence de Google et Apple. Mais nous ne sommes pas dans une logique d'entreprise qui se voudrait hégémonique, au contraire. L'arrivée de Google Chrome sur le marché de navigateurs a été une victoire pour Mozilla. Si demain, une entreprise nous clone, c'est un acteur de plus pour porter le Web.