Adapter France Télévisions au numérique, le projet de Delphine Ernotte

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« Les 65 millions de Français, par leur contribution à la redevance publique, sont en droit d'être traités comme 65 millions d'abonnés. » relève Delphine Ernotte-Cunci (ici aux côtés de Stéphane Richard, le PDG d'Orange), dans son projet.
« Les 65 millions de Français, par leur contribution à la redevance publique, sont en droit d'être traités comme 65 millions d'abonnés. » relève Delphine Ernotte-Cunci (ici aux côtés de Stéphane Richard, le PDG d'Orange), dans son projet. (Crédits : DR)
Dans son projet dévoilé par le CSA, la future présidente de France Télévisions met l’accent sur les défis et opportunités liés à l’évolution des usages et aux nouvelles formes de concurrence, le numérique étant le fil rouge. Elle propose de s’inspirer de Netflix, de développer la "relation client" avec le téléspectateur sur le Web et de mieux monétiser les contenus dans la vidéo à la demande.

« Audace 2020 », c'est le nom du projet stratégique de Delphine Ernotte-Cunci, la future présidente de France Télévisions. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a rendu public lui-même vendredi après-midi le projet d'une trentaine de pages. Le nom sonne comme un clin d'œil aux projets du PDG de son employeur actuel, Orange, Stéphane Richard, à savoir Conquêtes 2015 et Essentiels 2020. Dans sa lettre de motivation et son projet, qui emploie plus de 30 fois le terme « numérique », la dirigeante d'Orange France insiste sur le premier défi de France Télévisions qui consiste à « s'adapter au numérique, à la mondialisation du marché de l'éclatement des usages. »

Elle fait valoir que l'entreprise qu'elle dirige actuellement « est au cœur même de cette révolution », argument qui semble avoir joué en sa faveur, puisque le CSA l'a cité dans son avis motivé.

> Consulter le projet stratégique pour France Télévisions de Delphine Ernotte-Cunci


Rajeunir le public par l'innovation et l'événementiel

Au-delà des questions, majeures, d'organisation et de ressources humaines, telles que la mise en place d'une direction resserrée, d'objectifs éditoriaux et économiques par chaîne, du non-remplacement des départs et du moindre recours aux personnels non permanents, Delphine Ernotte-Cunci a concentré ses propositions sur l'innovation, notamment pour rajeunir le public de l'audiovisuel public.

« Par effet d'habitude et de prudence, la télévision publique fabrique mécaniquement des programmes pour séniors » lâche la future présidente.


France 2 doit davantage miser sur l'événementiel rassembleur et Delphine Ernotte-Cunci cite « The Voice » et « Danse avec les Stars » sur TF1 comme exemples. Des déclinaisons et enrichissements pour les écrans secondaires (smartphones) doivent être mis en place. France 3 devra accentuer son positionnement de chaîne du patrimoine et des territoires avec plus de décrochages locaux, événementiels là aussi.


Delphine Ernotte-Cunci suggère de repositionner plus franchement France 4 sur la jeunesse, en rapatriant les programmes et tranches d'animation des autres chaînes, en construisant « une plateforme numérique autour des marques fortes Ludo et Zouzous et en partenariat avec d'autres acteurs de jeux ou de livres » et même un réseau social, mais aussi des débats d'actualité pour les 10-15 ans, en s'inspirant de « Mon Quotidien. » France 5 doit demeurer la chaîne des savoirs, de la connaissance et de l'éducation, et aurait elle aussi un prolongement sur Internet, par la mise à disposition de documents, de références.


S'inspirer de Netflix ... et de la BBC

Il faut créer une nouvelle plateforme numérique, ergonomique, qui soit « au standard du marché », et « basée sur un algorithme de recommandation » afin de rendre « la télévision de rattrapage plus accessible, sur le modèle de Netflix par exemple. »

« La dimension éditoriale numérique doit devenir centrale. Le recours au numérique ne doit pas être considéré comme accessoire, mais il doit devenir une des dimensions de l'offre de la télévision publique. Cela exige de ne pas lui assigner le seul rôle de la télévision de rattrapage. C'est d'abord par le numérique que peut se constituer un rapport nouveau entre la télévision publique et les jeunes. Il s'agit de se doter d'une pépinière de talents, de dénicher les créateurs, disposant déjà d'une reconnaissance sur les réseaux sociaux et le web, et de chercher à les adapter ensuite à l'antenne en pastilles » explique Delphine Ernotte-Cunci dans son projet.

Venue du privé, la directrice d'Orange France veut insuffler la préoccupation de la «relation client » en mettant en place « une stratégie relationnelle avec ses usagers », avec des outils professionnels.

« Les 65 millions de Français, par leur contribution à la redevance publique, sont en droit d'être traités comme 65 millions d'abonnés. » relève-t-elle.

Delphine Ernotte-Cunci souhaiterait pouvoir fournir « une offre numérique personnalisée » à chaque téléspectateur en fonction de ses goûts. Il faut aussi « repenser le modèle économique de diffuseur » en explorant les voies de « monétisation de la seconde vie des contenus », en priorité le vaste catalogue des programmes jeunesse.

« France Télévisions peut agir seule sur la VàD (vidéo à la demande) jeunesse, premier motif de visite sur Netflix ou Canalplay » propose-t-elle.

Mais France TV a aussi intérêt à nouer un partenariat avec l'INA, voire « avec les autres chaines gratuites pour une proposition commune. » Faut-il y voir le projet d'un futur Netflix à la française ?

Une chaîne d'info « permanente » publique

Delphine Ernotte-Cunci relève que « le secteur public dispose d'une opportunité exceptionnelle : l'INA, Radio France et France Médias Monde sont autant de partenaires incontournables. Ces entreprises sont confrontées aux mêmes enjeux. Sans s'orienter vers le modèle unique de la BBC, il est possible de définir ensemble des projets, de valoriser les contenus de chacun. »


Enfin, elle propose de créer « une chaîne de la compréhension, la chaîne publique et numérique de l'information », qui sorte de « cette logique de buzz permanent » et de la « dictature de l'urgence », comprendre les chaînes d'infos privées, pour passer d'une « logique d'information continue à une objectif d'information permanente. » Trois scénarios pour la diffusion de cette chaîne : « réorientation d'un canal existant, priorité donnée à l'information dans la programmation d'une chaine actuelle ou maintien du tout-numérique. » L'objectif serait une mise à l'antenne en septembre 2016.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2015 à 11:46 :
Faudrait déjà réduire la voilure, parce que France 2, France 3, France 4, France 5, France O + quelques autres. ça commence à faire beaucoup de chaines diminuant d'autant les ressources financières pour "créer" du contenu.
a écrit le 25/04/2015 à 10:14 :
Elle veut se baser sur des émissions telles que The Voice et la nouvelle Star. a se demander si elle ne va pas tirer France Tv vers le bas. Ceci dit, nous imposer de payer une redevance tv pour des programmes que l'on ne choisi pas est de l'abus de pouvoir. Tant qu'à faire, si l'on doit payer une redevance, on devrait pouvoir, choisir au moins, un nombre de chaînes. Ou mieux, un certain nombre de programmes à la carte parmi l'offre de France Télévision. C'est aussi cela, l'évolution, l'innovation et la proximité !
a écrit le 25/04/2015 à 7:51 :
Après avoir créer dog.tv pour chiens, elle veut faire de France télévisions un sous produit TF1. Qu'elle ne s'inquiète pas c'est déjà nul ce groupe, vivement la privatisation que l'on paie plus la redevance

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