Attentats : vers une société de la surveillance accrue ?

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En ces temps de choc et de deuil, renoncer à un peu de liberté pour un peu plus de sécurité apparaît comme un moindre mal aux yeux de nombreux citoyens. A conditions que ces outils soient efficaces.
En ces temps de choc et de deuil, renoncer à un peu de liberté pour un peu plus de sécurité apparaît comme un moindre mal aux yeux de nombreux citoyens. A conditions que ces outils soient efficaces. (Crédits : © Kacper Pempel / Reuters)
En réaction aux attentats de vendredi, l’Etat va donner davantage de latitude aux services de renseignement, à la police et à la justice pour contrer le terrorisme, quitte à empiéter un peu plus sur le respect des droits et des libertés individuelles.

Faut-il renforcer encore l'arsenal législatif de lutte contre le terrorisme, quitte à rogner encore un peu plus sur les libertés individuelles ? Oui, répondent en cœur de nombreuses voix, de la majorité comme de l'opposition et de la société civile, depuis les attentats de vendredi.

Vers l'extension de la surveillance de masse

Lundi, lors son allocution exceptionnelle devant le Congrès réuni à Versailles, le président François Hollande a donné un véritable coup de pied dans la fourmilière législative. En plus d'une modification de la Constitution pour l'adapter à la crise sécuritaire actuelle, le chef de l'Etat a annoncé une nouvelle loi, qui sera présentée dès cette semaine au Parlement, "prolongeant l'état d'urgence pour trois mois" tout en l'adaptant "à l'évolution des technologies et des menaces". Le président n'a pas précisé en quoi consisteraient ces nouveaux pouvoirs. Mais ils devraient faciliter la mise en œuvre des outils de surveillance prévus par la loi Renseignement de manière à moins s'encombrer des formalités administratives, pourtant peu contraignantes.

Le président ne s'arrête pas là. Pour "rester dans un Etat de droit" après la période d'état d'urgence, François Hollande a aussi promis de "renforcer substantiellement les moyens de la justice et des forces de sécurité". Il s'agit, selon le président, de permettre aux services d'enquête et aux magistrats antiterroristes de recourir à "tout l'éventail des techniques du renseignement qu'offrent les nouvelles technologies et dont l'utilisation est autorisée par la loi sur le renseignement", votée l'été dernier.

Autrement dit, le président voudrait donner à la police et à la justice l'accès aux mêmes outils dans le cadre de leurs enquêtes que ceux utilisés par les services de renseignement. Ce qui leur permettrait d'accéder aux données de connexions, à celles des boîtes noires algorithmiques qui espionnent l'activité sur Internet, aux micros, caméras, logiciels espions et fausses antennes-relais auxquels peuvent recourir les agents du renseignement. Des outils extrêmement invasifs et très critiqués car les finalités qui justifient leur utilisation sont très larges. Pour les défenseurs de la vie privée comme pour de nombreux experts du numérique, la loi Renseignement permet de fait une surveillance de masse qui va bien au-delà de la lutte antiterroriste. Et que François Hollande promet donc de renforcer.

Quid de la surveillance ciblée ?

En ces temps de choc et de deuil, renoncer à un peu de liberté pour un peu plus de sécurité apparaît comme un moindre mal aux yeux de nombreux citoyens. A condition que ces outils soient efficaces. Or, certains terroristes des attaques de Paris étaient déjà connus des services de renseignement. Tout comme Mohamed Merah (l'auteur des tueries de Toulouse en 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo), ou encore le terroriste du Thalys en août dernier. Tous ces hommes faisaient l'objet d'une fiche S (pour "atteinte à la sûreté de l'Etat"), ce qui veut dire qu'ils sont censés faire l'objet d'une attention particulière.

Comme l'a souligné le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, la loi Renseignement n'est appliquée que depuis le 3 octobre, et certains décrets d'applications ne seront publiés qu'en décembre. Mais cette loi était censée légaliser des pratiques déjà existantes...

Pour de nombreux experts du terrorisme et du renseignement, le vrai enjeu n'est pas d'étendre le rayon de la surveillance, mais d'augmenter les moyens alloués à la surveillance ciblée pour rendre le renseignement plus efficace. Autrement dit, surveiller davantage, et mieux, les individus fichés (entre 5.000 et 11.000 selon les sources) dont certains rivalisent d'inventivité pour communiquer sans passer par les canaux classiques et qui réussissent à organiser des attentats au nez et à la barbe des grandes oreilles des Etats.

"Passer de 90% d'attentats évités à 99%"

Dans un entretien au Point, Alain Bauer, expert du renseignement et criminologue, souligne que le vrai enjeu est le renforcement des effectifs pour la surveillance ciblée. "Nous disposons de tellement d'informations qu'on a du mal à les traiter et à les comprendre", explique-t-il. Comme d'autres, il pense qu'une augmentation des effectifs, promise également par François Hollande, pourrait être essentielle pour "passer de 90% d'attentats évités à 99%".

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre et finira par perdre les deux", disait Benjamin Francklin. Aujourd'hui, l'enjeu est de placer le curseur au bon endroit pour lutter plus efficacement contre les vraies menaces, tout en protégeant les droits et les libertés de la quasi-totalité des citoyens, qui n'ont rien à voir avec le terrorisme. Les premières réponses tendent à montrer, encore une fois, qu'en temps de crise, la notion de protection des libertés passe au second plan.

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Commentaires
a écrit le 18/11/2015 à 8:52 :
Quand on surveille ce qui peut l'être, on ne surveille rien et l'on fini par ne plus savoir pourquoi!
a écrit le 17/11/2015 à 16:15 :
Il faudrait penser à ouvrir toutes les enveloppes timbrée en rouge, courrier rapide. Ça remplace les conversations au téléphone (les cabines vont disparaitre) et est ainsi beaucoup plus discret. Les pigeons voyageurs, c'est pas garanti fiable, surtout quand c'est la période de la chasse.
11 000 personnes fichées S, de divers niveaux, plus que de personnes pour les 'surveiller'. S'il en faut dix pour suivre 24h/24 une seule personne, le compte n'y est pas.
Surveiller plus, tout le monde, pour 99,9999999% de réussite ? Même pas.
a écrit le 17/11/2015 à 15:37 :
Pour nos gouvernants, de droite comme de gauche, tout est bon pour réduire les libertés du peuple. Qui peut croire que cet état d'urgence de 3 mois, sans doute renouvelé, ne servira qu'à rechercher les terroristes, et interdire les sites incitant au terrorisme ? Il permettra aussi de menacer ou baillonner des individus ou des sites web professant des avis politiquement incorrects.

Démocratie, avez-vous dit ? Ah oui, comme les démocraties communistes.
Réponse de le 18/11/2015 à 10:43 :
Je partage votre avis. L'Etat d'urgence de 3 mois nous est dit motivé par le risque Daech. Soit. Mais Hollande envisage t'il de neutraliser ce groupe en trois mois ? Difficile à croire. Dans ce cas, l'état d'urgence doit perdurer jusqu'à la neutralisation de ces fadas. Et alors, ce n'est plus un état d'urgence (crise) mais une situation qui devient chronique. Et nos finances risquent de finir dans le rouge avant la résolution du problème.
a écrit le 17/11/2015 à 14:13 :
Je crois que l'on se noie dans un verre d'eau , la justice est, ce qu'elle est ! , elle est à l'image de ceux nous que renvoyons aux parlements depuis 40 ans . de toute façon c'est le dernier rideau et ne sauvera pas les victimes potentielles futures . Il faux se focaliser essentiellement sur le présent avec les moyens présents et il y a beaucoup à faire en allant rechercher les bonnes personnes capables encore vivantes ayant occupées les différents services . Ce n'est pas une histoire d'argent comme les politiques , ils feront ça sans être payés
a écrit le 17/11/2015 à 14:10 :
Bon, il s'est trompé de quelques années, mais un certain Orwell nous avait prédit Big Brother, non ? Certains hommes sont des génies, mais on ne s'en aperçoit qu'après leur mort parce que la majorité d'entre nous a des années lumières de retard mental, n'est-ce pas :-)
a écrit le 17/11/2015 à 13:42 :
Il faudrait peut être commencer par construire des prisons et appliquer le code pénal avec fermeté n'en déplaise à Mme la ministre de la justice.
a écrit le 17/11/2015 à 13:08 :
"Pour ce quotidien, qui ne cache guère sa satisfaction, “les Français ont perdu face au terrorisme”. “Cet adversaire a été, jusqu’il y a peu, le soldat cagoulé et sans merci de l’Occident dans sa bataille contre le monde musulman. La France ne savait pas que les fous djihadistes, élevés par la CIA [Agence centrale du renseignement américain], le MI6 [services secrets britanniques] et la DGSE [Direction générale de la sécurité extérieure] reviendraient un jour à la maison”.."http://www.courrierinternational.com/article/vu-diran-daech-sest-retourne-contre-ceux-qui-lont-enfante
a écrit le 17/11/2015 à 13:03 :
Je doute que l'on gagne la guerre contre Daesh avec du renseignement. Même si c'est nécessaire, une guerre se gagne en éliminant physiquement son ennemi. Et pour l'éliminer, il faut aller au contact, l'acculer et le mettre hors d'état de nuire. Et comme je ne suis pas "politiquement correct": Le tuer. Il nous faut voir la réalité en face, les islamistes nous ont déclaré la guerre, et la guerre, c'est sale, et ça fait des morts. Pour garder sa vie, il vaut mieux faire le boucher que le veau, en ayant toujours à l'esprit que nous sommes le veau du boucher d'en face. Droits de l'homme, certes, mais la guerre ne se fait pas avec de beaux sentiments. Il faut d'abord la gagner.
a écrit le 17/11/2015 à 12:35 :
Quand nous voyons que les lois actuel ne sont pas appliquées!!!!!! La solution de faire de nouvelles lois, cache simplement la faillite de l'état. Cet état pris en otage depuis plus de 30 ans par une minorité de pseudo penseurs. Ces pseudo penseurs qui imposent à une population , sa réthorique d'accueil global de population, de modification de son histoire forcément détestable, de la subvention total de population, de situation d'exception devant la loi pour une minorité. Cette pensée qui a laminé une immense majorité de la population ( de toutes races, de toutes origine religieuse). Pseudo penseurs qui vivent dans les ghettos pour riche ( école comprises) et qui veulent la mixité social pour les autres. Tant que la vraie question ne serons pas poser, les vrais réponse ne seront pas rendues. Une société ne marche que si tous le monde a les mêmes règles et que celles ci soient appliquées. Quand des populations minoritaires qui demande l'égalité, avec des exceptions multiples comment appelons nous ceci ?
a écrit le 17/11/2015 à 12:18 :
Compte tenu du fait que :
1 - les textes et dispositifs actuels permettent de détecter dans leur grande majorité les individus pouvant être incriminés dans ces actions (les fichés S étaient connus, la Turquie avait à au moins deux reprises alerté la DST sur le risque terroriste de certains des "kamikazes".... Mais que malgré cette connaissance du risque rien n'a été fait pour protéger la population ;
2 - que nos frontières laissent passer tout le monde sans distinction du risque ;
3 - qu'il est très difficile de faire le distinguo entre un vrai réfugié syrien et un vrai djihadiste ( ou un repris de justice étranger voulant se mettre à l'abri sous prétexte d'asile politique) muni d'un faux passeport syrien ;
=> J'en déduis que ce n'est pas la peine de durcir davantage les lois s'appliquant à tout le monde mais d'abord, et en toute priorité, de neutraliser ceux qui sont déjà connus dangereux. Pourquoi faire davantage alors que, jusqu'à présent, nos politiques n'ont rien fait malgré toute l'information mise à leur disposition ?
A moins que ce gouvernement ne se serve de ce motif pour nous surveiller, nous, davantage (opinions, etc...).
a écrit le 17/11/2015 à 12:14 :
N 'était-ce pas le but recherché..?

http://www.kla.tv/5075

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