Les leaders de la French Tech (Blablacar, Deezer...) en dressent le bilan

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Withings, dans les objets connectés pour la maison, Sigfox, le numéro un mondial de la connectivité des objets, la plateforme de streaming musical Deezer, le leader du covoiturage Blablacar et le service de cagnotte en ligne Leetchi ont répondu pendant plusieurs heures aux questions des parlementaires.
Withings, dans les objets connectés pour la maison, Sigfox, le numéro un mondial de la connectivité des objets, la plateforme de streaming musical Deezer, le leader du covoiturage Blablacar et le service de cagnotte en ligne Leetchi ont répondu pendant plusieurs heures aux questions des parlementaires. (Crédits : DR)
Sans prendre de gants, les plus belles réussites de la French Tech ont exprimé devant les députés leur vision des points forts et des points faibles de l'écosystème d'innovation français. Eclairant.

Qui mieux que les stars de la French Tech, les rares succès qui triomphent au-delà de nos frontières, pour dresser un bilan et proposer des pistes pour favoriser l'émergence de nouveaux champions du numérique en France et en Europe ? Mercredi dernier, la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale a organisé une table-ronde sur les enjeux de la transition numérique. Un grand oral auquel ont participé cinq des startups françaises les plus emblématiques.

Pendus à leurs lèvres, notant précieusement leurs remarques et observations, une quinzaine de députés de tous bords ont entendu les bons points et les doléances de ces startups, toutes des leaders sur leur secteur. Withings, dans les objets connectés pour la maison, Sigfox, le numéro un mondial de la connectivité des objets, la plateforme de streaming musical Deezer, le leader du covoiturage Blablacar -récemment valorisé 1,6 milliard d'euros- et le service de cagnotte en ligne Leetchi ont répondu pendant plusieurs heures aux questions des parlementaires. Sans prendre de gants ni noircir le tableau, ils ont dressé le panorama de l'écosystème d'innovation français tel qu'ils le voient et le vivent.

Etre entrepreneur en France ? "Ça va de mieux en mieux"

Les pépites de la French Tech ne partagent pas les nombreux clichés sur la prétendue incapacité de la France à encourager l'innovation et l'entrepreneuriat. "Etre entrepreneur en 2015 en France, c'est infiniment plus facile qu'il y a quinze ans", affirme Eric Carreel, le président et cofondateur de Withings.

Rendons à César ce qui lui appartient : les cinq patrons ont loué les initiatives publiques pour encourager l'innovation. "Oseo [ancêtre de BPIFRance, NDLR] a été d'une aide précieuse en m'apportant les fonds qui m'ont permis de lancer Leetchi", raconte Céline Lazorthes, la présidente et fondatrice du service de cagnotte en commun sur Internet. "Les aides comme le Crédit Impôt Recherche (CIR) et le statut Jeune entreprise innovante (JEI) sont des dispositifs formidables, essentiels pour les startups", ajoute Frédéric Mazzella, le fondateur et président de Blablacar.

     | Lire Pass French Tech : comment la France déroule le tapis rouge pour ses champions

Pour ces entrepreneurs, la France se dote petit à petit d'un véritable esprit d'entreprendre. "Avant, on regardait les entrepreneurs de travers. Aujourd'hui, les gens nous soutiennent et sont fiers de voir des startups françaises réussir à l'international avec des solutions innovantes. C'est un vrai changement de mentalité", estime Eric Carreel.

En revanche, les cinq entrepreneurs sont également unanimes sur "le manque de conscience globale, notamment dans l'administration" de la puissance de la transformation digitale et des changements majeurs qu'elle va apporter à tous les secteurs et à tous les métiers.

"Recruter des salariés est une vraie galère"

Pour devenir un champion du numérique, la France doit s'atteler, de manière urgence, à plusieurs problèmes qui pénalisent le développement des startups françaises. A commencer, estiment-ils, par la formation aux nouveaux métiers, comme l'explique Frédéric Mazzella :

"Chez Blablacar, la moyenne d'âge de nos 360 salariés est de 29 ans. C'est très jeune. Le recrutement est notre principal problème, nous peinons à trouver les profils qui nous correspondent. Le numérique réinvente tous les métiers existants et en créé de nouveaux. Alors on préfère former des jeunes plutôt que d'embaucher des seniors qu'il faut mieux payer et qui n'ont pas davantage de compétences pour nos métiers."

Même constat pour Eric Carreel, de Withings : "Le numérique révolutionne aussi l'industrie. Grâce aux objets connectés et aux nouvelles méthodes de transformation de la matière grâce à des solutions numériques, on va peut-être, demain, rouvrir des usines en France. Mais la main d'œuvre n'est pas encore adaptée."

Cette carence pousse certaines startups à recruter à l'étranger, notamment à Londres. A l'image de Deezer, représenté par Simon Baldeyrou :

"Paris a les meilleurs développeurs du monde, les profils marketing et commerciaux que nous recherchons sont plus difficiles à trouver ici qu'à Londres. Lorsqu'on veut peser dans le secteur du numérique, on ne peut plus raisonner franco-français. Alors, quand on réfléchit à la question de l'endroit où installer de nouveaux salariés, les lourdeurs administratives et les profils des recrues peuvent nous inciter à aller à Londres."

      | Lire aussi Reviens Léon : quand les pépites de la French Tech font les yeux doux aux expats

"Il arrive bientôt, le marché unique européen du numérique ?"

Pour les cinq entrepreneurs, le fait que de nombreuses startups françaises se fassent racheter par des entreprises étrangères, et notamment américaines, est dû en partie à la complexité de l'administration et de la fiscalité.

Frédéric Mazzella, de Blablacar, attend le marché unique du numérique européen avec impatience. "Quand les Etats-Unis ont une seule législation pour toucher un marché de plus de 300 millions de consommateurs, l'Europe en a un par pays. Certes, chaque Etat européen a une culture différente, mais aussi un régime de TVA différent, un code du travail différent, des règles vis-à-vis de la vie privée différentes... Au final, c'est un véritable casse-tête et un vrai frein pour le développement du business".

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Simon Baldeyrou, de Deezer France, opine du chef : "S'implanter dans un autre pays européen est d'une grande complexité en raison du fait que chaque pays a des règles différentes sur les droits d'auteurs."

"Un grand coup de balai administratif, s'il-vous-plaît !"

De même, les entrepreneurs apprécieraient que la réforme en cours sur le code du travail tienne ses objectifs de simplification. "La lisibilité administrative est très importante pour nous permettre de nous développer, indique Céline Lazorthes, de Leetchi. Franchement, je n'ai toujours pas compris comment fonctionne le Crédit Impôt Recherche, heureusement que mon directeur financier est là !", ajoute-t-elle en riant. Puis, plus sérieusement : "Quand on créé une startup à 25 ans, on ne connaît rien, on est perdu, d'autant plus que les réglementations évoluent souvent, alors qu'on a besoin de stabilité".

Pour Eric Carreel, de Withings, des progrès ont été réalisés... mais ils demeurent insuffisants. "La législation du travail est plus simple aujourd'hui qu'il y a vingt ans, mais personne ne connaît ni ne comprend le code du travail. Il n'inspire que la complexité et la peur. Un énorme coup de balai serait super !"

Et le temps presse, comme le souligne Ludovic Le Moan, fondateur et président de Sigfox. "Il faut trouver une solution rapide pour une législation européenne unifiée, car l'Internet des objets va devenir gigantesque très vite"...

Inciter à l'investissement avec des accommodations fiscales

Enfin, l'accès au financement représente l'autre problème majeur au développement des startups en France, d'après les cinq entrepreneurs. "La scène des VC français [venture capitalists, NDLR] est 50 fois plus petite qu'aux Etats-Unis, alors que le PIB français est seulement 6 fois inférieur à celui des Etats-Unis", déplore Frédéric Mazzella. Un problème pour les entreprises en hypercroissance, qui ont besoin de fonds pour se développer lors du deuxième ou du troisième tour de table, si problématique en France.

"Si j'avais développé Sigfox aux Etats-Unis, j'aurais pu lever beaucoup plus d'argent en beaucoup moins de temps", indique Ludovic Le Moan. De son côté, Deezer n'a levé en France que 14 millions d'euros, en 2009. C'est un fonds étranger qui a investi 100 millions d'euros, trois ans plus tard. Simon Baldeyrou, le directeur France, pense que l'Etat a un rôle à jouer, via des incitations fiscales, pour inciter les fonds d'investissements et les business angels à investir de plus gros tickets dans les startups et les PME.

Reste à savoir ce que retiendront les parlementaires retiendront de ce diagnostic.

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Commentaires
a écrit le 04/10/2015 à 21:36 :
"La législation du travail est plus simple aujourd'hui qu'il y a vingt ans [...]" ah bon ?
a écrit le 04/10/2015 à 11:23 :
C'est très simple. En france, il faut mettre la r&d avec le cir et tout le reste à l'etranger, surtout sur des projets internationaux. Les gesticulations politiques n'y changeront rien. Si votre taxe foncière était multipliée par 30, vous feriez quoi? Vous ne regarderiez pas ce qu'il se passe dans la ville voisine?
a écrit le 03/10/2015 à 12:32 :
On voit le mal qui ronge le pays par l'absence de commentaire sur cet article alors les mesures demandées sont absolument centrales pour l'avenir du pays .
Avec la vague de désintermédiation qui arrive , il est indispensable de créer des leaders mondiaux dans le secteur du digital si on veut conserver notre niveau de vie.. Je ne suis pas sûr que le quidam moyen qui s'offusque des petits polémiques lancés par tels ou tels politiciens ait bien conscience que l'avenir de ses enfants et petits enfants se jouent probablement maintenant .
Réponse de le 03/10/2015 à 16:18 :
S'il n'y a pas de commentaire c'est peut etre que les remarque sont .... attérante....

Et on revoie encore la sempiternelle rengaine, des vieux de 35 ans ...
Qui n'ont pas soit disant pas les compétences... c'est vrais l'informatique a tellement évoluée en 5ans...

Cela fait sourire quand on voit le profil de M Mazzella,qui est tout sauf numerique....que lui exige de ses employé d'avoir la formation pile poil avec la techno du moment a la mode... et pas cher s'il vous plais... et qu'on pourra virer des que l'on trouvera un ptit jeune encore moins cher,
des auto entrepreneur en fait... C'est l’économie collaborative.. tous uberisé!

C'est la loi du marché, l'offre n'est pas uniquement composé de jeune célibaire, mouton à 5 pattes , a pas cher, près à se sacrifier sur l'autel du numerique..et les meilleurs potentiel, les plus expérimentés demandent plus! Honte à eux....
Mais en France on accepte la loi du marché uniquement lorsqu'elle est défavorable aux employés... sinon c'est un grave problème...

Quand aux USA c'est faux s'il y a bien des loi fédérale, les USA sont composé d'états... avec leurs propres lois,leur propre taux de taxe sur la consomation, leur propre impots sur le revenus ect ...
....et un développeur standard émarge entre 80 K$ et 150, alors qu'on ne viennent pas parler de salaire trop élevé en France. Sans parler de ce jeunisme nauséabond qui n'existe pas la bas ! On recrute sans état d’âme des ingénieurs seniors dans ce pays, je ne vois pas pourquoi cela ne marcherais pas en France ... Ne pas avoir le mots clef de la dernière techno à la mode ne devrais pas etre un problèmes, ce qui compte c'est la capacité à analyser a resoudre, concevoir, et cela ne change pas si rapidement que cela dans le numerique.

De plus la formation numerique est tres bonne en France, et nos elite sont coupables et complice d'accepter ce discours de mauvaise fois.

Enfin le pb de financement en france n'a rien a voir avec des "accomodation" fiscale, ce sont les financier qui refuse de prendre des risque meme pondéré, avec leur culture francaise du "entre soi". Car en attendant chaque "accomodation fiscale" est compensé par les menages pour payer les infrastructures qu'elle utilisent et les fameuse formation du numerique...
Réponse de le 03/10/2015 à 21:14 :
Les développeurs émergent à 150K$ aux USA car l'industrie IT existe contrairement à la France qui n'a que des ssiis (entendez interim pour cadres techniques) . Pour construire l'industrie du numérique et donc bien payer ses développeurs , il faut certes moins de charges mais surtout des entrepreneurs , vous savez "ces gens qui créent de la croissance économique et risquent une perte de leur épargne à la différence des salariés " ; je dis ça pour nos amis socialistes qui n'ont jamais travaillé dans les entreprises comme Mr Hollande et ont appliqué une fiscalité confiscatoire sur les valeurs mobilières ...

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