Bourse : les valeurs high tech en plein retour sur Terre

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Selon les analystes, les valeurs technologiques vivent plutôt un phénomène de régulation. L'éclatement de mini-bulles, comme celle des biotech, ne remet pas en question leur potentiel sur le long terme, mais corrige des valorisations excessives et acte la fin d'un cycle haussier depuis 2008.
Selon les analystes, les valeurs technologiques vivent plutôt un phénomène de régulation. L'éclatement de "mini-bulles", comme celle des biotech, ne remet pas en question leur potentiel sur le long terme, mais corrige des valorisations excessives et acte la fin d'un cycle haussier depuis 2008. (Crédits : DR)
Impactées par le contexte macroéconomique, les valeurs technologiques ont chuté d’environ 15% en moyenne depuis le début de l’année. Le secteur subit aussi un mouvement de correction violent après une année 2015 marquée par des valorisations records.

Où s'arrêtera l'hémorragie ? Depuis le début de l'année, la plongée des Bourses mondiales, qui affecte et affole tous les secteurs, n'a pas épargné celui des nouvelles technologies. Loin de là, même. Vendredi 12 février, le Nasdaq pointait à 4.266 points, soit une baisse de 13% par rapport au 4 janvier (4.903 points). Loin, très loin des records de juillet 2015, où il dépassait la barre des 5.200 points.

-55% pour le réseau social professionnel LinkedIn, -54% pour le fabricant de bracelets connectés Fitbit, -45% pour GoPro, -22% pour Netflix, -8% pour Alphabet (ex-Google)... Depuis le début de l'année, le ciel s'est assombri pour tout le monde. D'Apple à Amazon, en passant par Twitter, Groupon, LinkedIn ou Pandora, la plupart des pépites de la Silicon Valley affichent de forts replis.

Pourtant, "le secteur des nouvelles technologies n'est pas un bloc uniforme et comporte une multitude de sous-secteurs qui recouvrent des réalités très différentes", rappelle Jacques-Aurélien Marcireau, le gérant du fonds Global Data chez Edmond de Rothshild Asset Management. "Mais la baisse est globale, signe d'un retournement profond", ajoute-t-il.

Impact des inquiétudes macroéconomiques

Bien évidemment, le climat tendu qui agite Wall Street et les places financières mondiales joue un rôle non négligeable. Les craintes d'une récession américaine, le ralentissement de la croissance mondiale -et donc de la consommation- ou encore la volatilité des cours du pétrole, impactent directement de nombreux sous-secteurs du high-tech.

Sans surprise, les entreprises les plus touchées sont celles du "hardware", de l'informatique et des composants électroniques, en raison de leur dépendance à la demande finale. De quoi expliquer, entre autres, la chute de 11% de l'action d'Apple depuis le 4 janvier.

Malgré la publication des meilleurs résultats trimestriels de son histoire en 2015, la firme de Cupertino a subi le retour de flamme des marchés. Tout simplement, car le ralentissement prévu des ventes d'iPhone, qui représentent 66% de son chiffre d'affaires global, l'empêchera de poursuivre sa croissance folle au même rythme que ces dernières années.

Correction des excès, éclatement de mini-bulles

Cet environnement instable incite aussi les investisseurs à se replier sur des valeurs jugées "plus sûres". Et donc de délaisser de nombreuses entreprises du secteur technologique, qui représentent surtout des promesses sur l'avenir. Le cocktail "valorisations exorbitantes + absence de modèle économique pérenne" a explosé à la figure de géants comme Twitter. Mais aussi à celle de tout un tas de startups prometteuses, comme FitBit (objets connectés) ou encore celles qui s'illustrent dans les biotechnologies ou la cybersécurité.

De quoi faire resurgir le spectre de l'éclatement d'une nouvelle "bulle Internet" après celle de 2000? De nombreux analystes n'y croient pas.

"C'est plutôt un phénomène violent et excessif de correction, de retour à la raison", estime Nicolas Chéron, stratégiste pour CMC Markets France.

Une analyse confirmée par Ryan Larson, de RBC Global Asset Management. "Les valorisations élevées des startups technologiques sont ramenées au plus près des fondamentaux susceptibles de soutenir leur croissance, si tant est qu'il y en ait une", indique-t-il à Reuters.

Début d'un nouveau cycle, tensions sur le marché des IPO

Selon les analystes, les valeurs technologiques vivent plutôt un phénomène de régulation. L'éclatement de "mini-bulles", comme celle des biotechs, ne remet pas en question leur potentiel sur le long terme, mais corrige des valorisations excessives et acte la fin d'un cycle haussier depuis 2008. Quitte à verser dans les excès inverses.

"C'est une situation paradoxale, voire irrationnelle, estime Jacques-Aurélien Marcireau. Car les fondamentaux de ces sociétés n'ont pas changé. Ce qui a changé, c'est la confiance des investisseurs", résume-t-il.

Ce nouveau cycle, moins clinquant, présente son lot d'inconvénients pour les startups du numérique. Il pourrait fortement impacter le marché des IPO, les introductions en Bourse. Car les licornes, ces startups pas forcément cotées, mais valorisées plus d'un milliard de dollars, hésitent de plus en plus à se lancer dans le grand bain des marchés.

Le français Deezer en est un excellent exemple. Pour se financer, les sociétés peuvent actionner deux leviers: lever des fonds ou tenter une introduction en Bourse. Mais la volatilité actuelle des marchés, caractérisée par une forte aversion au risque, les pousse à privilégier la première option. En fin d'année dernière, Deezer, pourtant à deux doigts d'entrer sur les marchés, a préféré jeter l'éponge. La pépite française du streaming musical, qui peine à dégager des bénéfices, voulait récolter 300 millions d'euros grâce à l'opération. Elle s'est finalement rabattue sur une levée de fonds de 100 millions d'euros. Une solution certes moins lucrative, mais plus sûre...

Une année 2016 compliquée

Le même dilemme se pose aujourd'hui pour un autre Français, Sigfox. Fin janvier, la startup toulousaine de l'Internet des objets a repoussé son entrée à 2017, "voire 2018", et préfère lever un "montant relativement significatif" d'argent pour financer sa croissance.

Pour Jacques-Aurélien Marcireau, cette situation est une "bulle silencieuse" qui annonce une année 2016 compliquée pour les investisseurs et les banques d'affaires. "À cause de la survalorisation de sociétés non cotées, ces startups n'ont plus de stratégie de sortie pour leurs investisseurs", met en garde l'analyste.

Cette situation peut-elle durer ?

"Nous entrons dans un cycle de rééquilibrage, baissier, qui n'a rien à voir avec l'euphorie des années 2008-2015. Mais même en cycle récessif, les valeurs technologiques vont rester fortes, car la technologie reste très attractive pour les investisseurs qui ont une vue de long terme", estime Nicolas Chéron.

Effectivement, les derniers résultats trimestriels ont révélé que 81% des sociétés technologiques ont fait mieux que le consensus des analystes, selon FactSet. Mais les perspectives macroéconomiques, avec la crainte d'une récession aux États-Unis et une croissance mondiale atone, indiquent que la situation actuelle risque de durer.

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Commentaires
a écrit le 16/02/2016 à 12:04 :
La peur, modèle économique du 21ème siècle.
a écrit le 16/02/2016 à 11:09 :
Les investisseurs arbitrent tout simplement pour payer leurs dettes. La baisse des prix du pétrole et ses conséquences les laisse en prise pour se dégager vendre de bons actifs dont l'horizon semble un peu moins clair ses révèle donc être la solution. D'où la baisse des IT compagnies et du questionnement qui s'ensuit sur la pertinence de leur business model. Une série de comportements en chaîne. Elle laisse en même temps une pause permettant de voir la réaction des intéressés, ils seront poussés à "tout" donner, mettre leur meilleure offre technologique sur la table en tentant de conserver leur positionnement marketing. Ces derniers se disent encore que la valorisation perdue aurait été mieux employée dans des achats multiples plus importants. Si la chute récente a figé IPO et fusions, le phénomène devrait reprendre de plus belle.
a écrit le 16/02/2016 à 11:05 :
Rien d'alarmant la dedans : Aucun arbre ne monte jamais jusqu'au ciel.
Sans rentrer dans le détail il semble effectivement que cela constitue plus une corrections des indices plutôt qu'un éclatement de bulle. Les excès les plus exagérés subissent donc les corrections les plus sévères. Les entreprises qui ont des résultats réels dans leur CA et font du bénéfice n'ont presque pas d'impact sur leur titre.

Les startups et nouveaux business eux par contre accusent le coup car les chiffres ne sont pas encore au rendez-vous malgré 3 ans de financement énorme des startups.

Cela dit la confiance reste entière étant donné que bon nombre d'acteurs majeurs gardent les titres de startup innovantes en leur possession.

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