Education : ces livres numériques qui aident les enfants "dys" à lire

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Sur leur tablette, les lecteurs qui connaissent des troubles dys peuvent adapter le texte à leurs besoins et se servir de plusieurs outils.
Sur leur tablette, les lecteurs qui connaissent des troubles dys peuvent adapter le texte à leurs besoins et se servir de plusieurs outils. (Crédits : DR)
En France, entre 6% et 8% d’une classe d’âge souffrent d’un trouble "dys" (dyslexie, dysphasie, dyspraxie...). De plus en plus, une prise de conscience est visible pour tenter d'améliorer l'accompagnement de ces jeunes dans leur éducation. Témoins de cet enjeu à la fois scolaire et social, la startup Mobidys et l'éditeur Nathan se sont alliés pour proposer des livres numériques adaptés aux troubles dys.

« Depuis peu, nous assistons à une prise de conscience de l'enjeu et des conséquences de la dyslexie. Elle se traduit par une exigence de plus en plus forte de la part de l'Education nationale. » Tablette en main, Mathilde Bonte-Joseph, responsable des projets numériques chez Nathan Jeunesse, dresse le constat alors que la maison d'édition a lancé le label Dyscool en collaboration avec la startup nantaise Mobidys. Le projet est de proposer des ouvrages, sur papier ou en numérique (sur tablettes), adaptés aux personnes atteintes de troubles "dys". Ce terme abrégé est utilisé pour désigner une famille de troubles de l'apprentissage (dits troubles "cognitifs") tels que la dyslexie (difficulté à lire), la dysphasie (à parler), la dyspraxie (à écrire), entre autres.

Mobidys, startup créée par une orthophoniste, souhaitait développer une collection de livres adaptés aux dyslexiques, c'est-à-dire conçus pour compenser les difficultés de déchiffrage et de compréhension. C'est la rencontre avec l'éditeur Nathan, en 2014, qui a permis au projet de prendre forme, donnant naissance en premier lieu au label Dyscool.

Sous le signe de l'inclusion : les mêmes histoires pour tous

Ainsi, pour l'heure, quatre ouvrages ont été adaptés via le numérique aux jeunes lecteurs en décembre 2016 (et une version papier est disponible depuis cet été). Les livres adaptés, qui s'inscrivent volontairement dans le programme scolaire, ont été testés par les enfants. « La philosophie est toujours la même : l'inclusion. Nous ne souhaitons pas stigmatiser les dyslexiques », estime Mathilde Bonte-Joseph. Il ne s'agit donc pas de créer des livres spécifiques aux troubles dys, mais de se réapproprier les classiques en travaillant avec l'auteur et une équipe de professionnels (laboratoire de découpage du texte, orthophonistes...). Les textes restent les mêmes, à l'exception de quelques éléments, et le travail est fait sur la forme.

Le pouvoir de personnalisation des contenus

Les jeunes lecteurs entrent par l'image, qui s'efface ensuite pour laisser place au texte « puisque la dyslexie, c'est aussi un problème de concentration, d'attention visuelle », commente Mathilde Bonte-Joseph. Sous ce volet, une palette d'outils est proposée laissant au lecteur la possibilité de changer la typographie (l'une a d'ailleurs été spécialement créée pour ces e-books), sa taille, mais proposant aussi des options d'ordre cognitif censées faciliter le déchiffrage et la compréhension. Ainsi, un dictionnaire a été créé pour expliquer le sens des mots dans le contexte de l'histoire. Un soutien audio est possible pour la lecture, et un travail a été effectué sur le texte : longueur des lignes, interlettrage, espaces intermots et interlignages agrandis, texte "ferré" (aligné) à gauche. Pour aider les enfants qui ont des troubles de dyspraxie visuo-spatiale (qui perturbent l'organisation du regard), le texte respecte des marges praxiques et un marque-ligne est disponible. Les unités de sens sont également préservées pour les passages à la ligne, et un code couleur doit faciliter la lecture. « Le pouvoir du numérique, c'est vraiment de pouvoir personnaliser entièrement la forme du texte au lecteur », précise Mathilde Bonte-Joseph.

Pour les lecteurs plus âgés aussi, la mise en page du roman s'adapte, avec, en plus de ces outils, un menu « sketching » : une sorte de schéma résumant les chapitres en amont, de manière à anticiper la lecture pour que l'enfant puisse profiter de l'histoire.

Au collège, "il y a de vrais besoins"

Si l'offre est encore très faible pour le moment, deux autres ouvrages numériques ont été annoncés pour septembre. Les écoliers du primaire sont visés, mais l'objectif est aussi d'atteindre les collégiens. Là où « il y a de vrais besoins », souligne Mathilde Bonte-Joseph, qui ajoute : « Le manque de contenu adapté est visible. » La maison d'édition, en collaboration avec la startup nantaise, souhaite développer sa sensibilisation auprès des professeurs et des orthophonistes, principales cibles de ces produits pédagogiques mais aussi sources de conseils pour développer le projet. « Le numérique en France est encore peu développé », se désole Mathilde Bonte-Joseph. « Bien qu'à l'école, la question est désormais entrée dans les mœurs - on parle notamment de plus en plus de différenciation pédagogique - cela reste insuffisant. » Selon elle, les équipements et la formation des professeurs au numérique doivent encore suivre.

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Commentaires
a écrit le 04/08/2017 à 13:10 :
Bon, pour une fois qu'on a une application numérique vraiment utile ...
On attend maintenant d'ici un an ou deux l'article complémentaire faisant le bilan de cette innovation !

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