La Tribune

[ENQUÊTE] Le règne des robots à tout faire a commencé...

Le robot à visage humain "Nexi' sourit spontanément aux visiteurs.  DR
Le robot à visage humain "Nexi' sourit spontanément aux visiteurs. DR
Erick Haehnsen  |   -  1725  mots
Événementiel, sécurité, surveillance, assistance aux personnes en situation de handicap, éducation, missions militaires..., la robotique de service compte bien envahir nos maisons, nos écoles, nos bureaux et nos villes.

En mars 2011 à Lyon, lors du premier salon Innorobo, un robot simulait une femme qui accouche... « Un peu "gore", concédait une jeune visiteuse. Mais très pédagogique! » Bienvenue dans l'ambiance de la nouvelle robotique! Depuis quelques années, hackers, nerds, geeks et autres no-life mettent le feu à la robotique. Leur imagination semble n'avoir aucune limite. Leurs armes? La créativité des jeux vidéo, la connexion à l'Internet, le logiciel libre et, bien sûr, la mécatronique. Autrement dit, l'alliance de la mécanique, de l'électronique et du logiciel embarqué.

La "robolution" a commencé
À l'instar des PC, smartphones et autres tablettes tactiles, les robots de service comptent bien envahir par millions nos foyers, nos écoles, nos bureaux et nos villes. Un appétit évalué à 50 milliards de dollars à l'horizon 2025 par la Japan Robo-tics Association. Déjà, l'International Federation of Robotics (IFR) a chiffré le marché mondial de la robotique de services professionnels à 3,6 milliards de dollars pour l'année 2011 (+ 6%) et, pour la période 2012-2015, à 4,8 milliards de dollars pour la robotique de services (aspirateurs, tondeuses, lave-vitres, etc.) et à 1,1 milliard de dollars pour la robotique de loisir. Conséquence de cette « robolution », la robotique ne se contente plus de ses habituelles tâches industrielles (découpe, manuten-tion, soudage, assemblage, etc.).

À présent, elle veut s'illustrer dans l'événementiel, la sécurité, la surveillance, l'assistance aux personnes en situation de handicap, l'éducation, les missions militaires...À commencer par la recherche scientifique avec, par exemple, le très connu Nao du français Aldebaran Robotics. Capable de marcher, de jouer, de danser et même de conduire une voiture, non seulement Nao est le robot humanoïde le plus vendu au monde, mais il constitue aussi une plate-forme robotique utilisée en recherche scientifique pour développer de futurs services à la personne, notamment dans la lutte contre l'autisme, et en pédagogie dans les lycées et universités pour proposer un apprentissage concret.

« Dans cinq ans, les robots humanoïdes feront partie de notre quotidien »
De fait, ce petit humanoïde de 57 cm de haut, doté de deux caméras, de quatre microphones, de sonars, de deux émetteurs et récepteurs infrarouges, d'une centrale inertielle, de neuf capteurs tactiles et huit capteurs de pression..., se retrouve dans plus de 200 lycées et universités dans le monde. Basée à Paris, à Boston et à Shanghai, l'entreprise Aldebaran Robotics (180 personnes) a vendu dans 60 pays plus de 2500 robots, entre 10000 et 12000 euros pièce. Aldebaran Robotics montre la voie d'un succès à la française.« Dans cinq ans, les robots humanoïdes feront partie de notre quotidien », assure Fabien Raimbault, PDG de la start-up Cybedroid, créée en novembre 2011.

Implantée à Limoges, la jeune pousse a conçu Ariell, une humanoïde de 1,40 m de hauteur qui comprend tout ce qu'elle voit, ce qu'on lui dit et ce qu'il faut faire. « Notre modèle économique consiste à vendre aux écoles des modules mécatroniques de la tête, des mains, des jambes, du torse et des bras d'Ariell (rebaptisée Aria). En les connectant, on obtient un humanoïde complet, détaille l'entrepreneur qui démarre la commercialisation de la tête d'Aria (400, 800 ou 1000 euros, selon le modèle). Nous visons aussi l'événementiel pour la fin de cette année, avec une flotte de trois humanoïdes capables de marcher. » Une marque automobile serait intéressée pour présenter un nouveau modèle de voiture hybride.

Pour sa part, The Robot Studio a réalisé un robot anthropométrique non rigide qui reproduit avec une incroyable fidélité la mécanique du corps humain (tête, bras, mains, buste). Qu'on en juge : chaque articulation, même au niveau des vertèbres et de leurs disques, est motorisée et contrôlée de façon individuelle! « Ce travail se déroule dans le cadre du programme de recherche européen Eccerobot. Lequel donne à l'Europe de trois à quatre ans d'avance », souligne Rob Knight, le dirigeant, qui espère que ces recherches serviront à la science, au cinéma et à l'industrie des prothèses médicales.

Des robots patrouilleurs pour la surveillance

Autre grande tendance, la surveillance et la sécurité. À cet égard, le patrouilleur autonome e-Vigilante d'Eos Innovation, basée à Évry (Essonne), inspecte, pour 2500 euros par mois, usines et entrepôts logistiques à la vitesse de 4,6 km/h, avec des pointes à 10 km/h. Le robot embarque une cartographie numérique des lieux et « voit » grâce à une caméra infrarouge et un laser. Ce cerbère « made in France » embarque des batteries au lithium, qu'il recharge de manière aléatoire durant sa ronde. S'il détecte un intrus, il en informe par wifi le poste de surveillance. Un opérateur prendra alors la main sur le robot à l'aide d'un joystick et il pourra, le cas échéant, aller parlementer avec l'intrus. Si cette tentative échoue, le robot diffusera une alarme stridente et déclenchera des flashs aveuglants.

Près de Toulouse, à Ramonville-Saint-Agne, Abankos Robotic s'apprête pour sa part à surveiller l'extérieur des entrepôts, bureaux et usines à l'aide d'une flotte de trois robots patrouilleurs (au minimum) qui agissent de façon concertée : « Pendant que l'un recharge ses batteries sur sa borne, les deux autres font leur ronde à la vitesse de 3,6 km/h, avec des pointes jusqu'à 12 km/h - en ce cas, le robot est télépiloté par un opérateur », précise Philippe Roussel, le président de l'entreprise. « Notre système d'intelligence artificielle donne aux robots leur plan de route, les aide à communiquer entre eux et à calculer en permanence leur zone de couverture les uns par rapport aux autres. » En juin prochain, la start-up devrait tester toutes ces fonctionnalités en conditions réelles avant d'attaquer, en fin d'année, une part du marché des 2500 sites surveillés en France (80000 sites dans le monde) par des sociétés de gardiennage partenaires.


La surveillance se fait aussi dans les airs, dans les gaines d'aération et sur l'eau. En témoigne R&Drone, filiale basée à Mérignac, près de Bordeaux, de la start-up R&D Tech France. Laquelle a débuté sa carrière avec Skopy250, un des tout premiers petits robots d'inspection pour les gaines de ventilation des bâtiments, contrôlé grâce à un joystick. « Il peut aussi servir à inspecter les zones d'éboulement », avance Marco Calcamuggi, le directeur général de R&Drone qui lance également une gamme de drones quadroptères capables d'embarquer des charges (caméras, appareils photo) allant jusqu'à 1,5 kg. Ainsi que Bica, un drone maritime de 1,70 m de long qui va servir à la DGA à neutraliser les mines dérivantes. « Ensuite, nous transposerons cette technologie dans le civil pour la surveillance environnementale de la mer et du littoral », poursuit Marco Calcamuggi.

Rendre les paraplégiques capables de marcher

Toujours dans le registre professionnel, la start-up RB3D, basée à Auxerre, cherche à soulager les salariés des TMS (troubles musculo-squelettiques) des membres supérieurs et du dos qui, à eux seuls, représentent 83% des maladies professionnelles reconnues, selon une étude de l'INRS. La société a mis au point un bras d'assistance motorisé, mais aussi un exosquelette prototype (bras et jambes) pour aider militaires et salariés de l'industrie à soulever des charges lourdes. Développé avec le CEA List et le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), le bras d'assistance à six axes, un « cobot » (robot collaboratif), amplifie l'eort de l'opérateur d'un facteur de 1 à 50 et se pilote comme un joystick. Surtout, il obéit en temps réel aux sollicitations de l'opérateur grâce à son logiciel de commande développé initialement pour les besoins de la robotique nucléaire.

Un capteur des impulsions électriques émises par le cerveau
Côté exosquelette, RB3D a signé fin 2012 un second contrat de trente mois avec la DGA pour développer, toujours avec le CEA List, un prototype baptisé Heraclès qui aidera le fantassin à porter des charges de 80 à 100 kg dans le dos (contre 40 aujourd'hui) et 40 kg sur les bras (contre 20 kg). « Cet exosquelette soulagera également les salariés de l'industrie et de la logistique qui doivent porter des charges lourdes », précise Vincent Mauvisseau, directeur adjoint de RB3D.
Reste que, de l'exosquelette à l'orthèse pour rééduquer les accidentés ou redonner la marche aux paraplégiques, seuls l'américain Ekso, l'israélien Argo Medical Technologies et surtout le japonais Cyberdyne franchissent le pas. Conduit par le professeur Yoshiyuki Sankai de l'université de Tsukuba, le programme du système Hal (Hybrid Assistive Limb) de Cyberdyne capte les impulsions électriques émises par le cerveau lorsqu'elles arrivent au niveau des muscles des membres inférieurs. Dès lors, son générateur électrique met en branle les articulations bioniques qui vont accompagner les membres du patient dans chacun de leurs mouvements. « Nous détectons les signaux même lorsqu'ils sont très faibles », se félicite l'emblématique professeur Sankai, qui loue ses orthèses à raison de 1600 euros par mois aux établissements de santé. Hélas, jusqu'à présent, sur le seul territoire japonais.

____

Baisser le prix du robot avec le smartphone

Caméra, micro, enceinte, accéléromètre... les équipements d'un smartphone constituent une base idéale pour les robots de divertissement. Un moyen également de baisser leur prix de vente. À l'instar du SmartBot que la start-up alsacienne Overdrive Robotics, basée à Mutzig, compte vendre 160 euros sur son site.
Ce drôle d'engin monté sur roues n'attend plus qu'on le « coiffe » d'un smartphone pour se donner l'allure d'un animal de compagnie. « Dès lors, il saura prendre des photos, aller chercher des objets, délivrer des jeux interactifs, etc. », énumère Pierre Guédon, le président de l'entreprise, qui destine son robot avant tout à des amateurs avertis. À la manière d'Apple, la petite équipe délivre avec son robot un jeu d'applications gratuites à télécharger sur son smartphone ainsi qu'une gamme d'accessoires (pince, pistolet à billes...) qui va s'enrichir au fil du temps.
La jeune entreprise produit ses robots en France. « Les premières commandes seront servies en avril », indique le président de la PME qui a bénéficié de subventions d'Oséo au titre de l'aide à l'innovation. Pour aller plus loin, les associés d'Overdrive Robotics envisagent, à moyen terme, d'ouvrir leur capital afin de développer une version plus grand public.

Réagir

Commentaires

Tebaldo  a écrit le 17/03/2013 à 17:02 :

Pour participer à la révolution de la robotique de nouvelle génération qui s'annonce, initiée depuis plusieurs décennies par des pays comme le Japon, il faut mutualiser les ressources et intégrer des approches temps réel à base de preuves de concept - http://brunorives.blogspot.fr/2013/03/plan-robotique-japon-investissement-et.html

AWI1  a écrit le 13/03/2013 à 9:53 :

Les lecteurs de cet article pourront se reporter à la chronique audio intitulée : " LES ROBOTS SONT NOS AMIS" proposée par la webradio indépendante AWI le 17 janvier dernier. Car si vous doutez encore aujourd?hui que la robotique puisse devenir un facteur déterminant de compétitivité et de création d?emplois, cette chronique vous fera sans doutes changer d?avis. En effet, les difficultés rencontrées en France dans l?industrie et les services s?expliquent en grande partie en raison du retard accumulé dans ce domaine.

Du vent  a écrit le 13/03/2013 à 1:50 :

Il faut arrêter les délires et faire la différence entre des jouets pour adulte (les drones) et de vrais robots à tout faire pour Monsieur-Madame tout le monde. Un robot humanoide qui fait votre menage ou s'occupe de grand-mère grabataire un jour? Disons-le tout de suite jamais! Pourquoi? Un robot, c'est comme une voiture en plus compliqué et donc soumis à plus de pannes. Un robot, c'est des problèmes mécaniques, des plantages de logiciel, des capteurs qui rendent l'âme et surtout un prix prohibitif. Le plus petit robot industriel (mille fois moins compliqué qu'un robot humanoide) coûte 40'000 euro. Qui peut croire qu'un jour mémé pourra compter sur "Roby" pour faire sa vaisselle à part des journalistes en mal de sensations qui n'y connaissent rien au domaine de la robotique?

Incroyable  a écrit le 12/03/2013 à 21:09 :

Nao le robot humanoïde le plus vendu au monde est Parisien, des Drones a Bordeaux, sans parler des Pariot qui ne sont pas réellement des drones mais qui se vendent dans le monde entier , et dans le même genre des robots Alsaciens utilisant le cerveau des smart phone, ... la France n'est pas en retard , elle est en avance !! contrairement a tous ce que les trolls disent sur ce site.

fred Plomb  a écrit le 12/03/2013 à 18:47 :

Et... 20 millions de chômeurs.. il leur faudra aussi des robots chômeurs c'est moins cher

Curieux  a écrit le 12/03/2013 à 17:31 :

Génial ! Est ce que ça peut remplacer aussi un président incapable et velléitaire ?

LeLien  a répondu le 19/03/2013 à 23:38:

Pour le lien sur le smartphone robot : www.mysmartbot.com