Facebook : pourquoi la fuite des jeunes vers Snapchat et Instagram n'est pas si grave

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Mark Zuckerberg, patron de Facebook.
Mark Zuckerberg, patron de Facebook. (Crédits : Carlos Garcia Rawlins)
Une étude de eMarketer estime que Facebook va perdre 3,4% de ses utilisateurs entre 12 et 17 ans en 2017, au profit de Snapchat et d'Instagram dont l'attrait auprès des moins de 24 ans, cible privilégiée des annonceurs, se renforce. Mais Facebook est loin d'avoir perdu la bataille des jeunes.

Cela fait plusieurs années que Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, s'inquiète de l'attrait de son réseau social auprès des jeunes, et spécifiquement des ados de 12 à 17 ans, c'est-à-dire les chouchous des annonceurs et les adultes/consommateurs de demain. Flairant le danger, Facebook avait même posé 3 milliards de dollars sur la table en novembre 2013 pour racheter Snapchat, qui était alors tout jeune. Mais Evan Spiegel, confiant, avait refusé l'offre.

Depuis, Facebook fait tout pour rester attractif auprès des jeunes. Quitte à copier toutes les fonctionnalités populaires de Snapchat pour les intégrer à ses propres services, notamment Instagram et WhatsApp. Une stratégie qui porte ses fruits, puisque la croissance de Snapchat ralentit, inquiétant ses investisseurs, et que les "stories" d'Instagram et de WhatsApp attirent davantage d'utilisateurs que Snapchat lui-même.

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Recul historique des 12-17 ans sur Facebook

Mais le problème d'attractivité de Facebook, pierre angulaire de tout l'écosystème bâti par Mark Zuckerberg, demeure. Trop général, pas assez "fun", il attire de moins en moins les ados de la génération des Millennials, qui le considèrent déjà un peu "has-been".

Une étude de eMarketer le confirme : d'après ce spécialiste du e-commerce, Facebook devrait perdre 3,4% de ses utilisateurs entre 12 et 17 ans en 2017. Le recul se poursuit : en 2016, 1,2% des adolescents avaient déjà déserté le réseau social.

Ainsi, à la fin de l'année 2017 et pour la première fois, Snapchat devrait même être plus populaire que Facebook chez les moins de 24 ans, la cible préférée des annonceurs publicitaires : 40,2 millions d'utilisateurs aux États unis contre 38 millions pour la firme de Mark Zuckerberg. Facebook peut toutefois se consoler avec Instagram, qu'il détient, et qui progresse lui aussi fortement auprès des 12-17 ans et des 18-24 ans.

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Vidéo et interactions, les clés du succès de Snapchat et d'Instagram

Pour Oscar Orozco, analyste principal chez eMarketer, cette désaffection s'explique par le fait que les Millennials privilégient des usages beaucoup plus visuels et interactifs, qu'ils retrouvent sur Snapchat et sur Instagram davantage que sur Facebook. Logique : ces deux derniers ont été lancés dans les années 2010 précisément pour accompagner la mutation des usages de la génération des Millennials, alors que Facebook, créé en 2004, appartient déjà à une autre génération.

"Ces deux plateformes ont trouvé le succès auprès des adolescents, car elles sont plus alignées sur la façon dont ils communiquent, c'est-à-dire en utilisant un contenu visuel. Les adolescents qui restent sur Facebook semblent d'ailleurs moins engagés - en se connectant moins fréquemment et en passant moins de temps sur la plateforme", explique Ozcar Orozco.

Toutes catégories d'âge confondues, c'est encore Snapchat qui va bénéficier de la plus forte progression en 2017. eMarketer estime que le réseau social d'Evan Spiegel va progresser de 25,8%, pour atteindre 79,2 millions d'utilisateurs actifs par mois aux États-Unis. De son côté, Instagram progressera de 23,8%, à 85,5 millions d'utilisateurs actifs par mois aux États-Unis. Enfin, Facebook ne progressera que de 2,4% cette année, à 172,9 millions d'utilisateurs actifs mensuels aux États-Unis.

Autrement dit : si Facebook garde le leadership total du nombre d'utilisateurs actifs mensuels, suivi par Instagram, c'est Snapchat qui se distingue en réussissant à dominer les deux autres concurrents sur les cibles privilégiées des 12-17 ans et des 18-24 ans, qui incarnent l'avenir.

Facebook est loin d'avoir perdu la bataille des jeunes

Il faut toutefois relativiser ces chiffres. Avec 2 milliards d'utilisateurs dans le monde, Facebook reste très loin devant tous ses concurrents. Et même s'il faiblit chez les moins de 24 ans, le réseau social est toujours utilisé par plus de 40% de la population américaine dans ces tranches d'âge. Cela signifie que même si de nombreux jeunes utilisateurs se convertissent à Snapchat et à Instagram, l'immense majorité reste aussi sur Facebook, qui devient pour eux un réseau social complémentaire.

De plus, Facebook a racheté Instagram en 2012, qu'il a transformé en véritable arme anti-Snapchat, et WhatsApp en 2015. Tous deux sont très populaires chez les adolescents et les jeunes adultes. Facebook perd ainsi des utilisateurs qu'il retrouve sur d'autres services.

Enfin, Facebook a les moyens financiers et la vision stratégique pour mener le combat sur le long terme. Il ne ménage d'ailleurs pas ses efforts pour devenir "la" plateforme incontournable de la vie en ligne, qui servira à communiquer, s'informer, se divertir et même acheter et sortir. Ses récentes offensives dans la réalité augmentéedans la vidéo, et le soin apporté au développement des bots conversationnels sur Messenger, prouvent qu'il est loin d'avoir perdu la bataille des jeunes.

Une vision globale pour devenir indispensable à la vie en ligne

Voyez plutôt : Facebook Live, son outil de vidéos en direct, cartonne dans les fils d'actualités. Facebook Watch, dévoilé début août pour attaquer YouTube, autre concurrent très populaire chez les jeunes, va rassembler des contenus amateurs et professionnels, jusqu'à proposer carrément des émissions et des séries télévisées, marchant dans les plates-bandes de Netflix, Amazon Prime Video et des chaînes de télévision traditionnelles. Facebook Marketplace, véritable place de marché de particulier à particulier, vient d'arriver partout dans le monde, y compris en France, avec l'ambition de détrôner les sites de petites annonces comme Craiglist aux États-Unis, eBay ou Le Bon Coin en France.

Tous ces services améliorent la quantité et la qualité des données personnelles récoltées sur les 2 milliards de membres de Facebook, et renforcent sa puissance sur son vrai marché, la publicité. Google et Facebook pèsent à eux deux 77% du marché publicitaire en ligne aux États-Unis, et deux tiers en France. Le chiffre d'affaires de Facebook, quatrième capitalisation boursière mondiale, a bondi de 54% en 2016, à 27,6 milliards de dollars. Ses bénéfices nets s'élèvent à 10,2 milliards de dollars fin 2016, et devraient encore fortement augmenter en 2017.

Autrement dit, si Facebook est devenu moins "cool" que Snapchat ou Instagram, sa puissance financière et sa vision globale, axée pas uniquement sur le divertissement et la communication, mais sur la valorisation des contenus en général, rendent très relatives ses contre-performances actuelles sur la cible des moins de 24 ans.

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Commentaires
a écrit le 23/08/2017 à 18:04 :
Danger, ces réseaux
a écrit le 23/08/2017 à 14:18 :
Dans quelques années FB n’existera plus, dépassé par des applis beaucoup plus innovantes...ce n'est que le commencement de la chute !
Réponse de le 23/08/2017 à 16:15 :
Quand Twitter est arrivé, on disait la même chose. Aujourd'hui le nombre d'utilisateurs de Facebook augmente et Twitter est en galère financière.
Je pense que l'avance de Facebook sur le marché est vraiment très forte. Mais c'est clair que si ils ne se bougent pas ils vont descendre.

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