Fibre dans les campagnes : Covage en passe de racheter Tutor

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Pour Jean-Michel Soulier, le président de Covage, cette consolidation permettra d’accélérer le déploiement de la fibre dans les campagnes.
Pour Jean-Michel Soulier, le président de Covage, cette consolidation permettra d’accélérer le déploiement de la fibre dans les campagnes. (Crédits : REUTERS/Daniel Munoz)
En mettant la main sur son rival, le spécialiste de l’Internet fixe à très haut débit dans les zones peu peuplées de l’Hexagone espère atteindre une taille critique pour accélérer sa croissance.

C'est une opération qui pourrait bien accélérer les choses concernant le déploiement du très haut débit fixe dans les campagnes. Ce jeudi, l'opérateur d'infrastructures Covage a déposé une offre de rachat de son concurrent Tutor, sans en dévoiler le montant. But de la manœuvre ? Créer « un leader national indépendant [...] qui développera l'attractivité de la fibre optique auprès des fournisseurs d'accès Internet de proximité ou nationaux », affirment les deux groupes dans un communiqué commun.

Dans le monde des télécoms, Covage et Tutor (75 millions de chiffre d'affaires à eux deux) font partie des nombreux opérateurs d'infrastructures français. Ils répondent aux appels d'offres des collectivités situées dans les campagnes et les zones les moins peuplées du territoire (47% de la population) pour y bâtir des réseaux Internet fixe de dernière génération, aussi appelés Réseaux d'initiative publique (RIP). En fibre optique, ceux-ci visent à remplacer le vieux réseau cuivré pour faire face à l'appétit grandissant des consommateurs en bande passante. Pour financer ces investissements très onéreux, les collectivités bénéficient d'aides de l'Etat. Lorsque les opérateurs d'infrastructures décrochent des RIP, ils doivent in fine les louer aux fournisseurs d'accès à Internet pour assurer leur rentabilité. Parmi eux, il y a les « quatre grands » (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free), mais aussi des myriades d'opérateurs alternatifs (comme Coriolis ou Videofutur).

En rachetant Tutor, Covage espère disposer d'une taille critique pour mieux convaincre les collectivités de leur confier leurs RIP. En se mariant, les deux opérateurs afficheront 38 réseaux au compteur dans toute la France (en Moselle, en Seine-et Marne, en Somme ou dans le Calvados), pour un total de 200.000 foyers et 120.000 entreprises raccordables. Sachant que les deux groupes se sont aujourd'hui engagés à couvrir 1,3 million de logements et sites professionnels ces prochaines années, grâce à des investissements d'environ 180 millions d'euros. Pour Covage, cette importante couverture devrait inciter les fournisseurs d'accès à Internet, petits et grands, à venir sans traîner sur ses réseaux. Ce qui lui permettra, ainsi, de gagner en crédibilité auprès des collectivités, en leur assurant que de nouvelles offres Internet à très haut débit seront vite disponibles.

Pour Covage, il s'agit d'un point crucial. Souvent, l'opérateur se retrouve par exemple en compétition avec Orange et SFR, qui veulent aussi mettre la main sur des RIP. Or ces deux acteurs sont régulièrement accusés de faire du chantage auprès des collectivités, laissant entendre que s'ils ne gagnent pas un réseau local, ils n'y commercialiseront pas leurs offres - ou du moins pas tout de suite. Ce qui effraie parfois les élus locaux, très soucieux de pouvoir compter sur ces grandes marques.

Un catalyseur pour les RIP

Outre l'effet taille, le nouvel ensemble Covage-Tutor capitalise sur son « indépendance ». A en croire Jean-Michel Soulier, le président du groupe, il s'agit là-encore d'un atout pour devenir le chouchou des collectivités. Contrairement « aux opérateurs intégrés [les 'quatre grands', Ndlr] » et « aux groupes de construction [comme Axione, filiale de Bouygues, la maison-mère de Bouygues Telecom] », « nous n'avons pas de conflits d'intérêts avec d'autres activités », précise le patron. A ce sujet, il faut dire qu'Orange est par exemple souvent accusé par certains de prendre son temps pour aller dans les RIP, où il bénéficie de parts de marché très importantes dans l'ADSL.

D'après Jean-Michel Soulier, cette consolidation permettra ainsi d'accélérer le déploiement de la fibre dans les campagnes. Alors que jusqu'à présent, les grands opérateurs concentrent surtout leurs forces dans les grandes métropoles et les zones les plus denses. Si cette logique fait évidemment sens économiquement parlant, elle laisse toutefois planer le spectre d'une nouvelle fracture numérique sur le front du très haut débit fixe. Avec un tel argument, Jean-Michel Soulier se montre confiant dans l'aboutissement de l'opération. Si tout se déroule comme prévu, il espère la boucler « d'ici trois ou quatre mois ».

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Commentaires
a écrit le 21/07/2016 à 10:15 :
RIP ! diantre. Serait-ce un signe premonitoire ? avec un pareil acronyme on peut se poser des questions.
a écrit le 21/07/2016 à 8:47 :
"pour faire face à l'appétit grandissant des consommateurs en bande passante"

De l’œuf ou de la poule. On parle de windows 10 sur un autre article et en le reprenant comme exemple est-ce que vous avez vu la quantité de mises à jours dont il a besoin ?

Les téléchargements sont de plus en plus lourds, et vous avez vu celles de Nvidia ? De Steam ? de Adobe ? et-c... Donc que les gens veuillent que ça aille plus vite n'est pas qu'une simple question de caprice du consommateur c'est aussi par nécessité.

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