La Tribune

Dassault Systèmes claque la porte du "cloud computing" à la française

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Sandrine Cassini et Delphine Cuny  |   -  549  mots
L'éditeur de logiciels a écrit à Thales, Orange et aux pouvoirs publics pour leur annoncer qu'il se retirait du futur consortium. Le grand emprunt devait injecter 135 millions dans la structure.

La France réussira-t-elle à se doter de son propre écosystème de «cloud computing » ? Rien n'est moins sûr. Andromède, le projet d'un service « d'informatique dématérialisée » porté par Thales, Orange et Dassault Systèmes, et financé à hauteur de 135 millions d'euros par le grand emprunt, a du plomb dans l'aile. Dans un courrier dont « La Tribune » a pris connaissance, le directeur général de Dassault Systèmes, Bernard Charlès, annonce à René Ricol, à la tête du Commissariat général à l'investissement, qui gère le grand emprunt, à Augustin de Romanet, de la Caisse des Dépots (CDC), à Stéphane Richard (Orange) et à Luc Vigneron (Thales) qu'il se retire du projet. « Ce n'est pas sans regret ni amertume que je dois prendre cette décision après deux années d'effort », écrit le directeur général. Interrogés par « La Tribune », Orange et Thales « regrettent la décision de Dassault Systèmes » et disent étudier « avec nos partenaires la possibilité de compléter le tour de table ».

Le CGI va entendre les positions des uns et des autres. Il avait milité en son temps pour l'entrée de deux autres partenaires, Atos et Cap Gemini, de façon à avoir au sein du consortium les concepteurs de services (Thales et Dassault Systèmes) et les clients. Peut-être arriveront-ils dans la course. À moins que Bernard Charlès ne change d'avis. Il faut dire que Dassault Systèmes, qui a dépensé plusieurs millions d'euros, de bonne source, ces deux dernières années pour mettre le projet sur pied en était l'un de ses partenaires les plus actifs.

Tarifs d'Orange trop élevés

À l'origine du divorce, une mésentente profonde entre Dassault Systèmes et Orange sur la gouvernance et sur le fonctionnement du consortium. Premier sujet de discorde : la durée de « la clause de non concurrence » que Dassault Systèmes souhaite la plus longue possible (six ans) pour permettre à l'activité du consortium de décoller et France Télécom, qui la souhaite plus courte, afin de favoriser ses propres services de « cloud ». De fait, « sur le plan commercial, Orange devait s'engager à ne pas démarcher commercialement les administrations et grands comptes de l'État qui seront hébergés par le cloud d'Andromède », indique un dirigeant d'Orange.

Autres points d'achoppement : le recrutement du futur dirigeant du consortium et surtout « les conditions de prix des contrats d'hébergement des salles blanches ». Autrement dit, Dassault Systèmes considère que les tarifs pratiqués par Orange dans le cadre du consortium sur les services de cloud sont beaucoup trop élevés par rapport à la concurrence. Dans une précédente missive adressée à ses partenaires, Bernard Charlès alertait ainsi sur la nécessité pour Andromède d'avoir « des coûts opérationnels suffisament serrés ».

Selon nos informations, Andromède, dont le chiffre d'affaires cumulé était attendu à 597 millions d'euros en 2015, devait être constitué avec un capital initial de 235,7 millions d'euros. Dassault Systèmes et Orange devaient apporter 60 millions d'euros chacun (pour 26 % du capital à terme), Thalès 30 millions et le Fonds National pour la Société Numérique (FSN), créé dans le cadre du grand emprunt, 60,7 millions d'euros, soit un tiers du capital. Un complément de 60 millions d'euros est également prévu.

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Commentaires

GERARDC27  a écrit le 07/03/2012 à 11:17 :

Je soutiens ORANGE mais force est de constater sa non réactivité souvent ; son retard technologique patent et sa lourdeur toujours. Dommage de se priver de DASSAULT SYSTEMES leader mondial dans son domaine et vecteur d'image sans commune mesure avec ORANGE.

Dupont  a écrit le 28/01/2012 à 0:30 :

France télécom ? Ceux qui assassinent leurs collaborateurs ? De vrais mafieux qu'ils faut éradiquer au plus vite. Sarko a vendu la France à la mafia de l'Europe. Sarko à vendu France télécom à cette même mafia. Je comprends Dassault.

jb  a écrit le 16/01/2012 à 21:10 :

On sent dans les commentaires (mais plus généralement en France) un certain complexe avec tout ce qui s'appelle Dassault de près ou de loin.
Dassault Systèmes est l'un des (rares?) succès industriels français, mais on dirait que l'opinion publique préfère naïvement se livrer pieds et poings liés à des structures étrangères.
Vous trouvez Google plus "cool" que Dassault? C'est très naïf.
(Un conseil : arretez la télé une semaine, vous verrez ça fait du bien).