Silicon Valley : l'heure du zen 2.0 sonne à Mountain View

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Siège de LinkedIn / DR
Siège de LinkedIn / DR
De LinkedIn à Google, le yoga, la méditation et les principes bouddhistes sont la dernière tendance chez les géants du Web 2.0 installés dans la Silicon Valley. Mais les geeks accommodent le zen à leur sauce, détournée en outil d'efficacité en entreprise au service de leur culture de la performance. Troisième étape de notre voyage dans la Valley.

Soleil de plomb à Mountain View. Il n'est que 11h45 et des grappes de salariés convergent déjà vers l'un des bâtiments de briques rouges de Stierlin Court. Une table de ping pong trône dans l'entrée d'une cafétéria XXL, le « In Cafe », où « merci » est affiché dans une dizaine de langues. Bienvenue au siège de LinkedIn, le plus grand réseau social professionnel au monde présent dans 200 pays. Ambiance cosmopolite, cuisines du monde, distributeur de sodas, de milkshakes et de snacks à volonté : « allez-y, servez-vous, ici, tout est gratuit » sourit Krista, une grande liane blonde en robe fleurie, chargée de faire visiter le campus qui se veut un modèle.


(Source TC Cribs)

La dernière tendance, ce sont les « food trucks » à thème qui viennent s'installer dans les allées. Dans l'environnement ultra-compétitif de la Silicon Valley, où votre possibld prochain employeur est à quelques centaines de mètres, LinkedIn, qui aide les professionnels du monde entier à se connecter pour trouver un meilleur job, doit lui-même veiller à ce que ses salariés se sentent bien. Ses effectifs ont augmenté de 60% l'an dernier et frôlent les 4.000, dont près de la moitié est composée d'ingénieurs. Les trois quarts sont entrés dans l'entreprise il y a moins de deux ans.

Cours gratuits de yoga et Dalai Lama

L'épanouissement et le « bien-être du salarié » sont donc au c?ur des préoccupations au siège du réseau social, qui occupe six bâtiments sur plus de 3 hectares - il n'avait qu'un étage au démarrage il y a onze ans. Chaque bâtisse de deux ou trois étages a sa cuisine, comme à la maison, où l'on organise des réunions impromptues, en mode décontracté.


(Source Reuters)

De gros nuages de coton autour d'une Big Ben de carton, un avion survolant un Golden Gate en guirlande, des robots et fusées en papier alu : pour souder les équipes, entretenir l'esprit de compétition et stimuler leur créativité, l'entreprise vient d'organiser un concours de « cubicles », en les invitant à décorer de la façon la plus originale leur bureau semi-fermé. Mais les impératifs de productivité sont bien présents.

« Nous avons plus de 225 millions de membres dans le monde et 2 nouveaux s'inscrivent chaque seconde » rappelle Krista. La parade contre le stress : un peu de sport et de zen. L'entreprise met à disposition de ses salariés des vélos estampillés de son logo sur le campus et des salles de sport. Un peu de « zumba » pour se défouler mais surtout « des cours de yoga gratuits », insiste Krista, pour se ressourcer. Les plus courus, car la dernière mode dans la Valley est au zen et à la méditation. Le directeur général de LinkedIn, Jeff Weiner, invoque d'ailleurs lui-même le Dalai Lama comme source d'inspiration du « management compassionnel » qu'il prêche.

La résidence (très) japonaise de Woodside appartenant à Larry Ellison, CEO d'Oracle

(Source SFGate.com)

Cloches de prière, moine zen et bol tibétain

Non loin d'ici, à Menlo Park, Facebook a aussi sa salle de méditation et ses cours de yoga, pas toujours compatibles avec la culture « toujours connectée » de l'entreprise : les téléphones peuvent rester allumés et une prof de yoga a été remerciée pour avoir jeté un regard noir à une salariée qui envoyait des SMS pendant la séance !

Ici même, à Mountain View, Google va encore plus loin : des cours de méditation invitant à « chercher à l'intérieur de soi » ont attiré déjà plus d'un millier d'ingénieurs stressés, voire au bout du rouleau, usés par des semaines de 80 heures. A l'origine de ce cours, qui compterait plus de 400 inscrits sur liste d'attente, Chade-Meng Tan, un des premiers employés du moteur de recherche (le 107e), un ingénieur originaire de Singapour, converti au Bouddhisme, devenu une star dans l'entreprise. Son titre officiel chez Google : « Jolly Good Fellow » (« le chic type » ou « le bon camarade »).


(Source Google Plex)

Le cours de développement personnel de Meng, dont il a tiré un livre sorti l'an dernier, « Search Inside Yourself », un best-seller publié dans 17 pays, propose de travailler sur la conscience de soi, la gestion des émotions. Il anime son cours avec un ancien moine zen, Marc Lesser, et ponctue les séances en frappant son bol chantant tibétain. Tous les deux mois, des déjeuners silencieux pour élever la conscience (« mindful lunches ») au son des cloches de prière sont également organisés au Googleplex.

Nouveau mantra : développer son quotient émotionnel pour être plus productif

Un revival hippie, quarante ans après le voyage spirituel en Inde de Steve Jobs, une nouvelle vague New Age ? La Silicon Valley accommode en fait le zen à sa sauce, l'adapte à sa propre culture de la performance, le débarrasse généralement de son folklore et de sa mystique pour en faire un outil d'efficacité et de productivité. «Chacun sait que le quotient émotionnel (QE) est bon pour sa carrière. Et toutes les entreprises savent que si leurs salariés ont un bon QE, elles vont gagner beaucoup d'argent », confie sans ambages Meng au magazine Wired dans son édition de juillet. Etre plus efficace, savoir gérer son stress, optimiser chaque minute de la journée, c'est le nouveau mantra de la Valley. Mais toutes les entreprises ne peuvent pas offrir le yoga ou le Pilates gratuit pour tous.

A San Francisco, Andrea Chavez, directrice du développement de Pogoplug, une start-up de services de cloud, partenaire du français Bouygues Telecom, a trouvé une autre solution : elle s'est offert un poste de travail intégrant un tapis de course électrique à plus de 2.000 dollars pour faire de l'exercice tout en consultant son ordinateur. « C'est moins cher qu'un abonnement en salle, ça m'évite de m'absenter du bureau et c'est bon contre le stress », résume la jeune femme.


(Source TreakDesk.com)

Réseautage chic mâtiné de bouddhisme

Révélateur de cette tendance est le succès de la conférence Wisdom 2.0 (« sagesse 2.0 ») où s'est pressé tout le gratin de la Silicon Valley en avril dernier. C'est là que le patron de LinkedIn a exposé sa vision de la compassion dans le management. La quatrième édition a rassemblé 1.800 personnes, contre 325 lors de la première en 2009, venues écouter des fondateurs de start-ups à succès, des personnalités emblématiques du monde de la high-tech sans oublier quelques pontes de neuroscience et maîtres bouddhistes.

Dustin Moskowitz, le plus jeune milliardaire au monde grâce à Facebook, Evan Williams, un des 4 créateurs de Twitter, ont aussi partagé leur vision de « la sagesse à l'âge du numérique. » Devenue un événement de réseautage chic mâtiné de zen, où il faut être et se montrer, afin de s'épancher sur les défis d'une vie tout le temps connectée, la conférence va d'ailleurs se décliner en version « Wisdom 2.0 Business » à New York en septembre : elle aura lieu dans les bureaux de Google dans la Big Apple et s'adresse à ceux qui veulent créer « la nouvelle génération de sociétés sages et innovantes. »

Et qu'est-ce que la sagesse pour un patron du Web 2.0 comme Jeff Weiner ? Tout simplement savoir discerner le bien et du mal et trouver une harmonie, à défaut d'un équilibre, entre vie privée et vie professionnelle...

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>>> CARTE INTERACTIVE Les entreprises (incontournables) de la "Bay"

 

 

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