La Tribune

Pourquoi les robots envahissent nos campagnes ?

La Phénomobile, des Français Meca3D et Effidence, est un véhicule sans pilote capable de chevaucher les parcelles pour recueillir des données et des images des parcelles en culture./ DR
La Phénomobile, des Français Meca3D et Effidence, est un véhicule sans pilote capable de chevaucher les parcelles pour recueillir des données et des images des parcelles en culture./ DR
Erick Haehnsen et Eliane Kan  |   -  1547  mots
Start-up et PME partent à la conquête du marché agricole en instillant du high-tech partout. Objectifs : limiter la pénibilité du travail et gagner en productivité.

S'en est-on vraiment rendu compte ? Pourtant, productivité, rentabilité et pénibilité obligent, le secteur agricole est devenu le premier marché mondial de la robotique de services professionnels, selon l'étude World Robotics de 2009 de la Fédération internationale de robotique (IFR).

Par exemple, les robots dédiés à la traite représentent 90% des équipements vendus chaque année. Sur les quelque 13.000 exploitations équipées dans le monde, on en compterait 3.000 en France. Ces installations sont fournies notamment par Delaval, GEA Farm Technologies et Lely, les leaders du marché.

Mieux, depuis ces trois dernières années, ces géants ont enrichi leur offre avec des robots mobiles dédiés à l'alimentation et à la distribution automatique et destinés aux vaches laitières. Des équipements qui contribueraient, selon ces constructeurs, à augmenter la production de lait. Dans un contexte de libéralisation annoncé des quotas laitiers, cet argument n'est pas à négliger.

Et le marché promet de s'agrandir vite

C'est du moins le pari de BA Systèmes (20 millions d'euros de CA en 2013, 140 personnes). Une vingtaine de fermes en France se sont déjà équipées de ces systèmes, selon l'Institut de l'élevage.

À l'instar de ses concurrents, son robot Robagro va rechercher du fourrage et des céréales dans des conteneurs dédiés et les achemine au pied des vaches laitières. Point fort, ce robot a été conçu pour minimiser son emprise dans les bâtiments d'élevage.

En outre, il se déplace librement dans l'étable, sans système de filoguidage. Autre caractéristique, il embarque deux batteries électriques interchangeables automatiquement. « Il s'agit d'une technologie que nous avons brevetée », tient à préciser Guy Caverot, le responsable de l'innovation. Deux ans ont été requis pour développer Robagro, commercialisé à 50.000 euros.

En revanche, cette machine n'embarque pas de mélangeur, à la différence du système proposé par Jeantil, une PME bretonne de 170 personnes qui a réalisé 27 millions d'euros de CA en 2013 (en progression de 3 à 4%).

« Nous avons la solution la plus complète du marché. Elle dispose de la plus grosse charge utile, traite tout type de fourrage et confectionne elle-même les mélanges », revendique Philippe Jeantil, le dirigeant de l'entreprise spécialisée, à l'origine, dans la fabrication de machines pour mélanger et distribuer les fourrages.

« Notre robot Jeantil Automatic Feeding prépare automatiquement les rations et les distribue dans la journée au rythme prévu par l'éleveur. »

De quoi gagner du temps pour d'autres tâches. Tout en étant assuré que les animaux seront bien soignés : la préparation des rations, réalisée à l'aide d'un logiciel dédié, sera fonction de l'âge ou de la période de lactation de l'animal. Comme le robot de BA Systèmes, celui-ci ne nécessite pas d'infrastructure au sol. Son lancement est prévu dès cette année au prix indicatif de 180.000 euros. De quoi nourrir un troupeau de 100 à 500 vaches.

Selon BA Systèmes, le marché de la robotique mobile agricole dont fait partie le robot d'alimentation se développe depuis un an et demi et pèse déjà plusieurs dizaines de millions d'euros dans le monde. Parmi les pionniers tricolores, citons Dussau Distribution qui conçoit en Aquitaine des robots de nettoyage pour les bâtiments d'élevage. Ce qui permet de limiter la pénibilité du métier d'éleveur dans un contexte où la main-d'oeuvre est difficile à trouver. Surtout la nuit lorsqu'il faut surveiller les bêtes qui vont mettre bas.

D'où l'intérêt des systèmes développés pour surveiller à distance le vêlage des vaches. À commencer par le projet mené par le tandem R&Dtech France, un fabricant de robots, et Detecvel, société spécialisée dans la vidéosurveillance des exploitations et des élevages. Le projet labellisé par le pôle de compétitivité ID4car porte sur un robot mobile doté d'une caméra spécifique.

En cas de bruit ou d'anomalie, il pourra s'approcher au plus près de l'animal et avertir l'agriculteur qui visualisera la scène sur son smartphone ou sa télévision. Et ce, grâce aux systèmes développés par Detecvel. « Notre partenaire compte 8.000 clients installés en France », commente Pascal Moigne, PDG de R&Dtech France, qui emploie sept ingénieurs.

Des drones fabriqués par impression 3D

Spécialisée en mécatronique, l'entreprise produit ses drones terrestres, maritimes et volants par impression 3D.

« Nous fabriquons nous-même les coques en ABS [un polymère thermoplastique, ndlr] ainsi que certains composants complexes de façon à avoir des produits trois fois moins chers que nos concurrents. »

Fournisseur des marchés civils et militaires, la PME espère voir le marché agricole décoller d'ici un an et demi à deux ans.

Un espoir que l'entreprise n'est pas la seule à caresser. C'est notamment le cas de Naïo Technologies et de son concurrent Vitirover. Tous deux se positionnent sur le désherbage.

« Supprimer les mauvaises herbes coûte d'autant plus cher que cette opération prend du temps et n'apporte pas de valeur ajoutée », observe Gaëtan Séverac, directeur général de Naïo Technologies.

L'entreprise a lancé en 2013 le premier robot de désherbage, baptisé Oz.

« Cinq minutes suffisent à cet engin pour désherber mécaniquement une rangée de 100 mètres, contre quatre heures pour un humain », fait valoir cet ingénieur.

Équipé d'un capteur laser, ce robot identifie les rangées de légumes ou de salades, les suit automatiquement et les enchaîne. Pourvu d'une autonomie de 4 heures, il se recharge en autant d'heures sur une prise électrique. Naïo Technologies propose deux versions dont une tout automatique (vendue 20.000 euros).

« Dans ce cas, le robot Oz ne nécessite pas la présence de l'agriculteur, qui peut vaquer à d'autres occupations », souligne le directeur général de Naïo Technologies.

L'entreprise est actuellement en passe de lever 500.000 euros afin de conquérir d'autres marchés, comme l'arboriculture et la viticulture.

Un secteur sur lequel se positionne Vitirover avec son robot tondeur, en cours d'industrialisation.

« Notre robot est à la fois plus léger et plus respectueux de son environnement que son concurrent grâce à sa batterie qu'il recharge à l'aide de son propre panneau solaire », soutient Arnaud de la Fouchardière, directeur général de Vitirover.

L'entreprise, créée en 2010 à Saint-Émilion (Gironde), a levé près d'un million d'euros en vue de développer ce robot destiné aux domaines viticoles.

« À l'aide de son smartphone, le viticulteur saura où se trouve son robot et pourra même paramétrer la hauteur de la tonte », explique l'entrepreneur.

La distribution du robot, vendu 6.000 euros, a été confiée à Clemens Technologies, spécialiste mondial de machines pour la viticulture.

Un atout pour la recherche agronomique

Parallèlement, Vitirover travaille sur un gros projet collaboratif de 2 millions d'euros avec, entre autres, Balthasar Ress, un vignoble allemand, Telespazio (filiale de Finmeccanica-Thales), le Laboratoire de l'intégration du matériau au système (CNRS) et le LaBRI (Laboratoire bordelais de recherche en informatique). Il s'agit de développer un robot mobile chargé de surveiller la maturité de la vigne, de repérer les signes précoces de maladies, etc., afin de fournir un outil d'aide à la décision pour les viticulteurs. Ce qui leur permettra, notamment, de limiter l'apport de produits phytosanitaires.

« Pour l'heure, il n'existe pas encore de robot arpentant les champs de grandes cultures, mais cette évolution est attendue afin de limiter la pénibilité des travaux agricoles ainsi que le tassage des sols. Il s'agit aussi d'essayer de faire revenir les jeunes dans nos métiers », résume Michel Berducat, responsable d'équipe à l'unité de recherche Technologies et systèmes d'information pour les agrosystèmes (TSCF) au sein de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea).

L'utilisation des robots mobiles constitue déjà un atout pour la recherche agronomique, avec le développement dans les parcelles expérimentales du phénotypage. Cette pratique consiste à caractériser les traits de croissance des végétaux afin de sélectionner les variétés les plus performantes.

Jusqu'à présent, ces tâches étaient effectuées en serre par des chercheurs. Demain, elles seront faites dans les champs grâce à des plates-formes mobiles autonomes. À l'instar de la Phénomobile, réalisée par deux entreprises françaises, Meca3D et Effidence, pour le compte d'Arvalis-Institut du végétal et l'Institut national de recherche agronomique (Inra) d'Avignon. Il s'agit d'un véhicule sans pilote conçu pour chevaucher les parcelles et recueillir des images et d'autres données à l'aide de caméras, capteurs laser, centrales inertielles...

« Nous fournissons le boîtier électronique qui permet de guider le véhicule et de lui affecter les tâches à réaliser », indique Catherine Debain, responsable administrative et financière d'Effidence.

L'entreprise a été créée en 2009 à Clermont-Ferrand par des chercheurs spécialisés dans la fusion de données pour des applications d'aide au déplacement de véhicules et engins autonomes. En 2011, elle a levé 800.000 euros auprès de Sofimac Partners pour développer son offre, qu'elle compte compléter avec le lancement d'un robot autonome de surveillance, en 2015.

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Commentaires

aaa  a écrit le 11/03/2014 à 21:05 :

Et dire que j'aimerais pouvoir m'offrir une petite exploitation pour y produire des légumes de saison et quelques produits dérivé des animaux (je veux pas devoir les faire tuer), mais je ne vois pas comment. Rien que le prix du terrain c'est infaisable. C'est dommage car pouvoir produire et vivre avec des produits non bio qui ne veulent plus rien dire mais locaux et où les acheteurs peuvent voir comment sont produits les produits qu'ils mangent a prix réduit est l'avenir.

CotCot  a écrit le 25/02/2014 à 16:35 :

On parle du Salon de l'Agriculture avec des visiteurs illustres ou de la compétitivité de la filière? Le poulet n'est plus subventionné par l'Europe et pourquoi on subventionnerait pas les diplômés français? On nous annonce que l'APICULTURE est en grave déficit de production, il manquerait 3000 exploitations, une organisation en filière, un investissement en miel de cru, des garanties de qualité. On produit 18500 tonnes, se commercialisent 40000 tonnes dans le pays, seuls 4000 tonnes sont exportées. Les ruches perdent 30% de leur population par an, il existe un problème de santé à traiter. Il faudrait fleurir les champs non exploités, 20% des cultures. Pour les BOVINS, la demande mondiale augmente, la production stagne à 67 millions de tonnes en 2010. Il existe un problème de marges, de coûts et donc d'investissement. Concernant la filière PORC, la Chine consomme 50% de la production mondiale, la France produit 110% de sa consommation... la filière perd 100 millions d'euros à l'export pour un CA de 8 milliards... la production baisse depuis 2010, les parts de marché reculent, comme les marges et les investissements. La découpe est vieillissante. Il n'existe pas de groupe européen et le plan d'avril 2013 ne parle pas des coûts mais d'une "acceptabilité sociétale de la production" et d'une "articulation avec le secteur végétal". La filière agricole passe en 10 ans en 2011, de la 2ème place à la 5ème place mondiale, l'Allemagne passe devant. On produit en UE 101 milliards d'oeufs en 2013, en surproduction de 20%... sans organiser de filière d'exportation, les cours se sont écroulés à 6ct l'oeuf. Le Comité National de Production d'Oeuf parle de la maîtrise de la production... ainsi on détruit des centaines de milliers d'oeufs... Et pour les autres filières?

Absurde  a écrit le 25/02/2014 à 12:25 :

Je lis cet article sur l'automatisation dans l'agriculture.
Je lis cet autre article sur le développement des banques en ligne.
J'ai le temps de lire ces articles au boulot car sur 7 h 30 de présence obligatoire j'en ai besoin de 2 pour faire mon travail.
A quand une réflexion intelligente sur l'évolution du temps de travail et son partage dans nos sociétés ?

pol  a écrit le 25/02/2014 à 10:59 :

Je ne voudrai pas faire de mauvais esprit mais les industriels pourraient également mettre au point des robots pour économiser l'eau d'arrosage et limiter l'usage des pesticides et autres produits chimiques qui en détruisant parasites et maladies tuent à petit feu les agriculteurs et leur voisinage .

Raoul31  a répondu le 11/03/2014 à 12:34:

Suivez Naïo-Technologies qui propose un robot autonome de binage/désherbage pour les maraîchers bio (ou pas).

Naïo technologie est le 1er lauréat du Fond Régional pour l'innovation mis en place par Oseo et la Région Midi-Pyrénées.
En cours de financement participatif sur Wiseed.

Realityshow  a écrit le 25/02/2014 à 9:22 :

Ce sont les petits agriculteur qui financent le développement d'outils que les multi-nationale pourront reprendre à leur compte plus tard. Les petits agriculteurs gèrent très mal leur ferme et font des investissement qui son loin d'être rentable. Ils s'endettent pour gagner une poignée d'euros en plus, mais ne se rendent pas compte qu'en fait ils doivent travailler plus pour rembourser leurs dettes. Ils sont contents d'être "modernes", mais c'est à leur détriment.

harpagon  a écrit le 24/02/2014 à 20:46 :

A une époque où on dépèce les vaches dans les champs pour voler la viande, ce type de matériel facile à voler (il suffit d'une camionnette) a intérêt d'être couplé avec son drone équipé pour remplacer un vigile... A force de toujours demander aux jeunes agriculteurs plus d'investissements pour s'installer, on s'étonne qu'il fasse faillite à ma moindre baisse de chiffres d'affaires. Faire des business plan dans le vivant, c'est oublié les maladies, les tempêtes, les inondations, les fluctuations de cours... Cela fait 40 ans que les agriculteurs ont vendu leur âme au diable financier et ils continuent...
Le personnel, c'est peut-être moins efficace que ces engins mais c'est polyvalent, en plus, en période de chômage et de diminution des emplois peu qualifiés, l'agriculture pourrait rester un fournisseur d'emploi, cela s'appelle la responsabilité sociétale de l'entreprise...

bertrand  a répondu le 25/02/2014 à 8:21:

aux prix indiqués, seuls les fermes bien installées peuvent se permettre de tels investissements. En revanche cela doit permettre de faire de la valeur ajoutée sur l'exploitation tel que mettre le lait en bouteille et le vendre en direct ce qu'aucun robot ne fera jamais !!!

jean  a écrit le 24/02/2014 à 20:44 :

mon Papa il m'a laisé l'ordi. C'est parce que il fait froid et que le paysans sont devant la cheminée

Fifibrindacier  a répondu le 25/02/2014 à 5:38:

Ce sont les Traités européens qui imposent à toute l' UE une agriculture intensive, avec beaucoup d'investissements en matériels, d'intrants, et le moins possible de salariés.
Le dumping social qui résulte de l'absence volontaire d'unification des salaires, va laminer l'agriculture française.
L'Allemagne par exemple, n'a pas de SMIG agricole.
Il faut sortir de l' Union européenne si nous voulons sauver l'agriculture française, comme le propose l' UPR de François Asselineau.

paulhermin  a répondu le 25/02/2014 à 8:43:

Vous en avez d'autres des idées comme celles ci?

Père de Jean  a répondu le 25/02/2014 à 16:43:

Fifibrindacier a tout compris et c'est effectivement ce qui se passe.
Un essorage des salariés tout comme des Terres. Rien ne pousse plus sur ces sols sans une profusion de produits chimiques.