Pourquoi la startup française Netatmo n’a même pas peur de Google

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(Crédits : DR)
Le spécialiste des objets connectés pour la maison, qui vend depuis un an un thermostat à piloter depuis son smartphone, met en avant son respect des données personnelles et le stockage en France pour se différencier de l’Américain Nest, racheté par Google en janvier, et qui débarque en Europe. Son produit, designé par Starck, a été conçu spécifiquement pour le marché européen, à fort potentiel, et où se trouvent les leaders mondiaux des appareils de chauffage.

Nest débarque en France avec son thermostat intelligent tout en rondeur, pour lequel Google a déboursé quelque 3,2 milliards de dollars ? Pas de quoi faire trembler le français Netatmo. La startup francilienne, qui s'est fait connaître par sa station météo connectée vendue notamment dans les magasins Apple, n'a pas de complexe avec son propre thermostat pilotable depuis son smartphone, lancé en France et en Belgique il y a un an et désormais disponible dans cinq autres pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Italie). Le fondateur et directeur général Fred Potter affirme que son thermostat, un cube blanc designé par Philippe Starck, se vend « très bien » et fera bientôt son entrée dans les Apple store, car la moitié des acheteurs l'installent eux-mêmes. Il ne communique pas ses chiffres de ventes « pour ne pas aider nos concurrents à construire leur business plan. »

« Je pense que nous avons un meilleur produit [que Nest], du fait de sa grande simplicité de mise en place et d'utilisation. Et nous avons un contrat clair sur les données de nos clients : elles ne nous appartiennent pas et sont stockées sur des serveurs en France. Nous sommes soumis aux droits français, à la réglementation de la CNIL qui a une très bonne réputation dans toute l'Europe. L'utilisateur peut télécharger ses données, les effacer ou les partager. Nous sommes des vendeurs de thermostat, nous n'avons pas d'autre agenda », argumente Fred Potter, le patron de Netatmo.

Google, un épouvantail sur les données personnelles ?

A l'annonce du rachat de Nest par Google en janvier dernier, de nombreuses craintes se sont exprimées, notamment chez les propriétaires du thermostat, sur l'utilisation que le géant de l'Internet, au modèle économique fondée sur la publicité, pourrait faire des données collectées sur les habitudes des foyers. Google peut faire peur, non seulement aux utilisateurs mais aussi aux entreprises du secteur du chauffage, majoritairement européennes.

« Netatmo est un partenaire raisonnable, une startup à la stratégie claire, plus rassurante pour une PME allemande comme Vaillant » fait valoir Fred Potter

Il relève que trois industriels allemands, Bosch (Elm Leblanc), Vaillant, Viessmann, et un néerlandais BDR Thermea (De Dietrich) représentent environ 80% du marché mondial des chaudières. Or Netatmo s'est appliqué à concevoir un produit adapté spécifiquement aux normes européennes (pour le chauffage au gaz, au fioul, au bois, mais pas électrique, tout comme Nest). La France est un peu une exception en Europe avec ses 10 millions de foyers chauffés à l'électricité - mais tout de même 14 millions au gaz - avec la Norvège et la Finlande. Une version pour le chauffage électrique ne semble pas économiquement tenir la route : il faudrait un appareil par radiateur, ce qui reviendrait rapidement à 500-700 euros par foyer. Avec un an de recul, les foyers ayant acheté son thermostat intelligent ont économisé environ 25% sur leur facture annuelle de chauffage, pour une famille au profil « frileux » chauffant à 22,5°c (18° la nuit).

De la place pour deux ?

L'Allemagne constitue un marché à fort potentiel, même si un Allemand dépense deux fois moins qu'un Français en électricité du fait d'une meilleure isolation, mais aussi à terme la Turquie, « 120 millions de foyers tous au gaz », indique le patron de Netatmo. Rien qu'en Europe, le marché du chauffage résidentiel (chaudières et accessoires) pèse 65 milliards d'euros et devrait croître à 85 millions dans les années qui viennent. Netatmo n'ira pas aux Etats-Unis où Nest a conçu un produit adapté : « Nous ne sommes pas là pour faire des « me-too » , ce ne serait pas pertinent » de se lancer outre-Atlantique. Mais certains pays d'Amérique latine comme le Chili ou l'Argentine pourraient avoir du potentiel.

« Le marché est vaste. On préfère être deux sur un marché énorme que tout seul sur un petit marché ! » lance Fred Potter. « C'est très bien qu'il y ait un concurrent, ça développe le marché et ça en fait parler. »

Il souligne qu'il y a « une demande sociétale, ce n'est pas futuriste ». Un sondage Harris a montré que 62% des Français considèrent le thermostat intelligent comme le plus pertinent des objets connectés. En revanche, le fondateur de Netatmo estime qu'il n'y a pas de modèle économique pour le détecteur d'incendie connecté, l'autre produit lancé par Nest, alors que des modèles low-cost se trouvent à 5 euros en grande distribution.

Netatmo prépare le lancement de nouveaux produits, dont certains seront présentés au grand salon de l'électronique grand public CES de Las Vegas en janvier. Fred Potter dit réfléchir autour de la sécurité, Netatmo faisant partie « des 12 sociétés préselectionnées pour Home Kit », le programme de développement d'applications pour les accessoires de la maison connectée d'Apple, en utilisant notamment Siri, l'assistant vocal de l'iPhone, pour commander un éclairage, un thermostat, etc. « On a la chance d'avoir un produit, notre station météo, que l'un des VP (directeurs) d'Apple adore » relève fièrement Fred Potter. Le prochain produit de la startup française tirera aussi parti de la nouvelle Apple Watch. Mais pas question de se lancer dans la santé, malgré son incursion dans la « cosmétique connectée » avec son bracelet June mesurant l'exposition au soleil, d'autant que la montre intelligente d'Apple pourrait tuer le marché des bracelets moniteurs d'activité (Jawbone, Fitbit, etc).

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a écrit le 29/09/2014 à 9:55 :
Ca, vous me direz, il y en a des centaines en France. Mais celle-ci a réussi sa commercialisation et son marketing, ce qui est malheureusement rarissime en France.
Réponse de le 29/09/2014 à 10:11 :
Et cela restera français jusqu'au jour où Google (ou une autre) s'imposera en Europe, va créer des standards différents de Netatmo et finira par acheter la marque française. Les inventeurs auront une belle somme dans leurs comptes et c'est tout.
Réponse de le 29/09/2014 à 11:03 :
En même temps c'est le rêve de toutes ces petits boites. Etre suffisamment innovantes pour attirer l'attention d'un géant américain et être racheté à plusieurs milliards d'euros!
Réponse de le 29/09/2014 à 12:07 :
Faute d'un marché élargi et compétitif en France il va donc falloir se conformer à cette réalité.
Réponse de le 29/09/2014 à 15:25 :
Il ne faut pas faire de paranoia. Le destin que vous décrivez est le même pour toutes les start ups du monde, y compris américaines.
Réponse de le 30/09/2014 à 1:17 :
Il y a fort à parier que dès le moment où ils auront besoin de plus d'investissement personne en France ne le fera comme c'est arrivé à Aldebaran Robotics et donc ces star up iront là où on les finance, pour eux ce fut les japonais Softbank.
Les institutions et banques ne croient pas en l'innovation, elles ne veulent que des variations de ce qui existe déjà...
Bon courage à ces entrepreneurs!

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