Big data, recrutement et peur du changement

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Francis Pisani.
Francis Pisani.
La révolution numérique dans le monde du travail remet radicalement en cause la façon classique de recruter des collaborateurs. Pour autant, il n'y a pas de recette miracle, mais plutôt diverses approches innovantes.

La Harvard Business Review les a prévenus : « En matière de recrutement, les algorithmes sont meilleurs que l'instinct ». Ils recrutent mieux que les recruteurs. « Et ça ne va pas s'arranger », a confirmé Laurent Alexandre, médecin entrepreneur et actionnaire de La Tribune, car ils seront « mille fois meilleurs dans dix ans et un million de fois meilleurs dans 20 ans ». Pas les humains, hélas. Malgré cela, le mardi 13 octobre, j'ai entendu le directeur général d'une entreprise de la profession déclarer du haut de la tribune « il ne faut pas dire que notre métier va disparaître. Il faut aider a s'adapter. Changer de méthode ». Le drame est qu'il faut se préparer à changer de métier. Et comme dans trop de secteurs les « managers » ont peur de faire face à la réalité.

Buzzword ou big bang ?

Nous nous trouvions à #rmsconf, une conférence (à laquelle j'ai participé) consacrée à faire comprendre l'impact de l'évolution technologique sous le thème, cette année, « Big Data : buzzword ou big bang ? ».

Le reste du monde n'attend pas. Kalibrr, une entreprise philippine de recrutement dont j'ai interviewé le patron, Paul Rivera, il a trois ans, envisage de transformer son site web en plateforme de vente. Pas un record d'innovation, mais une tentative de trouver une place différente dans un marché qui bouge. A Bangalore, Babajob a mis au point une technologie baptisée Rapid Hire, grâce à laquelle les sociétés qui postent une offre d'emploi reçoivent, 20 minutes plus tard, des SMS de demandeurs qualifiés pour le job. Ça marche tellement bien que le processus a été rebaptisé « jaboo » par les utilisateurs, ce qui veut dire « magique ».

A Silicon Valley, Riviera Partners, une boîte spécialiste des métiers dont la région a besoin, a constitué une base de données propriétaire de 200.000 employés de la région dont elle croise les éléments avec ce qu'elle tire des informations disponibles sur Twitter, Facebook, LinkedIn et GitHub, un des espaces sur lesquels se retrouvent les geeks du monde entier.

 « People analytics team »

Google, pour sa part, a développé une « people analytics team ». L'objectif est tout simplement « d'apporter la même rigueur à la prise de décision concernant les gens qu'à la prise de décision concernant l'ingénierie ». Ils y parviennent grâce à une méthode sophistiquée reposant strictement sur le recueil et l'analyse des données.

Dans son keynote de l'an dernier, Laurent Alexandre avait dit aux recruteurs qu'ils devaient comprendre l'évolution des activités de leurs clients pour leur trouver les candidats adéquats. Qu'ils devraient, eux-mêmes, se transformer en conseils en stratégie, faute de quoi « le taux de chômage serait élevé dans [leurs] métiers ».

La #rmfconf de cette année voulait exactement répondre à cette question. Plein de participants semblaient avoir cela en tête. Peut-être pas la majorité. A preuve ce petit fragment d'échanges.

"L'idée n'est plus de remplir des chaises vides"

Côté changement, on avait Alexandre Pachulski, co-fondateur de Talentsoft pour qui « l'idée n'est plus de remplir des chaises vides mais d'être au service de la stratégie de l'entreprise ». Jonas Desdevises, directeur de comptes stratégiques Europe pour Cornerstone OnDemand, regrettait que « les sociétés qui ont pu mettre en œuvre le big data pour les relations humaines sont très peu nombreuses ». Il a conseillé de commencer par là avant d'envisager des bouleversements plus radicaux. Mais Thibault Geminiani, directeur général de CadrEmploi, s'en est tenu au fait que «  le CV reste le passeport pour trouver un emploi en France aujourd'hui », alors que Pachulski répliquait « le CV n'est pas mort mais il ne suffit plus ».

L'échange m'a rappelé une conversation que j'ai eue au début des années 2000 avec un des cadres dirigeant de El Mercurio, le principal journal chilien, sur l'intérêt de mettre l'accent sur la publication sur le web. « Notre public n'est pas encore prêt », avait-il asséné avec ce qui semblait une sagesse commerciale à toute épreuve. Pendant ce temps, le New York Times disait, en substance : c'est le futur. Il faut y aller. Le chemin est encore plein d'incertitudes mais c'est en étant pionniers que nous serons les mieux positionnés quand le marché basculera.

Laquelle de ces deux stratégies appliquez-vous ?

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Commentaires
a écrit le 11/06/2016 à 13:52 :
Il n'y a pas que dans les RH que le big data va être une activité à fort potentiel, les débouchés sont exponentiels avec la croissance des données Stats qui sont/seront mises à disposition (banque, assurances, commerce, enseignement, Etudes de besoins, facs _géo, informatique, sciences humaines et du comportement, médecine, météo_ , loisirs ex hackhaton...), etc. Tous ceux qui sont capables de coder et de merger différentes sources de données vont être à la fête. Par ailleurs, de plus en plus de sites .gouv vont mettre leurs data à disposition. Que du bonheur pour les doués du clavier !
a écrit le 15/02/2016 à 13:29 :
Moi ça m'angoisse, quand je vois que les métiers de la gestion sont automatisable à hauteur de 97% d'après certains article, qu'1 tiers des emploi vont être détruits dans mon job dans quelques temps seulement, que ça va être pareil dans le droit qui est un job avec un fort taux de chômage, l'un des rares job que j'aurai pu apprécier et me reconvertir, j'aime faire des gâteaux, j'ai pensé au métier de pâtissier, il parait qu'on planche sur des robots pâtissier.... J'aime peindre, il commence à apparaitre des imprimantes 3d pour peindre mieux et plus vite, pareil j'aime aussi sculpter, mais maintenant tout passe par logiciel de sculpture et imprimante, dans les jeux il y'a même une assistance, quand votre curseur de tir et à 3 cm de la cible, le curseur se déplace en auto sur la cible la plus proche... C'est bon l'assistance, au final, mon boulot est robotisé, si je n'arrive pas à en retrouver un rapidement pour essayer de me mettre à l'abri, je vais me retrouver en concurrence avec des gens plus diplômés, avec plus d'expérience que moi... Non l'avenir est angoissant en plus de l'idée de n'avoir plus aucune utilité pour l'espèce, avec des démago disant que les chômeurs sont des parasites assistés, mdr, j'ai essayé la programmation, je n'y trouve aucun intérêt, quand je programme j'ai l'impression d'être en mode intelligence reptile... Moi mon point fort c'était l'analyse de gestion et le droit, mais voilà un logiciel et un schéma de traitement fait tout ça mieux et plus vite pour pas cher, même mes passions sont robotisés, c'est bon c'est pas une vie, qu'on me donne un territoire que j'y cultive la terre comme dans le temps au moins j'aurais plus de chance de survivre que le jour où le rsa ne suffira plus pour payer une partie du loyer de la location des parents et à manger et que je devrais mourir de faim et de froid dehors dans l'indifférence en plus générale, en faisant traité après ma mort d'inadapté...
a écrit le 29/10/2015 à 23:14 :
Merci de cet article. Avec Riminder nous sommes également persuadés que le Deep Learning peut être mis au service des RH pour exploiter tout le potentiel des données (recrutement, mobilité interne...). Nous serions ravis d'en discuter !
a écrit le 29/10/2015 à 22:03 :
Merci de ce compte-rendu M. Pisani. Effectivement le prédictif dans les RH et particulièrement le recrutement fait de + en + le buzz en France.
Et si la devise "Big data is like teenage sex ..." est encore vraie pour certains, Infor et Talent Science obtiennent des résultats mesurables avec leurs clients, aux USA et maintenant en Europe. Comme par exemple diminuer de moitié les turnover dans les calls centers ou les restaurants grâce à un outil de recrutement prédictif permettant d'identifier objectivement les candidats qui seront les plus à même de se plaire durablement dans tel ou tel métier ... si vous menez des études sur ces sujets contactez-nous, nous serons heureux d'échanger directement avec vous.
a écrit le 28/10/2015 à 15:22 :
“Big data is like teen sex. Everybody is talking about it, everyone thinks everyone else is doing it, so everyone claims they are doing it.” (Dan Ariely, James Duke Professor of Psychology & Behavioral Economics at Duke University -
lu dans cet article http://rmsnews.com/Biga_Data_et_Recrutement_Geoffroy_de_Lestrange#sthash.QgIqjzst.dpuf
a écrit le 28/10/2015 à 10:39 :
A terme l'intelligence artificielle se substituera aux individus que nous sommes, entre les robots pour toutes les taches matérielles et les logiciels qui penseront pour nous ou poseront des diagnostiques.....la présence des êtres humains sur la planète ne se justifiera plus , nous disparaîtrons comme les dinosaures en leur temps ....à moins que ......une catastrophe digitale planétaire fasse disparaître en l'espace de quelques secondes les milliards de données du bigdata terrassant par la même le dieu GAFA et ses fameux algorithmes !!!
a écrit le 28/10/2015 à 9:38 :
Le "changement" peut se faire dans les deux sens, soit dans le passé, soit dans le futur, mais ceux qui nient l'un des deux, parlent de la "peur du changement" pour mieux imposer leur idéologie!
a écrit le 28/10/2015 à 8:56 :
les algorithmes ne sont pas meilleurs que l'intuition, par contre ils font abstraction de l'emotion et se basent sur des faits
moi je peux vous prouver qu'un algorithme n'est pas emilleur qu'un homme, apres ca depend qui, et pour quoi faire!
apres, ' algorithmes', ca reste un fantasme pour bien des gens, et vu le nombre de methodes dispos.....y a le choix! algorithmes genetiques, reseaux de neurones, svm, et la liste est longue!
quand on sait comment ca marche on regarde ca avec un oeil moins idealiste!

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