Claire Gallon, la libératrice de données

Par Frédéric Thual  |   |  1042  mots
Claire Gallon, cofondatrice de LiberTIC, membre fondateur de l'association Open Data France en 2013, a été nommée l'an dernier par le gouvernement experte au sein de la Cada (Commission d'Accès aux Documents Administratifs). (Crédits : DR)
Cofondatrice de l'association LiberTIC, la nantaise Claire Gallon incarne la promotion de l'ouverture des données publiques. Cette pionnière de la sensibilisation entend maintenant accompagner le changement d'échelle de l'open data.

« Sens inné du développement d'idées, bonnes et mauvaises, poussant le vice jusqu'à les mettre en oeuvre. Les bonnes pour le succès, les mauvaises pour l'expérience... », détaille avec un certain sens de l'humour, le profil de la nantaise Claire Gallon publié sur le site Les Fameuses, ce réseau qui réunit 250 femmes d'influence ou expertes, dans l'Ouest. Sa bonne idée, c'est d'avoir un jour mis le doigt sur l'open data et décidé, dès 2009, d'inciter à l'ouverture des données publiques.

« À l'époque, personne ne savait ce qu'était l'open data. Pour ma part, j'ai découvert le mouvement au moment de l'élection de Barack Obama, dont le premier décret prônait une gouvernance ouverte, la transparence, la publication des données publiques... », explique Claire Gallon, diplômée d'une licence de communication obtenue en Espagne et aux États-Unis... pour devenir journaliste.

À Madrid pour suivre son père, électronicien. À New York, pour s'ouvrir les yeux. Si bien que les rêves d'étudiante ne survivront pas aux différentes approches de la presse anglophone, hispanique et européenne à l'occasion des attentats du 11 septembre, alors qu'elle effectue une mission auprès d'un sénateur new-yorkais.

De retour en France, elle fonde Surikat, et importe des T-shirts en coton bio équitable d'Égypte, qu'elle vend sur les marchés nantais. Elle intègre un centre de consommation durable pour lequel elle va chercher des bases de données gratuites afin d'étayer des notations sociales de « produits ». Une veille active où elle découvre que les Anglo-Saxons ont une certaine avance dans l'ouverture des données. Cette quête la conduit à son premier atelier-événement participatif (ou "barcamp"), à Paris. Une conférence de geeks où la question des données est au centre des débats.

« Rennes commençait à s'y intéresser. Je me suis dit qu'on pourrait pousser l'idée à Nantes... »

L'association LiberTIC naît avec le concours du startuppeur Quentin de Molliens, et une ambition : promouvoir la démocratie numérique ("e-démocratie") à travers l'ouverture des données publiques, l'usage des outils numériques, l'implication citoyenne dans le débat public, la promotion des logiciels libres, etc.

« On était la seule en France, alors, quand quelqu'un lançait une recherche sur les données ouvertes, celle-ci pointait aussitôt vers LiberTIC... », explique la jeune femme qui a multiplié les interventions sur les réseaux sociaux, dans les écoles (Sciences Po, Polytechnique...), lors de conférences, de hackathons ou de débats plus institutionnels... au point de devenir incontournable sur le sujet.

« Il y a d'abord eu une phase de sensibilisation pour expliquer ce qu'étaient les données ouvertes, à quoi cela pouvait servir, ce que les collectivités pouvaient en attendre... », égrène la pionnière de l'open data.

Vers un changement d'échelle de l'open data

« Claire ? Elle a les connaissances, l'énergie et sait rentrer dedans quand il faut », raconte Annaïg Denis, l'une des huit salarié.e.s de LiberTIC. Comme cette fois où elle a interpellé un responsable de la région des Pays de la Loire pour connaître l'introuvable responsable des données ouvertes dans la collectivité...

« Ce qui m'interpelle, c'est que le président [Bruno Retailleau, Ndlr] est vendéen. Un territoire où l'on a refusé de mettre en place l'ouverture des données... », dénonce Claire Gallon.

En 2010 déjà, faute d'obtenir un rendez-vous auprès de la mairie de Nantes, elle déclenche une pétition qui reçoit 200 signatures de l'écosystème numérique... relayé par la presse locale. L'association LiberTIC est reçue à l'hôtel de ville. Lorsque, un an plus tard, dans le contexte des élections présidentielles, le maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, inaugure la Cantine numérique, il promet l'ouverture des données publiques.

« La Cantine nous offrait un lieu. LiberTIC lui apportait du contenu », résume Claire Gallon. Elle ajoute : « Nantes a gagné en visibilité. De nombreuses collectivités françaises nous ont appelés ».

Dans l'ouest, elle a ainsi accompagné la création de la première plate-forme mutualisée entre la métropole, le département de Loire-Atlantique et la région des Pays de la Loire. Un outil devenu rapidement obsolète à ses yeux:

« Malgré les appels à projets pour développer des applications, les élus ont eu du mal à mesurer l'impact économique. Certains en ont été refroidis. Pourtant, sans ce travail, certaines applications, comme 'Nantes dans ma poche', n'auraient pas vu le jour », estime la cofondatrice de LiberTIC, membre fondateur de l'association Open Data France en 2013, voulue pour mutualiser les expériences.

« Nous sommes aujourd'hui au stade de l'harmonisation. En 2015-2016, une ribambelle de lois - numérique, NOTRe, Macron... a intégré les données ouvertes dans les pratiques de l'administration publique et des délégataires », explique Claire Gallon, nommée l'an dernier par le gouvernement experte au sein de la Cada (Commission d'Accès aux Documents Administratifs).

La Cada constitue le premier recours en cas de refus de l'administration d'ouvrir ses données publiques alors que, désormais, la loi impose aux communes de plus de 3.500 habitants de libérer leurs données. Accompagné par LiberTIC, le département de Loire-Atlantique fait partie des neuf sites pilotes français retenus par l'association Open Data France, mandatée par Axelle Lemaire, pour élaborer une méthode destinée à démultiplier l'ouverture des données sur le territoire.

« Nous sommes plus dans l'idée d'accompagner ceux qui avancent que de continuer à sensibiliser ceux qui ne veulent pas y aller », concède Claire Gallon, attachée à faire entrer l'open data dans une nouvelle ère.

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TIMELINE

  • 2016 Membre du comité d'experts open data de la mission Etalab, elle siège à la Cada (Commission d'accès aux documents administratifs).
  • 2012 LiberTIC participe à la mise en place de Datalab Pays de la Loire, avec le département de Loire-Atlantique et Nantes Métropole.
  • 2010-2009 Responsable Notation sociale, association du Centre de la consommation durable, Nantes.
  • 2009 Création de l'association Libertic.
  • 2009-2007 Création de Surikat, importation de produits bioéquitables, Nantes.
  • 2007-2004 Responsable qualité chez Bobcat France, Pontchâteau (44).
  • 2003-1999 Licence de communication organisationnelle, Université de Saint Louis (Madrid) et Université de Marymount (Manhattan College, New York).
  • 1980 Naissance, à Longjumeau (91).