Édition génétique, la chirurgie de l'ADN

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(Crédits : Stuart Caie)
Afin de faire de la chirurgie sur le gène - l'édition génétique -, il a fallu inventer des scalpels à couper l'ADN. Cellectis est un pionnier de cette activité.

Les « manipulations » chinoises et les inquiétudes qu'elles ont suscitées ont mis la discipline sur le devant de la scène : l'édition génétique est une réalité.

Depuis des années, des laboratoires modifient des génomes végétaux et animaux dans le cadre de la recherche à l'aide d'enzymes, véritables scalpels biologiques. Le principe : sectionner l'hélice de l'ADN à un endroit précis afin de supprimer ou ajouter du matériel génétique. Dans la thérapie génique, la chirurgie du génome ressemble plutôt à une piqûre.

Des scalpels sur mesure et sous brevet

Les gènes médicaments sont transportés dans les cellules par des virus désactivés. Mais pour les modèles végétaux et animaux dans lesquels les risques sont mieux tolérés, les chercheurs utilisent des ciseaux ou scalpels moléculaires.

C'est autour de l'un d'eux que s'est développé Cellectis (85 salariés, 17,2 millions d'euros de chiffre d'affaires au 30 juin 2015), une biotech française fondée par David Sourdive et André Choulika.

Créée en 1999 autour des méganucléases et implantée aujourd'hui à Paris et New York, l'entreprise a ensuite mis au point un outil bien plus précis, les Talen®, des scalpels sous brevets et conçus en fonction du gène ciblé.

Plus récemment, un autre scalpel ADN a été découvert au service de l'édition génétique. Baptisée Crispr Cas-9, ce nouvel outil manque encore de précision, mais suscite beaucoup d'espoirs. Facile à produire et peu coûteux, il est déjà commercialisé par certains organismes sous forme de kit, sans souci de propriété intellectuelle. Il faut dire qu'une véritable guerre des brevets s'est engagée autour du Crispr Cas-9.

« Deux compagnies ont été créées autour de cette technologie par les chercheurs qui se disputent son invention, précise Arnaud Laferté, project manager au sein du pôle industrie pharmaceutique et santé du cabinet Roland Berger. D'un côté, le chercheur sino-américain Feng Zhang et le MIT/Harvard à Cambridge ont fondé Editas Medicin. De l'autre, la Française Emmanuelle Charpentier a cocréé la startup Crispr Therapeutics avec Rodger Novak et Shaun Foy, à Bâle. »

Détruire les tumeurs sans abîmer les cellules

Alors que ses Talen® sont désormais menacés par la concurrence Crispr, Cellectis s'est recentré sur l'immunothérapie et est entrée au Nasdaq en 2015. Capitalisant sur quinze ans d'expertise en ingénierie du génome, il met au point des cellules du système immunitaire qui attaquent les tumeurs cancéreuses (cellules T). Cette fois, ce sont donc des cellules que les « chirurgiens de l'ADN » opèrent. En modifiant leur génome, ils les rendent capables de détruire les tumeurs indiquées, sans abîmer les cellules du patient comme la chimiothérapie.

L'entreprise s'apprête à passer en essai clinique pour deux types de ses cellules T, dans le cadre de la leucémie. Et l'ingénierie génétique lui a permis de concevoir des cellules adaptées à tous les patients.

« En immunothérapie, un des enjeux est de faire baisser le prix des traitements afin qu'ils soient abordables pour tout le monde, explique André Choulika. Avec des cellules autonomes qui peuvent traiter des centaines de patients à partir d'un seul donneur, nous espérons que la taille du marché ramènera le prix de production dans des limites acceptables. »

Pour rendre ses cellules T « universelles », Cellectis les a opérées afin qu'elles n'attaquent que les tumeurs, quel que soit le profil génétique du patient. Une innovation technologique qui pourrait se mettre au service du modèle économique.

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