Gauthier Vignon et Matthieu Régnier démocratisent l'impression 3D

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(Crédits : DR)
C'est en Chine, où ils se sont rencontrés, qu'ils ont eu l'idée d'une imprimante 3D bon marché et qui s'autofabrique. Moins d'un an après sa création, leur entreprise, Dagoma, en vend déjà 200 par mois.

Dès l'entrée, dans les bureaux de Dagoma, au premier étage d'une ancienne usine textile réhabilitée en plein coeur de Roubaix, le regard est attiré par une centaine de petites machines identiques posées sur plusieurs rangées d'étagères. Elles se meuvent toutes seules silencieusement. On dirait des jeux de construction. L'hôte des lieux, Gauthier Vignon, y jette un coup d'oeil pour vérifier si tout va bien et fait signe à son associé, Matthieu Régnier, occupé à préparer des commandes à l'autre bout de la pièce. Les jeux sont en fait des machines d'impression 3D qui se reproduisent elles-mêmes avant d'être expédiées en kit ou préinstallées. Respectivement vendues à 299 et 399 euros, elles partent comme des petits pains. Dagoma a lancé ses premières ventes en janvier 2015 sur Internet auprès du grand public. En octobre 2015, moins d'un an plus tard, la jeune entreprise enregistrait déjà près de 200 commandes sur un seul mois.

Une révolution accessible à monsieur Tout-le-monde

À en croire Gauthier Vignon et Matthieu Régnier, les deux fondateurs de cette startup née en juillet 2014 à Tourcoing, la démocratisation de l'impression 3D va changer le monde dans lequel nous vivons. Ils en sont convaincus et parlent d'une même voix quand il s'agit de défendre l'idée d'une société où chacun aurait plus de liberté et d'autonomie pour créer son environnement en fonction de ses désirs.

« Je n'aime pas être obligé d'accepter les choses telles qu'elles sont. Je fais en sorte qu'elles changent. Grâce à notre machine, Monsieur Tout-le-monde arrive à avoir un objet unique fabriqué par lui-même et pour lui-même. Il retrouve sa capacité de création et consomme différemment. » Matthieu Régnier en est persuadé.

L'« ubérisation » de l'économie se déploie pour le bénéfice de tous dans la mesure où cette approche des échanges rend chaque individu artisan de sa manière de vivre. Pour Gauthier Vignon, le principe de liberté est également très important.

« Je souhaite que notre startup devienne une entreprise libérée où chacun se sent responsable de lui-même et de l'avenir de Dagoma. Chaque salarié doit être libre de prendre ses propres décisions sans être obligé d'en référer à une hiérarchie et sans être contrôlé. Et si l'entreprise gagne de l'argent, l'employé doit aussi en gagner. »

Les dirigeants de Dagoma prônent également le retour à une fabrication locale des produits. Les sept années durant lesquelles Gauthier Vignon a travaillé en Chine l'ont convaincu de l'absurdité de rémunérer de quelques pièces de monnaie des gens qui fabriquent des objets dont ils n'ont aucune utilité. Encore moins quand ces objets ont une durée de vie très courte et rapportent de l'argent à des intermédiaires qui ne créent pas de valeur.

« Cela m'a paru évident en découvrant des ouvrières chinoises réchauffant leur repas dans un local où elles se lavaient le corps à l'eau froide à proximité de chaînes de fabrication de sèche-serviettes. J'étais plutôt déprimé et je les ai vues rire. J'ai pris conscience de la distance qu'il y avait entre nous. Pour qu'un produit soit bien fabriqué, il doit faire partie de notre quotidien. On doit pouvoir se l'approprier », raconte-t-il.

Les créateurs de Dagoma sont sur la même longueur d'onde. Ils l'ont compris lors de leurs premiers échanges. C'était fin 2011. Ils faisaient alors partie des équipes d'Adeo à Shanghai et travaillaient dans le même immeuble. Rien ne les prédisposait à se rencontrer. Gauthier Vignon était directeur de la qualité et avait son bureau au 11e étage.

Être proche des acteurs de la distribution

Diplômé d'une école d'ingénieur de Blois, marié et père d'une petite fille, il aime les livres, le jardinage et prendre son temps. Originaire de Tourcoing, Matthieu Régnier pilotait une équipe de développeurs Web au septième étage. Sportif et musicien, il ne tient pas en place. L'un est PC. L'autre est Mac. Mais quand des Français travaillent loin de leur pays natal, au sein d'une entreprise où la grande majorité du personnel est chinois, ils rentrent vite en relation.

« Dès le premier jour, on sait tout de la vie des uns et des autres. Nous avons tout de suite compris, Matthieu et moi, que nous pourrions construire quelque chose ensemble », se souvient Gauthier Vignon.

Ayant pris l'habitude de se déplacer à vélo, ils ont l'idée d'en réaliser un rapide à plier et facile à transporter. Faire construire un prototype coûte trop cher. Ils décident de le fabriquer en résine sur une imprimante 3D et achètent une machine en kit. Impossible de l'installer correctement. Ils optent alors pour une autre déjà montée, mais mettent plus d'une semaine à la faire tourner. Ayant compris comment régler ce genre d'engins, ils se mettent à en construire pour leurs copains. Entretemps, ils ont abandonné leur projet de vélo compte tenu du coût de fabrication des pièces. Qu'à cela ne tienne, ils créent leur entreprise à Shanghai comme prévu. Non pas pour mettre en oeuvre des vélos, mais des imprimantes 3D.

En 2014, ils décident de rentrer en France. Matthieu part le premier. De retour à Tourcoing, des relations familiales le mettent en contact avec des structures d'accompagnement comme LMI Innovation et Réseau Entreprendre Nord.

« Nous avions le choix d'implanter notre entreprise à Lille ou à Nantes, la ville dont est originaire l'épouse de Gauthier. C'était plus pertinent de choisir Lille, car on y trouve un grand nombre d'acteurs de la grande distribution que nous connaissions déjà, ainsi qu'un écosystème favorable à la croissance des startups innovantes », indique Matthieu Régnier.

Les deux hommes ne regrettent pas leur choix, même si Gauthier fait l'aller-retour entre Roubaix et Nantes toutes les semaines pour retrouver sa famille. Il en est même ravi.

« Je suis avec elle chaque vendredi, samedi et dimanche. Je la vois plus que si j'habitais à proximité de l'entreprise. »

Dans une entreprise libérée, rien n'interdit de travailler à distance.

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MODE D'EMPLOI

Où les rencontrer ? Dans leur entreprise, où ils arrivent tôt le matin et d'où ils partent tard le soir. Également dans la plupart des Startup Week-ends organisés en France et auxquels ils participent bénévolement.

Comment les aborder ? Avec de l'énergie et de la passion. Ils aiment les personnes dont les yeux pétillent quand elles parlent de leurs centres d'intérêt. « J'ai du mal à rester inactif. Si mon interlocuteur arrive à m'occuper l'esprit, je rentre dans la discussion », précise Matthieu Régnier.

À éviter ! Parler de la pluie et du beau temps...

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TIME LINE

  • 1981 Naissance de Gauthier Vignon.
  • 1988 Naissance de Matthieu Régnier.
  • Fin 2011 Rencontre à Shanghai, chez Adeo.
  • 2012 Ils créent Dagoma à Hong Kong.
  • 2014 Retour en France et création de Dagoma SAS à Tourcoing.
  • 2015 Déménagement à Roubaix et recrutement de 15 personnes. Lauréat LMI Innovation et Réseau Entreprendre Nord.
  • 2016 Déploiement à l'international. Embauche de 35 salariés de plus.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2016 à 16:50 :
Tout d'abord bravo les gars !
Ensuite, pour être un peu plus critique, je dirais qu'ils ont simplement fait preuve de bon sens (tant pour l'objet de leur entreprise que pour la façon dont ils la gère). Le problème, c'est qu'ils devraient être la norme, ils devraient juste être une entreprise "normale", en fait, la majorité des entreprises devraient être bâties sur le même modèle et le monde tournerait sûrement plus rond. Malheureusement, comme beaucoup de principes innovants et positifs actuellement, il n'y en a que quelques rares exemples car on préfère continuer à faire de la m... à l'ancienne pour presser le citron jusqu'au bout, même si on sait qu'à la fin on finira dans le mur !!
Réponse de le 13/02/2016 à 14:18 :
Non mais déja pour vendre une machine a 299 € ,faut bien se rendre compte que tout est sourcer en Chine.
La seule chose qui est fabriquer en France ce sont les pièces de connexions de la structure et qui sont TRES longue a produire.
A leur stade,autant faire des pièces injecter,car avec 4 semaines de délais voir plus ,autant acheter la machine en Chine.
Leur notoriété n'est juste baser que sur un prix discount !!Si demain ils sortent une machine a 1000 € voir 2000 € , ça ne marchera pas aussi bien.
a écrit le 12/02/2016 à 16:01 :
ça ne ressemble pas à une resucée de la Reprap sortie il y a quelques années d'une université ???
Bravo les géniaux inventeurs français et bravo La Tribune !
Réponse de le 15/02/2016 à 15:57 :
et ?
a écrit le 12/02/2016 à 10:36 :
De part la frénésie exponentielle des modèles par exemple de smartphones et de leurs pièces détachées de rechange qui sont de moins en moins nombreuses et surtout particulièrement coûteuse, 15 euros un tiroir qui doit peser moins de 2 grammes pour mini carte SD il faut l'oser quand même, l'imprimante 3d à de l'avenir il est important que ce domaine se développe offrant des possibilités presque illimitées et donc des alternatives aux services après ventes de plus en plus inexistants.

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