Les startups de la e-santé se regroupent en lobby

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L'association eHealthTech se compose de 59 startups de la e-santé.
L'association eHealthTech se compose de 59 startups de la e-santé. (Crédits : Décideurs en région)
Réunies dans l’association France eHealthTech, 59 startups françaises de la e-santé se regroupent dans l’espoir de partager réseau, expériences et influer au plus haut niveau pour faire émerger des licornes françaises dans le secteur porteur de la e-santé.

Aller chez le médecin avec un carnet de santé intelligent, suivre son diabète et ajuster son traitement grâce à une application, renforcer ses défenses immunitaires grâce à l'électrostimulation, dépister un mélanome à partir d'une capture d'image, se composer un régime alimentaire sur-mesure en fonction de son état de santé... Aujourd'hui, c'est possible, même si peu de Français en font l'usage.

Depuis quelques années, le secteur de la santé se transforme sous l'effet des progrès des technologies et de la révolution numérique, qui touche tous les secteurs. Le corps connecté et la digitalisation du rapport entre le patient et le soignant n'en sont qu'à leurs prémisses. Ce nouveau secteur, baptisé la santé connectée, représente une formidable opportunité pour de nombreuses startups, qui rêvent d' "ubériser" la santé comme Airbnb l'a fait pour l'hôtellerie et Uber pour les taxis.

Problème: ce n'est pas pour tout de suite. En partie car la France, pourtant à la pointe dans le domaine de la santé dite « traditionnelle », se fait sérieusement distancer par d'autres pays européens et internationaux lorsqu'il s'agit d'inventer la santé de demain. En 2015, l'Hexagone n'a accueilli que 2% des investissements liés à la santé connectée, selon l'étude Digital Healthcare de la banque d'affaires Gpbullhound.

Le pays de Pierre et Marie Curie est carrément largué par les Etats-Unis, qui captent 63% des investissements, et même par la Chine et le Royaume-Uni, loin devant avec 8% chacun. Pourtant, les perspectives du marché sont alléchantes. Les investissements devraient progresser de 5% par an d'ici à 2018, parallèlement à l'explosion des objets connectés. De quoi provoquer un réveil du secteur ?

"L'écosystème de la e-santé doit être réorganisé"

Pour que la France ne rate pas le virage naissant du numérique dans la santé, les startups bleu-blanc-rouge ont décidé de se réunir pour "développer la filière". Ce mercredi, 59 d'entre elles ont dévoilé l'association France eHealthTech, fondée officiellement le 28 septembre dernier. L'objectif : fédérer les pépites françaises du secteur pour renforcer leur visibilité auprès du grand public et influer jusqu'au plus haut de niveau de l'Etat pour faire entendre leurs intérêts.

"Cela nous permettra aussi d'échanger nos expériences et de partager notre réseau entre nous", explique Guillaume Marchand, le président de l'association. Ce médecin-entrepreneur a fondé sa startup, dmd Santé, en 2012. Il s'agit de la première plateforme d'évaluation des applications mobiles et des objets connectés de santé. "J'aurais aimé rencontrer mon "moi" d'aujourd'hui à l'époque, cela m'aurait évité quelques erreurs !", sourit-il.

La démarche fait penser à celle de la French Tech. Cette initiative gouvernementale, lancée en 2013 par le gouvernement, vise à regrouper les startups françaises dans tous les domaines sous une même bannière, à les faire connaître et à stimuler l'innovation. Elle a nettement contribué à l'explosion de l'écosystème d'innovation constatée depuis deux ans. Elle apporte d'ailleurs son soutien à l'association.

France eHealthTech se dote des mêmes ambitions, mais sur le secteur très spécifique de la santé connectée. "La France a tout pour briller dans ce domaine, mais l'écosystème français vit encore en silos : le sanitaire est dissocié du médico-social, la ville de l'hôpital, le public du privé, les patients des soignants" ajoute Guillaume Marchand.

L'association espère donc le "décloisonner" en regroupant à la fois les startups innovantes mais aussi les entreprises de taille intermédiaire, les grands groupes, les pôles de recherche et de compétitivité, les clusters, les acteurs financement, les représentants des professionnels de santé mais aussi les patients et les usagers. Indispensable, selon Guillaume Marchand, pour permettre l'éclosion de « licornes » de la e-santé, ces startups valorisées plus d'un milliard de dollars.

Du data mining à la télésurveillance, en passant par la balance connectée

Les 59 startups adhérentes (pour 90 euros par an) représentent un spectre très large de solutions de e-santé innovantes. Withings, connu pour ses balances et son tensiomètre connecté, en fait partie, tout comme Doctolib, le leader français de la prise de rendez-vous médicaux en ligne.

L'association abrite aussi des startups proposant des solutions pour le personnel soignant, à l'image de Diagnologic.com, une aide à la décision pour les radiologues grâce à l'analyse des données), ou encore 360 medical, une bibliothèque médicale numérique pour rechercher des informations médicales.

Avec une moyenne d'âge de 2 ans et 4 mois, les membres de France eHealthTech représentent 731 emplois et se déploient sur 10 des 13 régions françaises, à l'exception des Pays-de-la-Loire, du Centre et de la Corse.

Convaincre le grand public

Rattraper le retard français dans la e-santé passe aussi par un effort de pédagogie et d'information, à la fois auprès du grand public et de l'Etat. France eHealthTech assume son rôle de "lobby". L'association a été consultée dans le cadre de la loi santé, de la future Loi Macron II, et milite pour l'ouverture des données de santé publique pour favoriser l'économie de la donnée et l'émergence de nouveaux services. Ce n'est pas un hasard si son président est aussi celui de la "commission pouvoirs publics" de l'association, celle chargée d'établir le lien avec les acteurs politiques et institutionnels pour peser sur le développement de la filière.

Mais le chemin est encore long avant que l'e-santé atteigne sa maturité. "Le secteur de la santé est l'un des derniers à encore résister au numérique, estime Julien Méraud, le fondateur de la startup Doctolib. Le carnet de santé, créé en 1939, fonctionne toujours alors qu'il se révèle très insuffisant et peu pratique pour le suivi d'un malade tout le long de sa vie. Chaque année, 600 millions d'ordonnances papier sont toujours délivrées, pour 2 milliards de rendez-vous médicaux. "L'Etat a bien tenté d'imposer le dossier médical personnalisé, mais avec seulement 400.000 créations, il ne fonctionne pas vraiment", ajoute Julien Méraud.

Selon un sondage réalisé par l'association, seuls 16% des personnes qui souffrent d'une maladie chronique ont déjà téléchargé une application de santé. On peut donc imaginer sans trop spéculer que le chiffre chute drastiquement chez les non-malades... Ce qui montre que la santé mobile est encore dans sa phase de découverte.

Plus inquiétant: la confiance dans ces services qui récoltent de nombreuses données personnelles sensibles doit être améliorée. Le sondage indique que les Français croient peu en la fiabilité médicale et technique des outils de e-santé, et encore moins en leur capacité à protéger les données. Alors que parallèlement, l'envie d'innovations se fait de plus en plus forte. Plus de huit Français sur 10 attendent des outils de e-santé qu'ils renforcent la relation médecin-patient et facilitent la vie au quotidien pour les malades.

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Commentaires
a écrit le 17/12/2015 à 14:01 :
He bien ces messieurs "bien sous tous rapports" ne veulent se comporter que comme les GAFA US, comme des proxénètes qui utilisent la propriété de leur clients, en l'occurrence ici leur corps, pour s'enrichir en revendant les données collectées aux assurances et mutuelles ?

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