TechFugees : le code à la rescousse des réfugiés

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L'équipe du projet Textfugees, une plateforme d'envoi de SMS automatisés destinée aux associations d'aide aux réfugiés, a gagné le premier prix du hackathon TechFugees.
L'équipe du projet Textfugees, une plateforme d'envoi de SMS automatisés destinée aux associations d'aide aux réfugiés, a gagné le premier prix du hackathon TechFugees. (Crédits : D.R)
Pendant 36 heures, des codeurs, développeurs, designers, entrepreneurs et associations se sont réunis pour construire de nouveaux outils collaboratifs afin de venir en aide aux migrants, demandeurs d'asile et réfugiés. Ce hackathon, baptisé TechFugees, a accouché de 11 solutions numériques, dont deux ont été primées et pourraient se concrétiser dans les mois à venir.

Face à la crise des migrants qui secoue l'Europe, la communauté high tech se mobilise. Le hackathon TechFugees, un concept né à Londres en octobre dernier, s'est exporté les 12 et 13 mars dernier à Paris, dans les locaux de l'école d'informatique Le Wagon. Pendant 36 heures, le temps d'un long week-end caféiné, des développeurs, codeurs et designers ont joint leurs forces à celles de porteurs de projets issus de l'entrepreneuriat, d'ONG et associations d'aide aux réfugiés. L'objectif ? Utiliser le code et les nouvelles technologies pour "hacker" l'aide aux migrants, aux demandeurs d'asile et aux réfugiés.

TechFugees est né d'un constat partagé par tous les acteurs de l'aide sociale. "La gestion des réfugiés est catastrophique. Au-delà des situations dramatiques comme la jungle de Calais, nous avons besoin de nouveaux outils pour les aider à s'intégrer, que ce soit socialement et économiquement", explique Guillaume Capelle, le directeur de l'ONG Singa, également co-organisateur avec l'association Action Emplois Réfugiés et l'entrepreneure Anne-Sophie Dutat.

L'évènement a attiré une centaine de participants "qui ne se seraient jamais rencontrés dans la vie réelle", souligne Anne-Sophie Dutat. Parmi eux, de nombreuses associations, ONG et bénévoles engagés dans l'aide aux réfugiés. Ces spécialistes connaissent la réalité du terrain et ont déjà identifié les barrières qui réduisent les chances d'intégration des réfugiés : manque d'informations sur les démarches administratives, frein de la langue et de la culture, isolement. A l'autre bout du spectre, le défi technologique a attiré des développeurs, des codeurs, des designers... Autrement dit, des "geeks" qui possèdent des compétences techniques et l'envie d'aider, mais qui sont, en temps normal, très éloignés des problématiques des réfugiés. "Le principal avantage d'un hackathon, c'est qu'il permet de connecter des compétences complémentaires au service de l'innovation", résume Anne-Sophie Dutat.

TextFugees et eMigrant primés

Le « brainstorming » a été fructueux. Samedi 12 mars, en ouverture du hackathon, des "porteurs de projets" ont exposé une série de défis : créer un LinkedIn des réfugiés, un service d'e-collecte d'aliments pour les associations, des Moocs (cours en ligne) pour réfugiés, un service de traduction par SMS ou encore une plateforme à destination des avocats pour faciliter la collecte d'informations dans les pays d'origine des réfugiés... Puis, les participants -une centaine- se sont divisés en 11 groupes, avec pour objectif d'imaginer en 36 heures une solution à chaque problématique. Le dimanche soir, chaque équipe a "pitché" son innovation devant un jury composé d'entrepreneurs, d'acteurs de l'aide sociale, de l'incubateur Numa, de Google France et de l'investisseur Mehdi Thierry, le fondateur du fonds MMT Capital.

Seuls deux projets ont été primés : Textfugees, une plateforme de communication entre les associations et les réfugiés, et eMigrant, une application qui met en relation les réfugiés avec la population locale grâce à la géolocalisation. "Les gagnants ont mis le doigt sur un vrai problème tout en proposant une solution viable", estime Medhi Thierry, membre du jury.

Clairement le plus prometteur, le concept de Textfugees incarne parfaitement l'état d'esprit d'innovation collaborative du hackathon. "Au début, il s'agissait de créer pour les associations une base de données commune sur les réfugiés. Mais suite à nos échanges avec des migrants et des organismes présents, nous nous sommes rendus compte qu'il fallait créer une plateforme de communication", explique Louisa Mesnard.

Finalement, Textfugees permet bien aux associations d'accéder à une large base de données sur les réfugiés. Mais celle-ci leur sert à envoyer des SMS automatisés, personnalisés et en 40 langues différentes. Chaque organisme doit inscrire le prénom, le numéro de téléphone, la langue des réfugiés dont elle s'occupe, ainsi qu'une série de "tags" associés, c'est-à-dire des mots-clés. Grâce à un logiciel de traduction, l'association peut ensuite envoyer à de nombreux réfugiés le même message, mais personnalisé dans leur langue maternelle. Et ce, de manière automatique et très rapide.

Le deuxième prix est revenu à eMigrant, une application d'échanges entre les réfugiés et la population locale. "Si un réfugié qui était plombier dans son pays d'origine a besoin de vêtements pour sa famille et veut proposer ses services, un résident qui souhaite aider peut le contacter via une messagerie et un chat internes", explique Julien, porteur du projet étudiant à la Web Academy. A l'inverse, un résident peut aussi poster sa demande. La mise en relation est possible grâce à la géolocalisation. L'appli génère une carte qui permet de visualiser près de chez soi où se situent les réfugiés qui ont besoin d'aide et les citoyens prêts à les dépanner. "Beaucoup de personnes veulent aider mais ne savent pas comment. Cet outil va peut-être changer des vies", estime l'investisseur Medhi Thierry, membre du jury.

Que restera-t-il de ces innovations ?

Reste que cette application pourrait se heurter à un obstacle de taille. Selon une étude internationale de l'ONG Singa, quasiment tous les réfugiés possèdent un téléphone portable. Mais seuls 20% disposent aussi d'un accès à Internet... "Beaucoup se débrouillent pour se connecter à du Wi-Fi public ou profitent de la connexion d'associations", relativise Julien.

Que restera-t-il de ce week-end d'innovations ? Textfugees bénéficiera de six mois d'incubation dans les locaux de Singa. L'ONG développe également une dizaine d'autres projets innovants, comme Calm, le "Airbnb des réfugiés", issu d'un autre hackathon qui s'est déroulé en 2015. De con côté, eMigrant ira à Londres d'ici à la fin de l'année pour « pitcher » devant des investisseurs internationaux. Quid des autres solutions prometteuses mais non-primées ? "C'est la dure loi des hackathons. 95% des projets qui en sortent ne voient pas le jour, admet Guillaume Capelle. Mais d'autres incubateurs peuvent se proposer, tous seront invités à postuler à des concours de startups et nous allons partager leur projet avec les acteurs internationaux de l'aide aux réfugiés", ajoute-t-il.

Arrivé en troisième position, Refugenious apparaît particulièrement prometteur. Surnommé "le LinkedIn des réfugiés", il s'agit d'une plateforme destinée aux recruteurs qui souhaitent embaucher des talents dotés d'une expérience internationale, disponibles rapidement et prêts à bouger. Une manière de faciliter l'intégration des 25% de réfugiés diplômés de l'enseignement supérieur, mais qui peinent à trouver un emploi en France.

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Commentaires
a écrit le 16/03/2016 à 21:09 :
Ces humanitaires devraient en faire profiter aux 500 SDF qui meurent dans la rue, chaque années en France ! Problème ils ne peuvent pas se payer un smartphone !
a écrit le 16/03/2016 à 21:03 :
La Côte d'Ivoire, 8,3 % de croissance ! La France 0,1 %, et en continu à recevoir des clandestins économique pas croyable !

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