Le curieux mea-culpa de Sarkozy sur l'Hadopi

Par latribune.fr  |   |  547  mots
Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
Le chef de l'Etat a reconnu ce mercredi des imperfections dans la loi Hadopi destinée à lutter contre le piratage sur internet. "On aurait pu trouver un autre système" a déclaré Nicolas Sarkozy qui admet une part d'erreur de l'exécutif dans la genèse de ce dispositif qui avait suscité une vive opposition parmi les internautes et les acteurs du numérique.

A un an des élections, Nicolas Sarkozy a jugé souhaitable de faire une sorte de mea culpa sur l'Hadopi, l'une des lois les plus critiquées par les jeunes internautes. "Hadopi n'est pas une fin en soi" a déclaré le chef de l'Etat, estimant que c'était, "à un moment de l'histoire, une solution imparfaite trouvée à un impératif (...) catégorique et immuable, qui est la défense de la propriété intellectuelle et de droits d'auteur". 

Sarkozy ouvre sa porte au dialogue sans rentre dans le détail

A cette auto-critique, Nicolas Sarkozy a ajouté une proposition. "On me dit 'est-ce que vous êtes prêts à un Hadopi 3 ?' Bien sûr que j'y suis prêt" a assuré le président à l'occasion de l'installation du Conseil national du numérique, une instance de dialogue entre les acteurs de la filière et le gouvernement. Et d'ajouter : "Je suis même prêt à un Hadopi 4 qui serait la fin d'Hadopi parce qu'on aurait trouvé - vous auriez trouvé - un système qui permet de garantir la juste rétribution de celui qui est écrivain, auteur, compositeur ou réalisateur".

Le président de la République a admis des erreurs du gouvernement dans la conduite du projet. "Je prends d'ailleurs ma part de l'erreur (...) L'intuition que j'avais, c'est qu'on ne pouvait pas (abandonner) les créateurs. Je pense que si on avait appris à mieux se parler, on aurait pu trouver un autre système" a estimé Nicolas Sarkozy

L'Hadopi se félicite des propos du Président

A l'Elysée, on minimisait mercredi en fin d'après-midi ces propos, soulignant que "ni le bien-fondé de l'action de l' Hadopi, ni la nécessité d'une lutte déterminée contre le piratage, n'ont donc été mis en doute par le président de la République". Il en va de même à l'Hadopi. Dans un communiqué, sa présidente, Marie-Françoise Marais se "réjouit du soutien appuyé du Président de
la République qui a rappelé que la défense du droit d'auteur constituait un "impératif catégorique" et que personne ne disposait aujourd'hui de meilleur outil pour ce faire que le modèle de l'Hadopi, qui suscite de ce fait un intérêt croissant dans le monde entier."

"Une annonce électoraliste"

Si le PS a réclamé l'abrogation des "dispositions répressives" de la loi, par la voix du député Patrick Bloche, la filière musicale - grande bénéficiaire de la loi - s'est montrée très prudente.
"Je ne pense pas que le président de la République, qui a toujours montré qu'il était du côté des créateurs, veuille abandonner le principe de protection de la propriété intellectuelle sur internet", a noté le directeur général du syndicat des producteurs de disques Snep, David El Sayegh.

Pour la filière, un premier bilan ne pourra être tiré qu'un an après l'envoi des premiers messages d'avertissement, c'est-à-dire fin 2011. "C'est une annonce purement électoraliste et ça ne change rien dans le bilan catastrophique de Sarkozy en matière d'internet", a estimé Jérémie Zimmerman, porte-parole de la Quadrature du Net, une association qui s'était opposée à cette loi.