Pourquoi Quaero n'a pas créé le « Google européen »

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Cinq ans après le lancement de ce programme de R&D qui touche à sa fin, force est de constater que l'objectif initial de créer un moteur de recherche de nature à rivaliser avec le géant américain. Oséo a investi près de 100 millions d'euros dans ce programme qui a donné naissance à des prototypes prometteurs.

Quaero (« je cherche » en latin), vous vous souvenez ? «L'objectif était de créer un Google européen. On en est quand même un petit peu loin ! » a lancé, lucide, Laure Reinhart, la directrice générale déléguée d'Oséo, aux responsables de ce programme de recherche qui a dressé ce jeudi un bilan de 5 ans de travaux. L'entreprise publique a investi près de 100 millions d'euros en cinq ans dans ce programme de R&D axé sur les contenus numériques, l'indexation et le multilinguisme.

« Ce sont des financements exceptionnels, quasiment du capital-risque, mais du capital-patient. Messieurs les industriels, il faudra rembourser les avances ! » a-t-elle prévenu les partenaires présents (32 entreprises dont de nombreuses PME). Les industriels (Orange, Technicolor, etc) ont financé à parts égales avec Oséo le programme Quaero qui a coûté au total 198 millions d'euros et doit s'achever en décembre. Le programme a donné naissance à 35 prototypes, de premiers déploiements industriels et commerciaux ont démarré (tous les détails ici). Une quarantaine de millions d'euros injectés par Oséo a concerné la partie aval, le développement expérimental (le solde a porté sur des subventions à la recherche industrielle) et a vocation à être remboursée en cas de succès commercial des projets.

De l'innovation radicale
Pourquoi Quaero n'a-t-il pas réussi à faire émerger le fameux « Google européen » voulu par Jacques Chirac et qui devait se faire dans un cadre franco-allemand initialement ? « C'est normal, c'est un peu de l'innovation radicale » relève, philosophe, Laure Reinhart. « Il faut se rappeler que la plupart des gens n'y croyaient pas aux débuts, en particulier les industriels. Il est important de se fixer des objectifs très ambitieux même si on n'arrive pas au bout, parce que le monde extérieur bouge. Tous les 18 mois, on se demandait ce que l'on faisait avec Quaero. Il y a eu des crises. On a redéfini les choses, on a fait entrer de nouveaux partenaires», tels que Yacast, Itesoft, Systran, etc.

« Scientifiquement, quelque chose s'est passé. Quaero a été une occasion unique de travailler avec les meilleurs chercheurs français. Deuxième point positif, des entreprises comme Exalead, qui a été rachetée par Dassault Systèmes, a pu faire des sauts technologiques. L'important est que ces moyens financiers ont été investis dans des projets et qu'on arrive à des résultats probants qui aboutiront, je l'espère, à de très belles exploitations commerciales » indique la directrice générale déléguée d'Oséo. « Ce ne sera peut-être pas LA rupture qu'on attendait mais de multiples ruptures. Le véritable impact de ce programme ne pourra être pleinement mesuré qu'après quelques années d'exploitation » nuance-t-elle.

Bientôt un Quaero du cloud, du mobile ou du Big Data ?
Parmi les projets prometteurs : le service de traduction de sites web SystranLinks qui compte déjà plusieurs clients étrangers, la plateforme de numérisation de Jouve qui a déjà converti en ebook 300.000 ouvrages, le système de TV interactive et sociale PVAA++ de Technicolor utilisé pour un projet grand public américain, la solution de veille cross-médias MediaCentric de Bertin Technologies (groupe CNIM) en exploitation au ministère de la Défense, le logiciel d'interaction gestuelle avec la TV de Moovea, et bien sûr la technologie d'indexation et d'annotation des documents multimédias CloudView d'Exalead, qui a été utilisée par l'Elysée pour la retranscription de discours du précédent Président de la République.

L'équipe aux commandes de Quaero espère que l'aventure ne s'arrête pas là. Le coordinateur de Quaero, Pieter van der Linden (responsable du centre de R&D de Technicolor à Paris), aimerait « travailler sur une suite du programme, sur des thèmes porteurs comme le cloud, le mobile ou le Big Data. » Problème : « a priori, il n'y a pas de moyens supplémentaires prévus pour Quaero » reconnaît Laure Reinhart. Si elle émet l'idée de « faire beaucoup d'autres Quaero par la suite, c'est une expression : ce programme est un exemple et nous croyons fortement à ce type de grands projets collaboratifs » précise la directrice générale déléguée d'Oséo. Toutefois, « rien n'empêche de remonter un projet dans un autre cadre, par exemple au sein des pôles de compétitivité. » Il reste un peu d'argent à engager dans le cadre des investissements d'avenir. Et elle souligne que le ministre du redressement productif « Arnaud Montebourg veut lancer un grand programme d'innovation radicale et définir les grands défis industriels de demain. » Un Quaero industriel ?
 

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Commentaires
a écrit le 31/03/2013 à 11:44 :
comment un état peut se retrouver sur endetté, tous ces gens "supérieurement" intelligents, sont en quête de fabriquer des machins, dans nous engloutissons notre argent à travers un état irresponsable, qui s'en sert, et j'ai le faible de penser ce que je dis, pour détourner de l'argent à leur profit
a écrit le 31/03/2013 à 7:12 :
Argent public ? Dites nous pas que c'est de l'argent public ?
a écrit le 30/03/2013 à 10:47 :
Personne ne s'est posé la question de savoir pourquoi des personnes compétentes, responsables (et réellement responsables, vis à vis de leurs propre argent, de leurs clients, et pour certains devant leurs actionnaires), qui investissent parfois des sommes folles dans des projets d'entreprises encore loin de la rentabilité, n'ont pas mis un kopek sur Quareo? C'est un exemple de gabegie à la française. Plutôt que de laisser les investisseurs prendre leurs risques, on dilapide de l'argent publique. On laisse un homme politique se payer l'ego d'être un visionnaire. On paye une caste de fonctionnaire à se prendre pour le gratin de la silicon valley. Et ce petit monde parvient à sa fonction en distribuant de l'argent à des entreprises qui ne crachent pas sur de l'argent facile... Ne rendez pas l'argent, fermez le robinet! Quareo est un échec, on ne va quand même pas remettre le couvert au prétexte qu'on aurait pu mieux faire la prochaine fois. Stop la loose! Fermez le robinet!
a écrit le 30/03/2013 à 8:27 :
Après Galileo, apres Bull je vous présente quaero....
a écrit le 29/03/2013 à 19:21 :
Si qaero avait été un succès, il aurait fallu rembourser. Alors ce n'est pas un succès, mais...
un certain nombre de retombées ont été captées (gratis ou payant?) par quelques entreprises, Orange, Technicolor, Dassault, qui ont pu bénéficier du crédit d'impôt recherche comme partenaires.
Il serait infiniment plus productif que l'état investisse à fond perdu, comme n'inporte quel capital risqueur, et reste sleeping partner si succès.
a écrit le 29/03/2013 à 18:05 :
Je ne comprends pas le concept de creer un google europeen, internet etant sans frontiere...
Réponse de le 29/03/2013 à 18:22 :
Tony G : Chuuut! Nos politiciens et autres ENARQUES ne sont pas encore au courant. Ne leur gachez pas leur week end Pascal :-)))
Réponse de le 30/03/2013 à 1:36 :
Internet et moteur de recherche... chut, ne l ebruite pas il y a des non enarques qui ne font pas la difference...
Réponse de le 30/03/2013 à 19:06 :
Merci tout le monde fait la différence, mais quel est le sens de faire un moteur de recherche Européen ? Je ne comprends pas, c'est inutile, vraiment bidon cette idée
a écrit le 29/03/2013 à 15:45 :
C est bien le problème de la Recherche et de le Développement en Europe : elle est décrétée par les politiques. La R&D n'est pas une fin en soi et ne se gère pas à coup d'appel d'offres public, c'est l'un des outils dont l'objectif est de contribuer au cycle de l'Innovation (c'est à dire à la mise d'un produit sur le marché). Heureusement pour certains secteurs, ils gèrent eux mêmes leur cycles de R&D et n'ont plus à rendre compte au politique. Dans d'autres cas c'est le contraire : la politique industrielle entraîne le clientélisme, et tout est bon pour croquer dans le gâteau des subventions. Imaginons un peu le développement des tablettes ou des smartphones au travers du cycle EU, ce serait assez cocasse (çà me fait penser à la blague de la baleine et de la sardine, et de la sardine et baleine pour ceux qui connaisse), on obtiendrait peut être un Minitel ?
a écrit le 29/03/2013 à 13:32 :
Je suggère que tous les responsables de ce flop monumental remboursent les contribuables avec leurs deniers propres.
Réponse de le 30/03/2013 à 8:29 :
Un précurseur de la Banque Publique d'Investissement, géré par le même type de personnage n'ayant jamais mis les pieds dans une société privé.
Ca sent bon :)
On va prendre le mur encore plus vite et encore plus fort.
a écrit le 29/03/2013 à 12:25 :
Bonjour, bon pourquoi pas un moteur de recherche européen , mais si cela n'est pas réaliser cela ne server à rien de dépenser 100 000 millions de l'argent de la collectivité.... Soit on fait ou soit on ne dépense pas notre argents......
a écrit le 29/03/2013 à 12:14 :
MM. Hewlett et Packard ont commencé dans leur garage dans ce qui deviendra le Silicon Valley
M. Jobs a lancé Apple avec M. Wozniack dans la maison de leurs Parents
Google et Facebook sont des projets de fin d'études
Que fait la France ? Elle investit 100 M d'euros d'argent public dans une projet conduit par des grandes entreprises dont certaines sont proches de la faillite (Technicolor) pour en sortir quoi ? = Rien ou plutôt l'idée qu'il faut remettre 100 M d'euros ....
Pour info, une start-up française, Sparrow (client mail sur mobile) a été racheté pour 20,5 millions de dollars en 2012 alors que Xavier Niel y avait investi seulement 200 000 euros au départ. Toute l'équipe (française) a déménagé en Californie pour rejoindre les équipes de Gmail ....
Réponse de le 29/03/2013 à 15:43 :
Cisco et Yahoo ont été aussi fondées par des étudiants en PhD de Stanford, l'innovation cela ne se décrète pas par des décisions administratives...
a écrit le 29/03/2013 à 11:01 :
Une énorme connerie.
Encore 100M? de gâchés.
Quand comprendra-t-on que ceux qui gèrent l'argent public n'en sont pas "responsables".
Donc ils ne feront que des choix politiques, jamais économiques.
Laissons les investisseurs faire leur boulot.
Réponse de le 29/03/2013 à 17:05 :
+1 (risquer leur argent et en tirer le benef sans le confisquer)
Réponse de le 29/03/2013 à 17:16 :
Le pire c'est le manque de lucidité de la responsable d'OSEO qui se dit très satisfaite de l'utilisation de ces fonds!
Allez demander 1/1000è de ces 100 millions en prêt à OSEO et vous verrez comment vous serez reçu! Mais pour jeter l'argent par les fenêtres à OSEO avec la garantie de l'ETAT donc de nos impôts,là ya pas d'problèm!
a écrit le 29/03/2013 à 10:36 :
Voilà ce qui se passe quand on fait de la mercatique (traduisez "marketing") à la française, c'est à dire quand on prend des décisions de cette nature pour des raisons politiques (emmerder les Américains) et non économiques (répondre à une demande solvable insatisfaite), c'est à dire encore quand on laisse une bande d'énarques décider, sur la base d'un colbertisme archaïque, d'investir un argent qui n'est pas le leur (c'est celui des contribuables, donc on peut y aller sans souci) au lieu de laisser le privé risquer ses propres fonds là où il discerne une demande solvable insatisfaite. Bien fait pour les contribuables qui se laissent faire.
a écrit le 29/03/2013 à 10:08 :
"travailler sur une suite du programme, sur des thèmes porteurs comme le cloud, le mobile ou le Big Data." > Mon dieu, que des buzz words... Imaginez ce que des startups auraient pu faire avec cet argent. 100M? et derrière 0? de revenu. Des prototypes prometteurs ... Super
a écrit le 29/03/2013 à 10:01 :
Il y a 10 ans 2 étudiants créaient dans un petit local de leur université Américaine un géant (si ce n'est LE géant) du Net comme projet de fin d'études. Eux-même suivis par un autre étudiant qui crée il y a quelques années Facebook etc... Quand donc les Frznçais comprendont-ils que l'on n'est plus dans une économie mondiale des années 60 avec des plans quinquennaux? Tout ces millions d'Euros dispersés quasiment en vain (cette dame essayant de faire néanmoins bonne figure). Il faut créer un environement fertile à l'innovation, à l'entreprenariat, faire rêver les jeunes (et moins jeunes) talents et celà ne passe pas par une déclaration politique fracassante est des millions d'Euros dispersés dans des énormes projets liant universités-grands Groupes-PME (les faire valoirs du gros machin). La nouvelle économie demande de l'agilité, des talents, du capital-risque et surtout du rêve afin que tout celà s'exprime pleinement. Tout le contraire de notre environement morose, dirigiste, étriqué...
Réponse de le 29/03/2013 à 13:21 :
L'agilité est le maitre mot de ce qui manque en France. Nous savons faire de gros projets (aéronautique, automobile, ...) qui nécessitent des années de "cadrage" avant d'arriver à un produit fini. Mais nous ne sommes pas agiles, c'est très très dur pour nos industries de sortir du logiciel de qualité rapidement qui soit fait pour évoluer très souvent pour s'adapter aux besoins des clients. La guerre mondiale des moteurs de recherche est terminée, du moins en Europe et aux USA : Google a gagné. Ces dernières années, les maitres mots ont été "le cloud" et "le mobile". Nous ne savons pas encore ce que sera le prochain "big thing", mais c'est clairement trop tard pour essayer de rentrer dans la bataille, surtout s'il faut attendre 5 ans avant d'avoir un produit.
Si vous voulez que ça marche. il faut former plus d'ingénieurs qui produisent que d'ingénieurs qui encadrent, changer la mentalité, se débarrasser de la lourdeur administrative excessive dans nos entreprises et notre société et offrir un peu de rêve à ceux qui créent.
Réponse de le 29/03/2013 à 17:11 :
@totor je crois que vous mettez le doigt sur le probléme en effet.
j'ajouterai que souvent nos ingénieurs - tres brilllants par ailleurs - se démontrent être de piètres managers.
Les américains ont ceci qu'ils ont une "obsession" : le client - you've got to market your product !!! pour lui vendre le produit qu'ils imaginent.
En France on rêve souvent de produits "fabuleux" qui personne finalement n'achétera car sans doute techniquement tres abouti mais trop compliqué ou trop cher ou tout simplement ne rendant que peu de service.
Réponse de le 29/03/2013 à 17:13 :
Bienvenu dans le 21 eme siècle !
Réponse de le 31/03/2013 à 15:08 :
Les américains ont le Small Business Act. A quand la même chose chez nous? Au lieu de distribuer des subventions à fonds perdus les administrations achètent aux PMEs les produits et services dont elles ont besoin. Ca aide les PMEs à définir et financer leur offre. C'est de clients dont les PMEs ont besoin pour se développer. Le seul effet d'une subvention est une aubaine temporaire ou la survie sous perfusion d'un projet déjà voué à l'échec.

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