DuckDuckGo, Qwant… les anti-Google ont le vent en poupe

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Après des débuts laborieux, à la fois au niveau de la qualité du service que de l'audience, DuckDuckGo, tout comme le français Qwant, trouvent enfin le succès.
Après des débuts laborieux, à la fois au niveau de la qualité du service que de l'audience, DuckDuckGo, tout comme le français Qwant, trouvent enfin le succès. (Crédits : D.R)
Depuis l’affaire Snowden, la défiance envers les géants du net à cause de leur utilisation des données personnelles profite à des petits acteurs alternatifs comme DuckDuckGo, aux Etats-Unis, ou Qwant, en France. Décryptage d’un phénomène amené à prendre de plus en plus d’ampleur.

A l'origine, le combat avait des allures de David contre Goliath. D'un côté du ring, Google, le géant californien, leader incontestable du marché de la recherche en ligne grâce à des algorithmes puissants, précis et rapides qui ont révolutionné la manière de chercher et de trouver des informations sur la Toile. De l'autre, DuckDuckGo, Ixquick, Qwant et une dizaine d'autres petits services alternatifs. Nés à partir de la fin des années 2000, ils se sont positionnés sur une niche: la promesse d'un moteur de recherche "éthique", qui ne "traque" pas ses utilisateurs en leur proposant des publicités ciblées et ne revend pas leurs données au plus offrant. Des anti-Google, en somme.

Après des débuts laborieux, à la fois au niveau de la qualité du service que de l'audience, DuckDuckGo, tout comme le français Qwant, trouvent enfin le succès. Cette semaine, l'Américain a franchi le cap symbolique des 10 millions de requêtes journalières. De son côté, Qwant, enregistre 6 millions de recherches par jour, selon son directeur général Eric Léandri.

Certes, il faut raison garder: ces chiffres représentent toujours l'équivalent d'une goutte d'eau dans l'océan des recherches en ligne. Google, le leader mondial, pèse 65% du marché aux Etats-Unis, 90% en France et 95% en Europe. La firme de Mountain View traite pas moins de 3,3 milliards de requêtes journalières, loin devant tous ses concurrents, y compris Yahoo, qui fonctionne de la même manière.

Merci Edward Snowden !

La progression fulgurante de DuckDuckGo et de Qwant montre que les moteurs de recherche éthiques ont de beaux jours devant eux. Le trafic du canard américain a progressé de 600% en deux ans. Du côté de chez Qwant, la fréquentation s'est envolée de 300% depuis l'automne dernier et connaît une nette accélération ces derniers mois.

Les deux services peuvent remercier Edward Snowden. Et notamment DuckDuckGo, qui a vu son audience augmenter significativement à partir de mi-2013, soit pile au moment où l'ex-espion de la NSA révélait les pratiques de surveillance de masse de l'agence américaine. La découverte de l'étendue du programme Prism, qui consistait à aspirer les données détenues par la plupart des grandes compagnies high-tech américaines (Google, Facebook, Apple, Microsoft et Yahoo) à des fins de surveillance, a effrayé les citoyens et "réveillé" l'opinion publique sur la nécessité de protéger les données personnelles.

Trafic de DuckDuckGo

Une aubaine pour DuckDuckGo et Qwant, lancé précisément en 2013. Contrairement à Google, leurs moteurs de recherche n'enregistrent ni l'historique, ni l'adresse IP de leurs utilisateurs. Ils n'utilisent pas non plus de "cookies" pour traquer les comportements en ligne des internautes et leur vendre des produits. Les deux entreprises se financent pourtant bien par la publicité. DuckDuckGo affiche des pubs en fonction des mots-clés de la recherche de l'utilisateur, mais sans personnaliser les résultats. Quant au Français Qwant, sa monétisation dépend uniquement de l'onglet "Shopping", situé en bas à gauche du moteur de recherche.

"L'utilisateur ne voit de la publicité que s'il le souhaite vraiment. S'il fait une recherche classique et ne clique pas sur l'icône, il n'obtiendra que des résultats pertinents », explique Eric Léandri, le co-fondateur et directeur général de Qwant, à La Tribune.

Le défi de la qualité

Surfer sur la vague "anti-Google" c'est bien, pérenniser son modèle économique, c'est mieux. Car le geste, presque militant, d'abandonner un moteur de recherche intrusif mais efficace, pour adopter un service éthique, condamne ces nouveaux acteurs à jouer éternellement les figurants si leur service ne rivalise pas avec la qualité de Google.

Pour gagner des parts de marché, DuckDuckGo et Qwant misent sur l'amélioration de la rapidité de la recherche et la précision de leurs résultats. Avec un handicap de taille : sans "tracking", impossible d'adapter les résultats en fonction des goûts et de l'historique de navigation de l'utilisateur... L'internaute a donc davantage de risques de tomber sur un résultat à côté de la plaque, et pourrait s'agacer de ne pas retrouver les pages qu'il a déjà consulté dans les premiers résultats.

Très (trop ?) sobre, DuckDuckGo manque toujours de rapidité et de clarté. Le moteur n'affiche toujours pas des résultats dans l'actualité (y compris avec le mot-clé "Hollande" par exemple), ne donne pas accès à du contenu issu des réseaux sociaux et ne propose pas une carte si l'internaute a tapé une adresse. Pas facile de rivaliser avec Google...

La protection de la vie privée, oui, mais la qualité d'abord !

Car Google domine outrageusement le marché pour une raison. Ses algorithmes, développés dans le plus grand secret et qui brassent des milliards de pages, sont excellents. Cette situation aboutit sur un paradoxe. Selon une étude de l'Insee révélée à la mi-juin, 90% des Français savent que leurs données vont être utilisées, et 68% ne font pas confiance aux moteurs de recherche [donc Google, ndlr] pour respecter leur vie privée.

Malgré leurs réserves, ils ne changent pas leurs habitudes. La part de marché de Google plafonne depuis de longues années au-dessus de 90%. La raison ? Les internautes sont habitués à Google et, surtout, ils apprécient ses services. Or, changer de moteur de recherche demande l'effort d'abandonner un certain confort. La sécurité et la protection de la vie privée, oui, mais la qualité d'abord !

Qwant sépare les résultats web de l'actualité et des réseaux sociaux

Conscient de ce handicap, Qwant ne cherche pas à copier Google, mais à proposer "un service différent, alternatif", selon Eric Léandri.

"Pour nous, le plus important n'est pas de mettre l'accent sur la protection de la vie privée de nos utilisateurs, même si nous respectons les principes des CNIL européennes, mais de convaincre le grand public qu'ils gagneront à changer de moteur de recherche. Nous assumons notre positionnement éthique mais nous savons que les gens recherchent avant tout la qualité », admet le co-fondateur.

Si la première version de Qwant avait peu convaincu les spécialistes, l'augmentation fulgurante de la fréquentation depuis le lancement de nouvelle version, fin 2014, révèle les progrès accomplis. Si bien que sur de nombreux points, l'expérience Qwant se révèle au moins aussi satisfaisante que l'expérience Google.

En tapant "Hollande" par exemple, l'écran se divise en plusieurs parties. Tout en haut, une succession de photos du président. A gauche, les résultats "web" : biographie, une page sur la Hollande (aux Pays-Bas), la page Facebook du président.... Au milieu, une "fiche" personnelle issue de Wikipedia. A droite, une colonne "Actualités", puis une colonne "Social", qui repend principalement les tweets qui mentionnent le président. Sur Google, la même recherche présente moins de résultats d'actualités et issus des réseaux sociaux...

DuckDuckGo choisi par Apple

Le Français, qui emploie 60 personnes et "recrute en permanence", affiche des objectifs ambitieux : entre 4% et 6% du marché hexagonal dans les cinq prochaines années. Pas encore de quoi faire trembler Google, mais s'il parvenait à ce niveau, il deviendrait de fait le deuxième moteur de recherche en France, devant Yahoo (2%), Ask Network et Orange Search (1%). Grâce à son actionnaire minoritaire Axel Springer, qui dispose de 20% du capital, Qwant ambitionne aussi de se déployer dans toute l'Europe. Il est déjà le moteur par défaut de sites de presse allemands, Die Welt et Bild.

De son côté, DuckDuckGo bénéficie depuis un an d'un soutien de poids dans sa course à l'audience : Apple. Dans la guerre sans merci que se livrent les géants d'Internet, la Pomme a décidé d'intégrer DuckDuckGo dans sa liste des moteurs de recherche accessibles sur son navigateur. Un tacle à destination de Google. Les moteurs de recherche éthiques sont décidément très politiques...

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Commentaires
a écrit le 03/07/2015 à 9:35 :
Super intéressant!
a écrit le 30/06/2015 à 16:23 :
Intéressant de voir comment Google pourra (peut-être ?) être "détronné"...un peu dans la même veine, on a aussi les moteurs de recherche "eco-friendly" type Forestle, Ecowho...bref, ils sont bien plus nombreux qu'on ne le croit !

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