La folle inflation des droits du football

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Les joueurs du PSG Lucas Moura et Edinson Cavani célèbrent un but, ce dimanche, contre Saint-Etienne.
Les joueurs du PSG Lucas Moura et Edinson Cavani célèbrent un but, ce dimanche, contre Saint-Etienne. (Crédits : Reuters)
En France et en Europe, les coûts de distribution des championnats de foot explosent. Ces droits, aussi stratégiques que vitaux, font l’objet d’une bataille féroce entre les groupes de télévision payante. En témoignent les montants faramineux dépensés par Altice et SFR pour chiper la Ligue des champions et la Premier League, à Canal+ et à BeIN Sports. Sous ce prisme, les droits de la Ligue 1, qui seront remis en vente début 2018, devraient aussi fortement augmenter.

Ils sont devenus le nerf de la guerre. Jamais les droits du football n'ont semblé si importants pour les chaînes de télévision payante, qui les voient comme d'indispensables aimants à abonnés. En témoigne l'attitude particulièrement agressive de SFR, qui multiplie les gros chèques dans ce domaine. La semaine dernière, l'opérateur au carré rouge a ainsi chipé l'intégralité des droits de la Ligue des champions à Canal+ et BeIN Sports pour la période 2018-2021. Pour cette compétition, SFR déboursera donc 350 millions d'euros par an, quand ses rivaux n'ont dépensé « que » 145 millions d'euros par an pour la période 2015-2018. Pour mieux se rendre compte de l'inflation de ces droits, sur la période 2009-2012, Canal+ et TF1 les avaient décrochés pour la somme, qui paraît presque ridicule aujourd'hui, de 57 millions d'euros par an !

Idem pour la Premier League, le prestigieux championnat de foot anglais. En novembre 2015, Altice, la maison-mère de SFR, a remporté ces droits pour la période 2016-2019, au prix de 120 millions d'euros par an. Canal+, son précédent diffuseur, a refusé de s'aligner, lui qui dépensait auparavant deux fois moins pour cette compétition, soit 63 millions d'euros par an. Pour rappel, en 2010-2013, la chaîne à péage ne payait que 24 millions d'euros par an pour diffuser les matchs d'Arsenal, de Manchester United ou de Chelsea...

Canal+ voit son statut menacé

Si les chaînes sont prêtes à payer si cher, c'est parce qu'elles savent qu'en perdant certains droits, les abonnés n'hésiteront pas à résilier leurs abonnements pour filer à la concurrence. Ce qui, in fine, pèse lourdement sur le chiffre d'affaires. C'est la raison pour laquelle la perte de la Ligue des champions et de la Ligue Europa vient directement menacer le modèle économique de Canal+. Analyste médias chez Oddo Securities, Bruno Hareng n'y va pas par quatre chemins:

« Si Vivendi [maison-mère de Canal+, NDLR] a expliqué ne pas regretter d'avoir refusé de surenchérir sur l'offre de la Ligue des champions pour des raisons de rentabilité, la perte menace son statut de chaîne du sport, d'autant qu'un accord de distribution avec SFR reste peu envisageable à court terme. »

Il en va de même pour BeIN Sports, dont beaucoup se demandent aujourd'hui si la chaîne qatarie à un avenir en France. Toujours selon Bruno Hareng, « ce résultat [la perte de la Ligue des champions, NDLR] est une très mauvaise pour BeIN Sports, qui perd là un de ses produits phares ». L'analyste se projette:

« Nous nous attendons dès lors à une forte migration des abonnés de BeIN (plus de 3 millions en juin 2016) vers SFR Sports et à une relance de la spéculation sur une revente de BeIN à Canal avec l'accord de l'Autorité de la concurrence. Nous n'excluons pas qu'Altice-SFR puisse profiter de la situation pour faire une offre sur BeIN [...] qui détient notamment les droits des ligues de football en France, en Espagne, et en Allemagne. »

Bataille en vue pour la Ligue 1

Dans ce contexte, la remise en vente des droits de la Ligue 1, début 2018 pour la période 2020-2024, devrait faire l'objet d'une bataille acharnée. Si Canal+ passe à côté, le groupe ne sera plus, indiscutablement, qu'une chaîne de sport de second rang. Quant à BeIN, « ce sera la Ligue 1 ou la revente », juge Bruno Hareng. Il ne serait donc guère surprenant que les droits du championnat français flambent l'année prochaine. Pour la période 2016-2020, Canal+ et BeIN Sports ont déboursé 727 millions d'euros par an pour la Ligue 1. Selon Oddo Securities, pour la période 2020-2024, une inflation d'au moins 40% (soit plus de 1 milliard d'euros par an) n'aurait rien de surprenant.

D'autant que sur le Vieux Continent, les prix des principaux championnats ont énormément augmenté. Aujourd'hui, le coût annuel des droits de retransmission d'une saison de Premier League au Royaume-Uni est de 1,71 milliard d'euros (contre 1 milliard d'euros il y a deux ans). Et celui de la Bundesliga allemande a atteint 1,16 milliard d'euros dans le pays pour la période 2018-2021, contre 628 millions d'euros en 2013-2017.

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