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Enquête - 29/07/2011 | 18:12 - 1462 mots

Le passé controversé de Cyril Viguier

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Cet animateur-producteur, associé de David Hallyday, animera un talk-show hebdomadaire sur France 3 à la rentrée. Il revient ainsi sur le service public, où il officia déjà comme animateur et directeur adjoint des programmes de La Cinquième, qu'il quitta avec fracas en 1997.

A compter de la rentrée, exit Mireille Dumas le vendredi soir sur France 3. Place à un nouveau talk-show, présenté par Cyril Viguier. Cet animateur-producteur est revenu sur le devant de la scène en 2008 lorsqu'il a créé une société de production avec son ami d'enfance David Hallyday. Les deux associés avaient déjà proposé ce talk-show aux précédents dirigeants de France Télévisions, qui les avaient éconduits, malgré plusieurs pressions de Nicolas Sarkozy en personne, comme le raconte lui-même Patrice Duhamel dans son livre "Cartes sur table".

Ce retour de Viguier en étonne plus d'un au sein des chaînes publiques, qui se souviennent qu'il avait été licencié en 1997 de La Cinquième (devenue France 5). Viguier avait été recruté trois ans plus tôt par le patron de la chaîne, Jean-Marie Cavada, comme directeur adjoint des programmes. Viguier y animait aussi l'émission "L'esprit du sport". En 1995-1996, cette émission hebdomadaire était produite par une société de production externe, qui la facturait 38.000 à 55.000 euros pièce. Le contrat prévoyait que La Cinquième achetait l'émission à son coût de production, sur la base des devis fournis par la société de production. Mais Edraid, un cabinet d'expertise comptable missionné par La Cinquième, calcula que le prix facturé était largement supérieur aux frais engagés. Il chiffrera la différence à 322.000 euros pour l'année 1996. Suite à cela, Jean-Marie Cavada portera plainte contre X... pour "escroquerie, abus de confiance, vol, faux et contrefaçon". Puis en 1999, la Cour des comptes, qui venait d'auditer La Cinquième, saisissait aussi la justice des mêmes faits.

La dirigeante de la société de production, Mme W., fut interrogée par les enquêteurs. Elle leur déclara avoir été approchée par Viguier en 1995 (W. avait alors 70 ans) pour reprendre la production de "L'esprit du sport". W. ayant accepté, Viguier avait alors mis W. en relation avec K., le chargé de production de l'émission. W. reconnut d'emblée les surfacturations, mais W. assura ne pas en avoir bénéficié, car W. avait reversé l'argent à une autre société, X., en paiement de factures ne correspondant à aucune prestation réelle. W. assurera avoir ainsi agi sur instruction de K.

Lors de ses dépositions, W. précisa : "pour moi, le système a été mis en place par K., Cyril Viguier et [une de leurs relations], mais je n'ai pas de preuves qu'ils aient touché de l'argent en retour. [...] Cyril Viguier n'est jamais intervenu officiellement." W. dira avoir accepté ce système car W. était victime de "chantage", "pression" et "racket".

Les enquêteurs remontèrent ensuite la piste des versements, mais sans aller très loin, et n'établirent pas de lien avec Viguier. En effet, l'argent versé à la société X. (388.000 euros au total) était ensuite retiré soit en espèces, soit par chèques, destinés notamment à des connaissances de K.

Interrogé par les enquêteurs, K. niera avoir demandé tout reversement à W., et assurera ne connaître ni la société X., ni les factures émises par X. Quant à Viguier, le juge d'instruction, après l'avoir mis en examen, rendit une ordonnance de non-lieu à son égard.

Mais W. fut renvoyée devant le tribunal pour "escroquerie et abus de confiance", et K. pour "abus de confiance, escroquerie et contrefaçon". Et le tribunal de grande instance de Paris condamna W. pour « escroquerie » à de la prison avec sursis et au versement de dommages et intérêts à La Cinquième (en appel, W. sera dispensée de peine). En revanche, le tribunal déclara K. non coupable, jugeant insuffisantes les preuves contre lui.

Interrogé, Viguier nous déclare que "cette procédure a été diligentée à mon encontre sur des accusations calomnieuses, et a été conclue par un non-lieu général à mon bénéfice".

Après son départ de La Cinquième, Viguier partit à Los Angeles, où il lança puis revendit deux sociétés, Surf Channel et Malibu TV. Moult articles assurent qu'il les a revendues à prix d'or (Le Monde a parlé de 25 millions de dollars), faisant ainsi fortune. Interrogé, Viguier refuse de nous indiquer aussi bien le prix de cession que le nom des acheteurs, au motif que cela est "couvert par des clauses contractuelles de confidentialité".

Mais les détails de la vente de Surf Channel furent révélés lors d'un procès à Los Angeles. Ainsi, on apprend notamment ce qu'était exactement Surf Channel, qui a toujours été présentée comme une chaîne câblée à part entière. Or on découvre qu'il s'agissait seulement à l'origine "d'un programme télévisé d'une heure" - la diffusion montera ensuite jusqu'à quatre heures par jour. Surf Channel, comme plus tard Malibu TV, était diffusée sur le canal de "public access", c'est-à-dire le canal que chaque câblo-opérateur doit réserver aux programmes locaux.

Surtout, on apprend que Surf Channel a été revendue une première fois sur une valorisation de seulement 900.000 dollars. En effet, une pièce de la procédure indique qu'un actionnaire détenant un tiers du capital "a vendu ses parts pour 300.000 dollars à un groupe dirigé par Selim Zilkha", le fils d'un banquier d'origine irakienne. Un peu plus tard, Viguier revendra lui aussi, pour une somme estimée à près de 1 million de dollars, ses parts à Selim Zilkha, qui arrêtera ensuite la production de Surf Channel. Interrogé, Viguier qualifie ces valorisations de "hautement fantaisistes".

Mais la vente de Surf Channel sera contestée en justice par un monteur et une journaliste qui travaillaient pour la société. Tous deux attaquèrent Viguier en justice, se plaignant de n'avoir rien touché lors de la cession, alors que Viguier leur avait promis une part du capital en échange de leur travail. Toutefois, ils reconnurent qu'il s'agissait d'une promesse orale, et n'avoir reçu aucune garantie écrite. Le procès se tiendra fin 2003. Une pièce de la procédure nous apprend : "concernant Viguier, le jury rendit un verdict estimant qu'il était coupable de fraude, et redevable de dommages. Avant que le jugement soit rendu contre Viguier, les deux plaignants ont retiré leur plainte. Ils ont fait savoir qu'ils avaient réglé leur différend avec Viguier."

Autrement dit, Viguier utilisa une possibilité du droit américain : juste avant que le juge vienne entériner le verdict du jury, il conclut une transaction amiable, ce qui mit fin à l'affaire. Interrogé, Viguier répond que "les revendications financières des deux anciens employés ont fait l'objet d'un communiqué très clair, indiquant l'agrément entre l'ensemble des parties, et la reconnaissance de mon intégrité. Aucune action juridique n'a fait l'objet d'un quelconque jugement par aucun tribunal américain". Il conclut : "j'ai été blanchi de tout soupçon, et je n'ai jamais fait l'objet d'aucune condamnation, ni en France ni aux Etats-Unis ni ailleurs."

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DROIT DE REPONSE de Monsieur Cyril VIGUIER.

« Aux termes d'un article publié sur le site Internet de La Tribune le 13 juillet 2011 intitulé « Le passé controversé de Cyril VIGUIER », l'auteur suggère que mon parcours professionnel comporterait certaines zones d'ombre, ce qui est absolument faux.

S'agissant de l'affaire relative aux conditions de production de l'émission « L'Esprit du Sport » que j'animais sur la Cinquième, j'entends rappeler qu'aucune responsabilité d'aucune sorte ne m'a été imputée dans cette affaire et c'est la raison pour laquelle j'ai été totalement mis hors de cause.

S'agissant de Surf Channel, je conteste la présentation qui est faite de cette chaine et de la réalité économique qu'elle représentait.

Surf Channel a bénéficié d'un véritable accueil aux Etats-Unis, diffusant ses programmes dans près de 11 millions de Foyers sur le réseau International Channel et sur les plus importants réseaux câblés en Californie, dont Time Warner Câble et Charter Communication ainsi qu'en Asie sur Asiasat et en Europe (MCM International).

La cession des parts dont j'étais titulaire dans le capital de cette chaine s'est, par ailleurs effectuée par deux fois (l'article ne mentionnant qu'une transaction aux montants totalement fantaisistes) dans des conditions parfaitement régulières et conformes aux standards du marché et si une action a été introduite par d'anciens employés, comme c'est le cas pour de nombreuses entreprises de cette taille, ces derniers ont reconnu, dans le cadre d'un règlement amiable, que je n'étais responsable à leur égard d'aucun acte fautif.

Qu'il s'agisse donc de la Cinquième ou de Surf Channel, ma mise hors de cause est indéniable et contrairement à ce que suggère l'article, il n'existe aucun élément permettant d'en douter. »

 


PRECISION DE LA REDACTION DE LA TRIBUNE :

« Nous invitons le lecteur à se reporter au jugement intervenu dans la procédure intentée par les deux anciens employés de Surf Channel (cliquez ici pour le consulter). Ce jugement explique pourquoi les deux employés ont intenté une action contre Cyril Viguier, et que le jury a estimé que Cyril Viguier était coupable. Enfin, concernant la première cession de Surf Channel, le jugement indique que Jean-Pierre Murray, qui détenait un tiers du capital de la société, « a vendu le 4 mars 1999 sa participation pour 300.000 dollars à un groupe d'investisseurs conduit par Selim Zilkha », ce qui correspond à une valorisation de 900.000 dollars pour 100% du capital ».

 

Jamal Henni - 29/07/2011, 18:12  | 
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  • Max a écrit le 04/08/2011 à 13:51 :

    • Viguier et Sled sont deux amis de Sarkosy et ainsi remerciés par des postes sur France TV.

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  • loulou a écrit le 13/07/2011 à 13:39 :

    • c'est fou comme la "justice" est clémente à partir d'un certains nombres de zéros !!!!

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  • pm a écrit le 12/07/2011 à 12:26 :

    • Exactement le profil "bien en cour" ! Ceci dit, à son actif, le départ de Mireille Dumas, ce n'est pas rien !

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    • Viguier et Sled sont deux amis de Sarkosy et ainsi remerciés par des postes sur France TV.

      par Max le 04/08/2011 à 13:51

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