Les coulisses du psychodrame entre le Comité olympique et RMC

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Candidat à une chaîne sport dans le cadre de l'appel d'offres sur la TNT, Alain Weill a contesté devant le tribunal administratif le partenariat exclusif avec le Comité national olympique français (CNOSF). Les détracteurs du président du CNOSF, Denis Masseglia, lui reproche son soutien sans condition au projet de l'Equipe.

Dans quelle galère est allé se mettre Denis Masseglia ? Le président du Comité national olympique français (CNOSF) va recevoir ces jours prochains le contenu de la requête du tribunal administratif de Paris, suite à la plainte déposée contre le CNOSF par Alain Weill. Le PDG de NextradioTV dénonce le partenariat exclusif conclu avec le groupe Amaury, dans le cadre de la candidature de l'Equipe HD à la télévision numérique terrestre (TNT), et officialisé le 22 décembre dernier. Au c?ur de la polémique : les conditions dans lesquelles le CNOSF a mené « l'appel à partenariat » censé choisir sur un pied d'égalité entre deux projets, celui de RMC et celui de l'Equipe. En réalité, le CNOSF n'était pas obligé de prendre parti. Il aurait pu, comme cela a été envisagé à un moment, ne pas faire de faire de choix a priori, et se contenter d'imposer au gagnant son cahier des charges. Il en a décidé autrement.

Aux origines du projet

Denis Masseglia rêve depuis les années 90 d'une chaîne estampillée CNOSF, qui donne la voix aux petits sports. Il milite pour sa création une première fois en 1999, une deuxième fois 10 ans plus tard. Mais ni le Comité olympique, ni le ministère des sports ne voient d'un bon ?il un investissement lourd sans perspective de gains. Le président du CNOSF voit son heure arriver avec l'appel d'offres des six nouveaux canaux du CSA, et les nouvelles candidatures, d'abord de NextradioTV, qui lorgne pour la troisième fois pour une chaîne sport, et de l'Equipe. Des discussions sont entamées très en amont avec les partenaires potentiels, avant que l'appel à candidature ne soit lancé.

Le défilé des candidats devant le CNOSF

Le 29 novembre, RMC et L'Equipe viennent présenter devant les membres du CNOSF et les fédérations leurs projets. Les équipes d'Alain Weill « font une grosse impression. L'Equipe c'était un peu plus à la bonne franquette », explique un membre du CNOSF. Pourtant, Denis Masseglia ne cache pas son soutien au projet Amaury. Au point que le jour même, certains membres du conseil d'administration du CNOSF préviennent même le président de NextRadioTV de l'appui non dissimulé du président au projet Amaury. Le lendemain, le CNOSF est censé adouber l'un des deux projets. La presse est même convoquée. Coup de tonnerre, l'on apprend juste que le conseil a décidé... de ne rien décider. Selon nos informations, les partisans de RMC tentent de gagner du temps et demandent un supplément d'informations. Tous reprochent au président du CNOSF sont soutien sans condition à l'Equipe. « Il travestissait la réalité de la présentation d'Alain Weill », indique un témoin.

Officiellement, Denis Masseglia se défend d'avoir voulu favoriser l'Equipe en amont. « J'expliquerai devant le Tribunal que ce n'est pas le cas. Nous voulions une chaîne 100% sport, à destination de tous les sports, sans que les droits sportifs n'aient un impact sur la programmation, et qui soit à l'attention de tout public. Après, la différence s'est faite sur les aspects financiers, la gouvernance et les relations », indique le président à la Tribune.

RMC, l'Equipe, des propositions pas si éloignées

Les opposants de Masseglia réfutent ces arguments. Ils estiment que les propositions se valaient, malgré des approches différentes. Ainsi, selon nos informations, au niveau financier, RMC demandait 1,5 million d'euros de participation à la production, un montant supérieur au million d'euros que versait le CNOSF versait à son actuel partenaire, Orange, mais avec à la clef 300 à 400 heures de production de programmes et la diffusion de « 100 à 150 événements sportifs par an ». Le CNOSF pouvait aussi utiliser les images sur sa plateforme numérique.

Dans son côté, l'Equipe laisse le CNOSF produire ses images, mais participe à son financement, au minimum à hauteur de 500.000 euros en 2013, et progressivement jusqu'à 3,2% de son chiffre d'affaires en 2016, soit 1,28 million d'euros, s'il atteint 40 millions d'euros dans quatre ans, comme l'a proposé le groupe dans son plan de financement au CNOSF. Entre temps, L'Equipe a ainsi prévu d'engranger 12 millions d'euros de recettes en 2013, 20 millions en 2014, et 30 millions en 2015. Reste à savoir dans ce cadre là, combien il en coûterait au CNOSF pour solder la facture de la production.

En terme de gouvernance, le quotidien sportif a joué une carte égalitaire en proposant au CNOSF la parité sur les choix qui seront faits. Mais RMC proposait aussi un comité de pilotage intégrant 9 membres du CNOSF sur 20 personnes, et un siège pour le président du CNOSF au conseil d'administration. « Alain Weill proposait prendre en charge plus de choses, mais en même temps, ce n'est pas le métier du CNOSF de faire une chaîne de télé », explique un témoin des discussions.

Un contrepoids face à l'Equipe

Au-delà des conditions partenariales, certaines fédérations souhaitaient faire émerger un concurrent face à l'Equipe en position de force dans le sport. Etaient-ils majoritaires ? Pas sûr. « Même si la polémique n'avait pas existé, cela n'aurait rien changé. Toute l'année, les petits sports honnissent l'Equipe qui les traite mal, mais en même temps, les présidents de fédération souffrent du syndrome de Stockholm. L'Equipe continue de jouir d'une certaine aura dans le sport, tandis que la ligne de RMC n'est pas toujours bien perçue », se désole un administrateur du CNOSF.

Encore la main de Sarkozy

En marge de ce psychodrame, un autre épisode - plus politique celui-là est venu parasiter le débat. Quel rôle a joué Nicolas Sarkozy, fan de sport, dans l'affaire ? Comme l'a rapporté le Monde, Marie-Odile Amaury, la présidente du groupe, a rencontré fin octobre le président de la République évoquant ses projets pour le Parisien et la candidature de l'Equipe à une chaîne TNT. Selon nos informations, elle aurait reçu à cette occasion le soutien présidentiel. Soutien que, de sources concordantes, le président de la République a réitéré à Denis Masseglia lors de la remise de la légion d'honneur de Jacques Rogge, l'ancien président du Comité national olympique le 21 décembre dernier, la veille du vote décisif du CNOSF. Des témoins rapportent que le président a largement diffusé l'instruction présidentielle, ce que lui conteste. Les présidents de fédération ont-ils été influencés ? L'histoire ne le dit pas. Une chose est sûre, le lendemain, lors d'un nouveau conseil d'administration, 30 des 42 membres du CNOSF ont participé au vote. 22 ont soutenu l'Equipe, 5 à Alain Weill.

Epilogue

Avant de déposer plainte devant le Tribunal administratif, le PDG de NextradioTV le 3 février a écrit au CNOSF pour lui demander « si la délibération du conseil d'administration du CNOSF du 22 décembre [...], dans l'hypothèse où le dossier de NextradioTV serait retenu par le CSA, doit s'interpréter comme excluant un partenariat du CNOSF avec RMC Sport HD ou au contraire n'y faisant pas obstacle ». Dans sa réponse du 17 février et à laquelle la Tribune a eu accès, Denis Masseglia botte en touche : « une réunion du Conseil d'administration est programmée le jeudi 5 avril: la décision du CSA y sera à l'ordre du jour ». Officiellement, l'estampille CNOSF n'est pas censer jouer dans la décision des sages.

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