La Tribune

La crise économique ravage la presse espagnole

"20 Minutos" est désormais le dernier journal gratuit en Epagne.
"20 Minutos" est désormais le dernier journal gratuit en Epagne.
Gaëlle Lucas à Madrid  |   -  540  mots
Les quotidiens pâtissent à la fois de l'essor d'Internet et de la crise qui touche la presse occidentale en générale, mais aussi de la récession économique spécifique à l'Espagne qui mine les recettes publicitaires.

Et de trois. En quatre ans, trois quotidiens gratuits ont disparu des kiosques espagnols. Le dernier en date, « Qué » du groupede médias Vocento, a cessé d'être imprimé la semaine dernière, miné par la chute des recettes publicitaires, de plus de 10% en 2011. La publication rejoint ainsi « ADN » (groupe Planeta), disparu en décembre dernier, et « Metro », en janvier 2009. Le dernier quotidien gratuit à échelle nationale, « 20 Minutos » (groupe Schibsted) maintient son activité, mais a annoncé un plan social affectant 31 salariés sur un personnel de 190 personnes. La presse payante n'est pas mieux lotie. En février dernier, c'est "Público", le quotidien de gauche du groupe Mediapro, lancé en 2007 pour concurrencer "El País" (Prisa), qui abandonnait son édition papier pour s'investir à 100% sur le web.

Une chute de 50% de la pub depuis 2007
La presse espagnole est en proie à une grave crise, « la même que celle qui touche le journalisme du XXIème siècle en général, mais aggravée par la crise économique espagnole », explique Pedro Cifuentes, directeur du Master en Journalisme numérique de l'IE University. Entre 2007 et 2010, la presse quotidienne papier a ainsi perdu 10% de diffusion, notamment à cause de l'essor d'Internet. Elle a en outre pâti de la crise économique qui a fait plonger les recettes publicitaires. Entre 2007 et 2011, ces recettes ont ainsi baissé de 50,1% d'après un rapport de Deloitte pour l'AEDE, l'association des éditeurs de quotidiens espagnols. Toutefois, après des pertes de 41 millions d'euros en 2009, le secteur est parvenu à redresser la barre en 2010 avec un bénéfice de 58 millions d'euros. La chute du secteur a été relativement contenue en 2010 et 2011 grâce à un fort contrôle des coûts d'exploitation, qui ont baissé de 25% entre 2007 et 2011, et notamment de ceux concernant le personnel. Entre 2010 et 2011, les plans sociaux se sont multipliés, entraînant des économies de 132 millions d'euros pour le secteur. Les grands groupes ne sont pas épargnés. « El Mundo » (Unidad Editorial), le deuxième quotidien généraliste après « El País », a récemment mis en place un plan social affectant 142 personnes.

Prisa le mieux placé pour s'en sortir
Prisa, le premier groupe mondial de presse en langue espagnole, qui édite notamment « El País » serait « sans doute le mieux à même de s'en sortir grâce à ses forts investissements en Amérique Latine», estime une source du secteur. Cela n'a pas empêché le groupe de se défaire de 2.000 employés entre 2010 et 2011 afin d'économiser 65 millions d'euros, et d'annoncer de nouveaux départs, de moindre ampleur toutefois. Le groupe cherche par ailleurs à céder des actifs afin de réduire sa dette colossale de 3,4 milliards d'euros au 31 décembre 2011. « Nous négocions afin de nous défaire d'activités de taille considérable », a affirmé le président de Prisa, Juan Luis Cebrián, lors de la dernière assemblée générale du groupe le 30 juin. Dans la même optique, Prisa doit faire entrer dans son capital six de ses banques créancières dans une opération de conversion de dette en actions pour 334 millions d'euros. Le groupe a par ailleurs approuvé l'entrée de Téléfónica comme nouvel actionnaire pour 100 millions d'euros d'obligations convertibles en actions.

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