Google, le nouveau rédacteur en chef des médias européens ?

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David Drummond, le responsable au sein de Google des partenariats avec les médias, en septembre 2014. Le géant du Web a créé un fonds pour l'innovation dans les médias doté de 150 millions d'euros.
David Drummond, le responsable au sein de Google des partenariats avec les médias, en septembre 2014. Le géant du Web a créé un fonds pour l'innovation dans les médias doté de 150 millions d'euros. (Crédits : DR)
Lors du sommet du GEN, David Drummond, le vice-président senior de Google, a exposé les actions du groupe en faveur des médias.

« Nous avons foi en Dieu, les autres doivent fournir des données. »

David Drummond, le vice-président senior de Google chargé du développement et du juridique, a fait une apparition remarquée à Barcelone, lors du Sommet du GEN.

« Trouver un modèle économique pérenne pour le journalisme reste une question. Ne vous inquiétez pas trop pour le financement : comptez sur nous, sur nos ingénieurs, pour y travailler. » Il a encensé les technologies et les données pour produire des sujets et suivre les audiences, prêchant pour la nouvelle version de Google Trends « qui avait prédit la victoire de Cameron ».

Une homélie très applaudie.

Le bras de fer de Google avec l'Allemagne

Il y a un an, l'idole Google était le diable aux yeux des éditeurs européens, un démon utilisant leurs contenus sans reverser un centime. Ces médias, allemands pour la plupart, portaient alors sur les fonts baptismaux l'« Open Internet Project », une communauté forte de 400 fidèles convertis jusque dans les rangs du tourisme et de l'e-commerce.

Le 15 mai 2014, ils publiaient leur credo contre les monopoles de l'Internet et priaient la Commission européenne de sanctionner Google pour abus de position dominante.

En réponse, le géant américain a appliqué la loi du talion. En octobre dernier, il supprimait de ses sites la présentation des articles de 170 éditeurs allemands.

Un mois plus tard, Axel Springer capitulait, maudissant une perte de trafic de 40%. En décembre, Google News a fermé en Espagne, autre bastion pro-schisme. David Drummond a confessé que cette décision avait été « la plus difficile » de sa carrière. En France, les relations s'étaient détendues dès 2013 après que le géant américain avait accepté d'allouer 60 millions d'euros, via un fonds d'aide.

La veille recette de la multiplication des pains fait toujours des miracles. Pour revenir en grâce auprès des éditeurs européens, Google a promis en avril dernier la création d'un fonds pour l'innovation dans les médias doté de 150 millions d'euros.

« Nous avons reçu des milliers de marques d'intérêt à travers l'Europe. Nous préciserons les modalités de sélection en septembre », a souligné David Drummond, qui évoque déjà des partenariats avec The Guardian, El Pais et Die Zeit.

Google apportera aussi sa bénédiction - sonnante et trébuchante - à la formation professionnelle et à la recherche informatique appliquée aux médias. L'université de Londres est déjà sur les rangs.

« D'ici à la fin de l'année, nous publierons une étude sur les tendances de consommation de l'information et les nouveaux formats publicitaires. »

Le "don't be evil" de Google est-il un mythe ?

Bon Samaritain des médias, évangélisateur des rédactions, mais aussi saint patron de la liberté d'expression. Google a dévoilé cette ambition en évoquant le mystérieux projet « Shield » :

« Nous mobilisons nos serveurs à travers le monde pour protéger les sites médias contre les cyberattaques. Lors du conflit avec la Russie, nous avons maintenu l'accès à plusieurs médias ukrainiens. Nous avons déjà aidé 200 sites dans 50 pays, soit 650 millions de pages sauvées de la censure. »

David Drummond, qui n'était pas intervenu devant les éditeurs depuis cinq ans, a repris son bâton de pèlerin une semaine plus tard, aux Cannes Lions, devant les acteurs de la publicité. Un prosélytisme opportun : depuis un mois, deux autres colosses du numérique, Facebook et Apple, proposent eux aussi de distribuer les articles d'éditeurs partenaires au sein de leurs plateformes.

Mais eux promettent de partager les revenus publicitaires.

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