Mounir Mahjoubi, symbole du renouvellement, nommé secrétaire d'Etat au Numérique

Par Sylvain Rolland  |   |  998  mots
Mounir Mahjoubi a été nommé secrétaire d'Etat au Numérique. (Crédits : Capture d'écran YouTube)
Agé de 33 ans et symbole du renouvellement de la classe politique, Mounir Mahjoubi, ancien président du Conseil national du numérique (CNNum), a été nommé, mercredi 17 mai, secrétaire d'Etat au Numérique dans le gouvernement d'Edouard Philippe. Si son portefeuille ne comprend plus l'Innovation, rattachée à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, il se place directement sous l'autorité directe du Premier ministre, et non plus de Bercy.

Son nom se détachait depuis plusieurs semaines, comme l'écrivait La Tribune le 11 mai. Il a finalement été confirmé: Mounir Mahjoubi, 33 ans, intègre le gouvernement d'Edouard Philippe en tant que secrétaire d'Etat en charge du Numérique. L'ancien président du Conseil national du numérique (CNNum) succède à Fleur Pellerin, Axelle Lemaire et Christophe Sirugue. Il est aussi le benjamin du gouvernement.

A noter que contrairement à la fin du mandat précédent, le portefeuille de Mounir Mahjoubi n'englobe pas l'innovation, qui revient à Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Axelle Lemaire avait obtenu l'Innovation en plus du Numérique lors du départ du gouvernement d'Emmanuel Macron, à l'automne 2016.

En revanche, si le numérique n'obtient pas, comme l'équipe d'Emmanuel Macron l'avait un temps envisagé, un plein ministère, le secrétariat d'Etat n'est plus rattaché à Bercy, mais au Premier ministre. Le signe que son action a vocation à être transversale, ce qui est logique étant donné que le nouveau locataire aura à gérer des dossiers comme la réforme du droit d'auteur (avec le ministère de la Culture) ou le financement de l'innovation (rattachée à l'Enseignement supérieur et à la Recherche).

Un expert aligné sur le programme numérique d'Emmanuel Macron

La nomination de Mounir Mahjoubi est logique à plus d'un titre. Tout d'abord, Mounir Mahjoubi est un expert du numérique. Entrepreneur, il a cofondé plusieurs startups: FairSense, un site e-commerce de stickers décoratifs qui a fait faillite un an après sa création (2006-2007), le célèbre réseau d'achat en direct aux producteurs locaux La Ruche Qui Dit Oui (2010) et, en août dernier, le studio d'innovation French Bureau. Il a également co-fondé Le Bridge, une initiative pour connecter les entrepreneurs et investisseurs européens (2011-2012) ainsi que l'agence digitale Mounir & Simon, qu'il a dirigée de 2009 à 2012.

Au Conseil national du numérique (CNNum), qu'il a présidé de février 2016 à janvier 2017, le diplômé de Sciences Po Paris a porté des sujets qui se retrouvent au cœur du programme numérique d'Emmanuel Macron: la transformation numérique des PME/TPE, l'inclusion numérique et la nécessité d'une Europe du numérique.

Interrogé sur France Inter le 11 mai sur les cyberattaques dont En Marche! a été victime pendant la campagne, Mounir Mahjoubi en a profité pour réaffirmer les « trois piliers » du programme numérique d'Emmanuel Macron: le « numérique inclusif » autour de la transformation digitale des PME/TPE et de l'accès à internet des populations les plus fragiles, le développement de l'économie numérique (droit à l'expérimentation pour les startups, mesures fiscales pour faciliter l'investissement...) et la numérisation des services de l'Etat. Des sujets sur lesquels il est légitime.

Un nouveau visage issu de la société civile

Autre atout: Mounir Mahjoubi représente parfaitement le renouvellement générationnel cher à Emmanuel Macron. « Soyez prêts à voir de nouveaux visages », a-t-il d'ailleurs glissé sur France 24 le soir de l'élection de son mentor. Plutôt discret jusqu'à présent, le trentenaire est partout dans les médias depuis le 7 mai. A la fois pour incarner ce renouvellement et pour se faire connaître dans le cadre des élections législatives. Il se présente dans le XIXè arrondissement de Paris, face à un ténor socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, affaibli par le score du PS à la présidentielle. Reste à savoir comment cette nomination va impacter sa campagne.

Issu de la société civile, Mounir Mahjoubi est également un symbole de l'ascenseur social -il a grandi dans une famille peu aisée - et de la France multiculturelle - ses parents sont d'origine marocaine. Un signal fort pour Emmanuel Macron, attaché au renouvellement des pratiques et du personnel politique.

Pas un novice en politique

Enfin, le geek entrepreneur présente la grande qualité de ne pas être un novice en politique... sans en avoir fait non plus son fonds de commerce. L'ancien délégué syndical chez Club Internet (un job d'étudiant) a adhéré au PS à 18 ans. Il a ensuite contribué activement aux campagnes présidentielles de Ségolène Royal en 2007 (en créant la « Ségosphère ») et de François Hollande en 2012. Mais il a, par la suite, pris ses distances avec le parti. En réalité, son positionnement politique colle parfaitement à la « ligne Macron », notamment dans le numérique, à savoir un centrisme teinté de social, autant attaché à la modernisation de l'économie et à la simplification fiscale, qu'à la justice sociale et à l'égalité des chances.

« Comme entrepreneur, j'ai souhaité qu'il soit plus facile de recruter quelqu'un. Mais je suis aussi né dans une famille pauvre. Au PS, je n'ai jamais trouvé la résonance entrepreneuriale. A droite, l'impôt est vu comme quelque chose de punitif. En Marche! était le mouvement parfait pour moi, pour ce que je veux dans la vie », a-t-il confié à Libération le 7 mai dernier.

« Mounir sera très bon pour le poste » (Fleur Pellerin)

S'il ne fait pas partie du « premier cercle » autour d'Emmanuel Macron, Mounir Mahjoubi a toutefois rejoint le mouvement bien avant la valse des ralliements de dernière minute, dès le mois de janvier, et a travaillé sur le projet.

En revanche, l'entrepreneur n'a jamais eu affaire, dans sa carrière, à l'administration, dont il va découvrir les rouages. C'est d'ailleurs le seul bémol pointé du doigt par Fleur Pellerin, ancienne titulaire du poste jusqu'en 2014. « Je pense que Mounir serait très bon pour le poste, en revanche il ne connaît pas l'administration et cela peut être un handicap », disait-t-elle à La Tribune, en fin de semaine dernière. Axelle Lemaire peut confirmer. Les rapports de celle qui a succédé à Fleur Pellerin avec l'administration ont été un chemin de croix. Axelle Lemaire a d'ailleurs souvent dénoncé les « lourdeurs administratives » et ce corps qui lui a si souvent « mis des bâtons dans les roues ».