Mounir Mahjoubi, un "chief digital officer" au cœur de l'Etat

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Le nouveau secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi
Le nouveau secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi (Crédits : Reuters/Benoît Tessier)
Le décret précisant les attributions du nouveau secrétaire d'Etat au Numérique a été publié au Journal Officiel. Placé sous l'autorité directe du Premier ministre, Mounir Mahjoubi hérite d'un rôle pivot dans la transformation numérique de l'Etat. Quitte à s'éloigner de Bercy et de ses administrations.

Tout un symbole. En plaçant le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, sous la tutelle directe du Premier ministre plutôt que du ministère de l'Economie, comme c'était le cas jusqu'à présent, Emmanuel Macron place (enfin) le numérique au cœur de l'Etat. Logique : pendant la campagne, le nouveau président de la République avait expliqué ne plus vouloir considérer le numérique comme un secteur de l'économie, mais comme une lame de fond qui doit irriguer l'ensemble de l'action publique. Exit donc Bercy, bienvenue Matignon.

L'entrée en vigueur, ce lundi 29 mai, du décret d'application relatif aux attributions du nouveau secrétaire d'Etat au Numérique, confirme que Mounir Mahjoubi dispose d'un périmètre d'action plus large que celui de ses prédécesseurs Fleur Pellerin (mai 2012- avril 2014), Axelle Lemaire (avril 2014- février 2017) et Christophe Sirugue (février-mai 2017). Et ce, même en perdant l'Innovation, rattaché au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche dirigé par Frédérique Vidal.

Mission numéro 1 : dématérialiser 100% des services de l'Etat

Passer sous l'autorité d'Edouard Philippe transforme en réalité Mounir Mahjoubi en véritable "chief digital officer". Une fonction pivot depuis quelques années dans les grands groupes, qui désigne le responsable de la transformation digitale de l'ensemble de l'entreprise.

La fiche de poste du benjamin du gouvernement (33 ans) précise effectivement qu'il devra "préparer et coordonner [...] la politique de transformation numérique de l'Etat". Il est ensuite notifié que cette mission englobe particulièrement l'e-administration, c'est-à-dire le basculement vers un Etat 100% numérique comme le proposait Emmanuel Macron pendant la campagne, ainsi que la politique d'ouverture et de circulation des données publiques (open data).

Ses autres attributions confirment l'étendue de son périmètre d'action. En plus de porter la casquette de chief digital officer, Mounir Majhoubi peut aussi être considéré comme le nouveau DSI (directeur de services d'information) de l'Etat. Il pilotera effectivement le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique, pour les questions relevant de la direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat. Il aura aussi autorité sur le "réseau interministériel de l'Etat", c'est-à-dire le logiciel interne, et sur l'administrateur général des données, Henri Verdier.

Un poste très politique

Dans ce contexte, Mounir Mahjoubi devra faire preuve d'une certaine adresse politique pour gagner des arbitrages. Car contrairement à Fleur Pellerin et Axelle Lemaire, qui bénéficiaient d'une relative autonomie sur un certain nombre de dossiers, le nouveau secrétaire d'Etat devra passer son temps à collaborer avec les autres ministères et leurs administrations. Pas une mince affaire, ce qui peut expliquer pourquoi Emmanuel Macron a choisi un profil à la fois expert du numérique et doté d'un esprit très politique, plutôt qu'un entrepreneur.

Ainsi, la transformation numérique de l'Etat devra être menée "conjointement avec le ministre de l'action et des comptes publics", c'est-à-dire Gérald Darmanin. Mounir Mahjoubi devra aussi collaborer avec Bercy, donc Bruno Le Maire, sur les "questions relatives aux communications électroniques, au développement de l'économie numérique et à la transformation numérique des entreprises", à savoir le fameux plan pour la numérisation des PME/TPE qui devrait être une priorité du début de mandat.

Le secrétaire d'Etat, également candidat aux élections législatives à Paris -il ne pourra garder son poste que s'il est élu- sera aussi amené à travailler étroitement avec Muriel Penicaud, la ministre du Travail, sur les sujets liés aux "mutations numériques du travail", et avec Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, sur "l'éducation et la formation au numérique". Un enjeu crucial pour préparer les Français aux évolutions des métiers et à l'impact de l'automatisation et de l'intelligence artificielle sur le travail. Si les collaborations inter-ministérielles sont courantes, elles constitueront donc le cœur de l'action de Mounir Mahjoubi.

Coupé de Bercy, mais connecté à l'Agence du numérique

Que deviennent les startups et l'innovation dans ce dispositif ? La feuille de route publiée dans le Journal officiel ne mentionne pas une seule fois le mot "innovation", qui revient au ministère de l'Enseignement supérieur et à de la Recherche dirigé par Frédérique Vidal.

En revanche, Mounir Mahjoubi contribuera à la mise en place du volet numérique du "Programme d'investissements d'avenir" (PIA) et co-pilotera, avec Bruno Le Maire et Richard Ferrand (le ministre de la Cohésion des territoires), la Direction générale des entreprises (DGE), l'administration dont dépend l'Agence du numérique, chargée du développement de la French Tech, du Plan Très Haut Débit (PTHD) et du programme Société Numérique.

Pour les acteurs du secteur, ce nouveau périmètre est plutôt une bonne nouvelle. "Le numérique ne dispose pas d'administration spécifique, c'est plutôt logique pour qu'il s'immisce partout. Un ministère plein aurait été soit de l'affichage, soit il se serait fait aspirer par un grand portefeuille comme l'Economie", estime Loïc Rivière, le secrétaire général de Tech in France, le lobby des entreprises technologiques.

D'autres craignent que l'éloignement de Bercy et de ses administrations soit plutôt un obstacle. A l'image de Fleur Pellerin, ancienne ministre déléguée au Numérique. "Il manque de moyens. En sortant de la tutelle de Bercy pour passer sous celle du Premier ministre, et surtout en perdant l'autorité sur des services administratifs, le secrétariat d'Etat au Numérique sera coupé de leviers d'actions indispensables. Cela se traduira peut-être par une action plus interministérielle, mais aussi, je le crains, par un affaiblissement sur certains dossiers", explique-t-elle. À Mounir Mahjoubi de prouver le contraire.

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a écrit le 30/05/2017 à 1:19 :
Il y a déjà un chief digital officer, et il y a déjà un DSI. Les rôles sont fusionnés, et il s'agit d'Henri Verdier, qui assume ce rôle avec compétence et efficacité depuis des années. Lui ajouter quelqu'un au dessus pour faire de la com ne changera pas grand chose.

Dire que le périmètre de M. Mahjoubi est élargi par rapport à ses prédécesseurs est totalement faux : non seulement chacun des mots de son décret d'attribution ou presque était dans celui de Mme Lemaire, mais il a perdu non seulement toute l'innovation, mais aussi l'intégralité des télécoms (ce qui pour faire de la couverture numérique des territoires est fâcheux !).

En bref, il s'éloigne des services de Bercy qui du coup ne répondront pas à ses commandes, vu qu'ils ont d'autres ministres à servir, et se rapproche des services du Premier Ministre qui n'avaient vraiment pas besoin de lui...

Souhaitons-lui de réussir, mais on ne lui rend pas la chose facile...

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