Publicité : après le putsch sur HiPay… bientôt l'OPA ?

 |   |  1441  mots
Benjamin Jayet et Cyril Zimmermann à l'assemblée générale de HiPay, lundi 2 mai.
Benjamin Jayet et Cyril Zimmermann à l'assemblée générale de HiPay, lundi 2 mai. (Crédits : D.R)
Au terme d’un intense week-end de négociations, Cyril Zimmermann, le PDG de la régie publicitaire HiMedia, et l’actionnaire activiste Benjamin Jayet, qui voulait sa destitution, sont difficilement parvenus à un accord. Cyril Zimmermann reste à la tête de HiMedia et coupe les liens avec Benjamin Jayet, qui lui cède toutes ses parts. De son côté, Benjamin Jayet rachète les parts de Cyril Zimmermann et la moitié de celles de HiMedia dans la société-sœur HiPay, en pleine croissance et qui était depuis le début sa véritable cible. Il dispose désormais de 28% du capital. Tout proche d’une OPA.

Il était presque quatre heures du matin, ce lundi 2 mai, lorsque les deux camps sont enfin parvenus à un accord. La fin d'un long week-end de négociations, qui a débuté dès le vendredi 29 avril au soir. L'épilogue, surtout, d'une guerre interne sanglante entre Cyril Zimmermann, le PDG de la régie publicitaire HiMedia, et son premier actionnaire, l'activiste toulousain Benjamin Jayet, via son fond BJ Invest.

Ce dernier s'était renforcé au capital de HiMedia ces derniers mois, passant de 7% à 16,48%. L'actionnaire activiste dénonçait des pratiques de gestion "inacceptables" de la part de Cyril Zimmermann, le rendant responsable de l'année 2015 difficile de HiMedia et critiquant sa stratégie de redressement. Il lançait également des résolutions en vue de l'assemblée générale du 3 mai pour destituer Zimmermann et deux autres membres du conseil d'administration.

En réponse, Cyril Zimmermann lâchait les boules puantes sur le passé judiciaire de Benjamin Jayet pour décrédibiliser ses attaques. Il se lançait également dans une surenchère en justice, en répondant aux poursuites de Benjamin Jayet par d'autres poursuites judiciaires. Selon Cyril Zimmermann et l'ensemble du conseil d'administration de HiMedia, l'actionnaire activiste ne cherchait qu'à déstabiliser l'entreprise pour prendre le contrôle à prix réduit de sa société-sœur, HiPay, en pleine croissance et concurrente de Gibmedia... Une société dirigée par Benjamin Jayet.

Mais malgré des résultats du premier trimestre 2016 en nette amélioration, signe de la validité de la stratégie de Cyril Zimmermann, les critiques de Benjamin Jayet faisaient effet. Certains gros actionnaires de la société avaient fini par lâcher le patron, notamment le fonds Eximium (8,69%), mais aussi le cabinet de conseil aux actionnaires Gouvernance en action, qui regroupe une trentaine de "petits" investisseurs désireux d'en finir avec la gestion Zimmermann. L'assemblée générale des actionnaires de HiMedia, mardi 3 mai, s'annonçait explosive.

Benjamin Jayet lâche HiMedia...

Finalement, il risque de ne pas y avoir beaucoup d'éclats de voix le 3 mai, car la bombe a été déminée. L'annonce de l'accord est tombée juste avant l'assemblée générale de HiPay, qui s'est tenue ce lundi matin devant des actionnaires décontenancés.

Dans le détail, Benjamin Jayet accepte de ne plus jouer les trublions, puisqu'il va céder toutes les parts qu'il détenait dans HiMedia, soit 16,48%. 10% du capital est racheté par la société "à un prix préférentiel". Le solde, environ 6%, est acheté "au prix du marché", soit 7,80 euros l'action, par Cyril Zimmermann. L'actionnaire activiste s'engage aussi à ne pas voter ses propres résolutions lors de l'assemblée générale de mardi 3 mai, à savoir la destitution de Cyril Zimmermann. Les deux parties renoncent aussi à leurs poursuites judiciaires.

Au final, Cyril Zimmermann reste patron, se débarrasse de son actionnaire turbulent et devient même, avec environ 12% du capital, le premier actionnaire de sa société. De quoi "renflouer HiMedia avec du cash et apporter la sérénité nécessaire à son bon développement", explique-t-il à La Tribune.

... pour prendre le contrôle d'HiPay

De quoi surtout faire passer la pilule du coup de force de Benjamin Jayet, qui obtient en contrepartie ce qu'il voulait depuis le début: HiPay.

"Sur la base des cours de clôture de vendredi 29 avril 2016", à savoir 10,37 euros l'action, son fonds, BJ Invest, acquiert la moitié des actions détenues par HiMedia dans HiPay, soit 10% du capital. Cet achat sera payé "en partie en actions HiMedia et en partie en numéraire". BJ Invest acquiert également toutes les actions HiPay détenues par le fonds United Internet, soit 8,37% du capital, ainsi que la participation jusqu'ici détenue par Cyril Zimmermann (2,38%).

Si l'on ajoute les 7,25% déjà détenus par le fonds BJ Invest, Benjamin Jayet totalise désormais 28% du capital de HiPay. Il devient donc son premier actionnaire. "Pour refléter la nouvelle position" de la société, le Conseil d'administration doit être changé. Benjamin Jayet en devient le nouveau président et nommera un nouvel administrateur à ses côtés. HiMedia devient administrateur et sera représenté par Cyril Zimmermann.

Bref, Benjamin Jayet réussit l'exploit de devenir l'actionnaire principal de HiPay, et ce sans avoir acheté la moindre action sur les marchés depuis le "spin off" de juillet dernier, c'est-à-dire la séparation entre HiMedia et HiPay pour créer deux entités indépendantes.

Un regroupement entre HiPay et Gibmedia pas prévu... pour l'instant

A l'Assemblée générale de HiPay, le passage de micro entre Cyril Zimmermann et Benjamin Jayet a été plutôt froid. Radieux, le nouvel homme fort d'HiPay s'est décrit comme un "actionnaire heureux".

"Cet accord est le meilleur auquel on pouvait parvenir" précise-t-il à La Tribune.

"Il était temps d'en finir, pour le bien des deux sociétés, car la poursuite du conflit comportait des risques pour chaque partie", ajoute Loïc Jauson, le directeur général de BJ Invest.

De son côté, Cyril Zimmermann s'estime satisfait du dénouement. "Depuis le spin-off, HiPay était déjà presque vendue à mes yeux. Mais je voulais la céder à un prix raisonnable. Je regrette juste des coups de pression qui ont fait du mal à l'image de l'entreprise", ajoute-t-il.

Désormais, tous les regards sont tournés vers Benjamin Jayet. Lors de l'assemblée générale, Cyril Zimmermann a lancé qu' "il y aura peut-être des choses à faire ensemble entre HiPay et Gibmedia", poussant Benjamin Jayet à préciser que ce n'est pas prévu, au moins "dans les prochains mois".

"S'il y a un regroupement des activités de micro-paiement de Gibmedia et de HiPay, ce sera plus tard et ce sera pour grossir ensemble dans un très petit segment de marché", ajoute-t-il.

En revanche, une fusion entre les deux entreprises n'apparaît pas pertinente, car HiPay réalise la moitié de son chiffre d'affaires (13 millions d'euros sur 26) sur la monétique, c'est-à-dire la gestion des transactions des cartes bancaires.

Vers une OPA de Benjamin Jayet sur HiPay ?

Par contre, la question d'une OPA est sur toutes les lèvres. Avec 28% du capital de HiPay, Benjamin Jayet est tout proche du seuil de 30%, qui l'obligerait à déclencher une OPA. Interrogé sur le sujet, il botte en touche.

"Nous devons d'abord faire une déclaration à l'AMF et nous préciserons nos intentions à ce moment-là", explique-t-il, tout en assurant qu'il ne souhaite pas "chambouler l'organisation et les équipes de HiPay, à l'origine du succès de la société".

Le suspense ne devrait pas durer longtemps, puisque la déclaration à l'AMF devrait être faite très vite. Certains actionnaires voient l'OPA arriver "dès la fin de la semaine, pour profiter d'un cours de Bourse encore faible". Effectivement, la société HiPay a pâti des turbulences qui ont concerné sa jumelle HiMedia et présente un grand potentiel de croissance, notamment dans la monétique. Aux yeux de nombreux analystes, HiPay est ainsi largement sous-valorisée à l'heure actuelle.

"Benjamin Jayet nous a pris pour des cons"

Benjamin Jayet apparaît donc comme le grand gagnant de la crise, même si Cyril Zimmermann sauve les apparences et se renforce dans HiMedia. En revanche, les petits actionnaires, ceux qui ont vu les cours de Bourse fondre depuis le spin off de juillet 2015 et qui ont perdu, parfois, beaucoup d'argent, sont, pour certains, assez amers.

"Tout ce bordel pour ça... Une guéguerre entre actionnaires qui n'avait finalement rien à voir avec la gestion d'HiMedia", glisse l'un d'entre eux en dégustant une pâtisserie, juste avant le début de l'assemblée générale.

"Ces enjeux nous dépassent, mais j'en ressors avec le sentiment que Benjamin Jayet nous a pris [les petits actionnaires, NDLR] pour des cons, confie un deuxième actionnaire à La Tribune. Il s'est fait passer pour le chevalier blanc qui va sauver HiMedia et qui défend les petits, mais au final il a lâché ses parts dans HiMedia pour prendre 28% dans HiPay, alors qu'il disait que ça ne l'intéressait pas", poursuit celui qui s'apprêtait pourtant à soutenir Benjamin Jayet à l'assemblée générale de mardi.

Un troisième, plutôt dans le camp Zimmermann, ne se fait guère d'illusions sur la suite des événements.

"Ceux qui voulaient voter contre Cyril Zimmermann se sont tirés une balle dans le pied. Le résultat est qu'avec l'OPA à venir, on va se faire déposséder HiPay à bas prix, beaucoup trop tôt, avant que le cours remonte trop. Tout bénef' pour lui".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :