Quand les télécoms lorgnent de nouvelles industries

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Les services financiers sur mobile suscitent de plus en plus l'intérêt des opérateurs télécoms.
Les services financiers sur mobile suscitent de plus en plus l'intérêt des opérateurs télécoms. (Crédits : Reuters)
Face à la concurrence des géants du Net sur leur cœur de métier et dans leur quête de nouveaux relais de croissance, les opérateurs télécoms n’hésitent plus à prendre pied dans de nouveaux secteurs, comme la banque, les villes intelligentes (smart cities), voire la santé.

Après des années de déclin, marquées par le séisme provoqué par l'arrivée de Free et de ses offres à prix cassé, le marché français des télécoms reprend des couleurs. Une tendance en partie confirmée par les résultats annuels d'Orange, le leader français du secteur, qui a retrouvé en 2015 le chemin de la croissance. Et ce pour la première fois depuis près de six ans et demi. Reste que dans l'Hexagone comme au niveau mondial, la filière est confrontée à la montée en puissance des géants américains du Net. En outre, elle éprouve des difficultés à trouver des relais de croissance en tant que simple fournisseur de connectivité.

Tel est le constat de PwC Strategy&, dans une étude publiée ce lundi. De plus en plus d'opérateurs télécoms se voient ainsi attaqués sur le cœur de métier. Ainsi, l'an dernier, « 26 milliards de messages ont été échangés sur des plateformes comme WhatsApp ou Facebook Messenger, contre seulement 5,5 milliards de SMS, constate Pierre Péladeau, un des dirigeants du cabinet. De même, Skype pèse désormais un tiers de la voix à l'international. » Il cite aussi Google, qui investit dans la fibre optique dans certaines villes américaines. Ou encore Facebook qui déploie Free Basics, son Internet gratuit maison, dans plusieurs pays en développement.

Un appétit pour les médias

Face à cela, les opérateurs télécoms - surtout ceux qui comme en France, sont confrontés à une forte concurrence - ne tablent plus uniquement sur la connectivité. Pour augmenter leurs revenus, beaucoup misent aujourd'hui sur les médias. En témoigne la folle fringale de Patrick Drahi, le patron d'Altice (Numericable-SFR), sur ce créneau. Récemment, il a ainsi mis la main sur NextRadioTV (BFMTV et RMC), et a lancé Zive, une plateforme de streaming vidéo visant à concurrencer Canalplay ou Netflix.

Mais beaucoup d'acteurs veulent aller plus loin, et n'hésitent plus à investir de nouveaux secteurs, en dehors de leur écosystème. D'après PwC Strategy&, les services financiers sur mobile, la e-santé, la maison intelligente, les voitures connectées et les villes intelligentes constituent les principales industries où les télécoms ont une carte à jouer :

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Pour le cabinet, les services financiers sur mobile constituent, de loin, l'industrie la plus intéressante pour les opérateurs : d'ici à 2020, leur part de marché pourrait ici s'élever de 11 à 33 milliards de dollars. « Les acteurs des télécoms peuvent intervenir à plusieurs niveaux, précise Pierre Péladeau. Il y a le transfert d'argent - qui concerne surtout les pays en développement -, le m-commerce,  les systèmes de paiement sans contact, et la banque mobile, qui permet par exemple d'obtenir des prêts. » Il cite ainsi Orange, qui permet aux Africains d'échanger de l'argent via son appli Orange Money. Surtout, le leader français des télécoms est en train de racheter Groupama pour se muer en une véritable banque mobile. Mais il y a aussi l'opérateur norvégien Telenor, qui a racheté KBC Banka, une banque présente en Serbie, courant 2013.

D'après Pierre Péladeau, les opérateurs télécoms disposent de gros atouts sur ce terrain de jeu :

« Ils connaissent bien les clients, disposent de gros réseaux de distribution [à travers leurs boutiques, Ndlr]... Surtout, ils pourront jouer sur des prix attractifs, en intégrant les services financiers dans leurs offres existantes, en plus de l'accès à Internet, de la télévision ou de la téléphonie mobile. »

La e-santé, un segment gagnant ?

Parmi les marchés les plus prometteurs pour les opérateurs, il y a aussi la e-santé. Pour Strategy&, cela fait déjà plusieurs années que les « telcos » lorgnent ce secteur. Mais ils ont globalement eu du mal à s'y faire une place. « Pour faire adopter une nouvelle solution de diagnostic médical dans des hôpitaux, par exemple, il faut convaincre les médecins, les mutuelles, la sécurité sociale et beaucoup d'autres organismes spécialisés, ce qui n'est guère facile », explique un expert du cabinet. En revanche, celui-ci constate que les « wearables » (ou technologies portables comme les bracelets et textiles connectés) pourraient offrir des débouchés pertinents, notamment pour suivre en continu l'état d'un patient et les consultations à distance.

Les opérateurs investissent aussi de plus en plus le secteur de la maison intelligente, qui à l'avenir, permettra notamment de mieux gérer l'électricité, le chauffage et l'eau en fonction de ses habitudes de consommation. Mais aussi de déployer de nouveaux services connectés, liés à la surveillance, les loisirs ou la santé. D'après Strategy&, ce marché pourrait peser quelques 7 milliards d'euros d'ici à 2020 pour les opérateurs télécoms.

Les promesses de l'Internet des objets

Parmi les autres segments attendus en forte croissance, il y a celui de la voiture connectée. « Ici, de nombreuses applis voient le jour concernant la sécurité ou la gestion à distance de l'auto. Mais c'est du côté du divertissement [jeux vidéo, films...] que les débouchés apparaissent pour l'heure les plus importants pour les acteurs des télécoms », précise Stratégy&, qui juge que leur part de marché pourrait s'élever à 10 milliards d'ici à 2020.

Enfin, il y a les « smart cities » (ou villes intelligentes). Beaucoup d'opérateurs comme Orange et Bouygues Telecom investissent ce créneau, via, notamment, de nouveaux réseaux bas débit dédiés à l'Internet des objets. L'objectif ? Développer des services en connectant des produits ou des actifs industriels, comme des bouteilles de gaz, des compteurs à eau, des camions ou des lampadaires. Reste que pour les experts de Strategy&, la « smart city » devrait davantage concerner les équipementiers télécoms (comme Cisco ou Huawei) que les opérateurs.

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Commentaires
a écrit le 19/02/2016 à 11:24 :
Je pense plutôt que la crise économique étant permanente chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il y a, les marchés en croissance sont de plus en plus rares du coup chacun cherche la perle rare qui lui permettra de moins perdre.

Les actionnaires milliardaires ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis que voulez vous...
a écrit le 19/02/2016 à 10:31 :
Aucune société de Telecom mis à part un petit opérateur de Suresnes Vivaction s intéresse à la protection de la voix et la data sur les mobiles ! Nos sociétés françaises se font piller dans les aéroports et les hôtels des Qu un cadre part à L étranger ! Et on regarde la chose béatement ! Alors Qu il existe une protection Squarway qui en plus optimise les cours de roaming !
a écrit le 19/02/2016 à 8:31 :
A mon humble avis, cette diversification est vouée à l'échec: ce n'est pas le métier des sociétés télécoms qui sont des sociétés "utilités" qui ne sont pas innovantes. La majorité d'entre elles sont endettées lourdement et il faut pouvoir financer. Si c'est pour faciliter des transferts de fonds en Afrique, cela peut marcher mais je doute que ce type de business rapporte beaucoup. Toutefois, c'est un argument de vente de service télécoms, qui est le cœur de leur métier.
Cordialement

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