Quel projet politique pour Mark Zuckerberg, possible prétendant à la Maison-Blanche ?

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Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, multiplie ces derniers mois les positions politiques sur tous les sujets, esquissant sa vision de la société et de l'économie.
Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, multiplie ces derniers mois les positions politiques sur tous les sujets, esquissant sa vision de la société et de l'économie. (Crédits : Reuters/Mariana Bazo)
Même s'il nie se préparer l'élection présidentielle américaine de 2020, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, multiplie les signes de son entrée en politique. Mais quelles sont vraiment ses convictions ?

A quoi ressemblerait une présidence de Mark Zuckerberg à la tête des Etats-Unis ? Même si le patron de Facebook nie catégoriquement briguer la Maison-Blanche, il est passé maître dans l'art d'entretenir le doute sur sa possible entrée en politique.

Et pour cause : en janvier, l'entrepreneur multi-milliardaire de 33 ans s'est lancé dans une "tournée des Etats-Unis" d'un an, à la rencontre des Américains, qui ressemble furieusement à un traditionnel rodéo de pré-campagne. Depuis, il a aussi engagé l'ancien directeur de campagne de Barack Obama pour gérer sa fondation. Puis, entre autres recrutements de personnalités connues dans le monde politique, il a débauché le sondeur en chef d'Obama, qui fut surtout le directeur de la stratégie de la campagne d'Hillary Clinton en 2016... De quoi persuader les médias américains que "Zuck" veut effectivement détrôner Donald Trump en 2020.

D'autant plus que le patron de Facebook a multiplié ces derniers mois les discours publics et les prises de position politiques sur tous les sujets. Il s'est aussi positionné parmi les contempteurs de Donald Trump, ce qui permet de se faire une idée plus précise de ses convictions, clairement très progressistes et situées du côté démocrate de l'échiquier politique américain.

Environnement : rester dans l'accord de Paris, privilégier les énergies renouvelables

Le réchauffement climatique est l'un des sujets de prédilection de Mark Zuckerberg, et une source d'opposition frontale avec l'actuel locataire de la Maison-Blanche. Le 1er juin dernier, suite au rejet des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, le jeune Pdg a ainsi écrit sur sa page Facebook :

"Se retirer de l'accord de Paris est mauvais pour l'environnement, mauvais pour l'économie, et met l'avenir de nos enfants en danger. Nous ne pouvons arrêter le changement climatique qu'en étant une communauté mondiale, et nous devons agir ensemble avant qu'il soit trop tard."

Et d'annoncer, dans la foulée, l'engagement de Facebook d'alimenter 100% de ses nouveaux datacenters, très polluants, avec des énergies renouvelables. S'il n'a pas précisé l'ampleur des investissements qui seraient d'après lui nécessaires pour sortir de l'ère des énergies fossiles, le fondateur du premier réseau social en ligne estime que l'avenir de la planète et de l'indépendance énergétique des Etats-Unis passe par les énergies renouvelables.

Société : pour un "nouveau contrat social" et un revenu universel face à l'automatisation des métiers

Le 25 mai dernier, Mark Zuckerberg a été invité à Harvard pour prononcer le traditionnel discours de remise des prix de la dernière promotion. L'ancien étudiant de la prestigieuse grande école américaine, qu'il a quitté non-diplômé pour se consacrer à Facebook, a profité de cette tribune pour prononcer un discours-fleuve, considéré comme sa profession de foi politique.

Dans ce discours très remarqué aux accents sociaux, Mark Zuckerberg a défendu un "nouveau contrat social", dans lequel il prône une expérimentation du revenu universel financé par les plus riches, pour compenser l'automatisation progressive des métiers et l'impact des technologies:

"Le temps est venu d'identifier les engagements qui définiront notre génération. Notre génération sera confrontée à des dizaines de millions d'emplois remplacés par l'automatisation. [...] Nous devons explorer des idées comme le revenu universel afin de donner à chacun une sécurité permettant d'essayer de nouvelles choses. Bien sûr, ce ne sera pas gratuit. Des gens comme moi devront payer pour cela", explique-t-il, traduisant une volonté d'imposer les plus riches pour financer cette mesure.

Et d'enchaîner sur sa vision de l'action publique :

"Entreprendre de grands projets pertinents est la première chose que nous pouvons faire pour créer un monde où chacun a un but dans la vie. La seconde est de redéfinir l'égalité des chances afin d'offrir à tous la possibilité d'atteindre ses objectifs."

Rompant avec le mythe du self made man américain et une vision libérale de la réussite, Mark Zuckerberg a insisté sur la nécessité de résorber les inégalités sociales et de repenser la société, et notamment l'éducation, à l'aube des grands changements climatiques et technologiques.

"Nous savons tous qu'il ne suffit pas d'avoir une bonne idée ou de travailler dur pour réussir. La réussite est aussi liée à la chance. Si j'avais dû m'occuper de ma famille au lieu de consacrer mon temps libre au codage, si je n'avais pas su que tout irait bien pour moi si Facebook ne fonctionnait pas, je ne serais pas là aujourd'hui."

Justice : pour une réforme carcérale, soutien aux droits de la communauté LGBTQ

Dans la lignée de son approche sociétale, Mark Zuckerberg milite pour une réforme drastique de la politique carcérale américaine. En février, il rendait visite à Anthony Ray Hilton, injustement condamné à mort dans l'Alabama et libéré après 28 années d'emprisonnement. Dans son post sur Facebook détaillant son "tour d'Amérique", en janvier dernier, l'entrepreneur écrivait :

"Le fait le plus frappant est que ces enfants sont plus susceptibles de devenir des criminels après avoir été détenus qu'ils ne l'étaient avant d'entrer. Le système correctionnel construit un réseau social négatif et auto-renforcé pour les prisonniers."

Le patron de Facebook, qui vit dans une Silicon Valley très progressiste, est aussi un soutien de longue date du mariage gay et de l'égalité des droits pour les personnes transgenres. En mars 2016, il avait cosigné, avec d'autres entreprises tech, une tribune pour protester contre la loi adoptée en Caroline du Nord obligeant les personnes transgenres à se rendre dans les toilettes de leur sexe d'origine plutôt que dans celles de leur sexe d'adoption. Il s'est aussi rendu, et ce n'est pas la première fois, à une Gaypride cette année pour afficher son soutien à la communauté LGBTQ (lesbienne, gay, bi, trans et queer).

Santé, éducation : pour le règne du big data

En matière de santé et d'éducation, Mark Zuckerberg est un fervent défenseur de la personnalisation des services grâce aux nouvelles technologies, et notamment au big data. Le patron de Facebook et sa femme militent ainsi pour la démocratisation du concept de "personalized learning" (apprentissage personnalisé) dans les écoles, et soutiennent des initiatives - privées - qui promeuvent un apprentissage au rythme de chaque élève, grâce à des logiciels d'éducation. Zuckerberg a réalisé plusieurs dons (100 millions de dollars en 2010, 120 millions en 2014) à certaines écoles.

Dans le domaine de la santé, l'entrepreneur pense, comme les transhumanistes, que les technosciences peuvent abolir les maladies. Fin 2016, il a investi trois milliards de dollars, via sa fondation, dans la lutte contre les maladies, avec l'ambition de "toutes les guérir". Zuckerberg est aussi favorable à l'Obamacare, l'extension de la couverture maladie remise en question par Donald Trump.

Immigration : pour une Amérique inclusive

En phase avec les autres géants de la tech, Mark Zuckerberg est vent debout depuis plusieurs mois contre les réformes de Donald Trump visant à restreindre l'immigration. Une position à la fois politique et pragmatique, puisque les entreprises tech ont besoin d'attirer du personnel qualifié de partout dans le monde pour continuer à prospérer, ce que compliquerait une politique migratoire plus dure.

"Les Etats-Unis sont une nation d'immigrants, et nous devrions en être fiers", a-t-il martelé dans un post sur Facebook, dans lequel il dévoile que ses arrière-grands parents venaient d'Allemagne, d'Autriche et de Pologne, et que les parents de son épouse Priscilla "étaient des réfugiés venant de Chine et du Vietnam".

Optimisme sur l'intelligence artificielle

Enfin, et sans surprise, Mark Zuckerberg est un technophile convaincu. Il disserte à loisir sur l'évolution des technologies et leur impact sur l'économie et la société. Facebook investit d'ailleurs des milliards de dollars dans l'intelligence artificielle, le deep learning ou la réalité virtuelle et augmentée, que ce soit au travers d'acquisitions de startups ou de recherches menées en interne.

Sur les sujets d'actualité, il s'oppose quasiment en tous points à la politique menée par Donald Trump. Contrairement au chef d'Etat, Mark Zuckerberg soutient la neutralité du Net, remise en question par l'actuel gouvernement. Comme la plupart des entrepreneurs de la Silicon Valley, il a aussi soutenu Apple dans sa lutte contre le FBI et contre le gouvernement sur le sujet du chiffrement des données et des communications.

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Commentaires
a écrit le 12/08/2017 à 20:09 :
Son programme :
Changer l'Amérique profonde.
Deja décréter que l'extrêmisme n'est pas de la liberté d'expression.
Combattre toutes les discriminations.
a écrit le 12/08/2017 à 15:57 :
En voila un qui a enfin compris; si nous sommes tous au chômage, il n'y a plus e consommateurs !
a écrit le 10/08/2017 à 14:11 :
Trump, pantin grotesque des marchés financiers, baudruche qui se dégonfle puissamment, est en train de lui dérouler le tapis rouge, c'est réellement une voie royale pour lui. Espérons juste que son programme ne soit aps celui de Clinton sinon c'est totalement inutile.
a écrit le 09/08/2017 à 18:36 :
Mark Zuckerberg deviendrait homme politique ? C'est-à-dire ferait des conférences, des visites de marché, serrerait des milliers de mains d'inconnus avec le sourire ?
Je croyais qu'il était un peu "sauvage", type ermite moderne et que c'était la raison pour laquelle il a inventé Facebook, un monde d'amis virtuels qui vous foutent la paix puisque qu'ils ne sont pas là pour de vrai. Il suffit de débrancher son ordi et son portable pour qu'ils vous lâchent les baskets.
Avoir des idées, philosopher, donner des conseils est une chose ; faire de la politique nécessite d'aimer les gens pour les supporter au quotidien (le Peuple, les medias et tout le monde des gens de pouvoir - et ils sont nombreux - qu'il faut côtoyer et caresser dans le sens du poil, pour espérer pouvoir faire quelque chose de son pouvoir).
Réponse de le 10/08/2017 à 9:11 :
Moi ce système ou les politiques ne sont pas professionnels et ont connu le monde de l entreprise me plaît. ... marre des As du fauX semblant au sourir commercial qui parlent sans savoir.
a écrit le 09/08/2017 à 18:34 :
l'etat profond remonte a la surface...
Réponse de le 09/08/2017 à 18:48 :
Oui mais c'est mieux que de vivre dans l'illusion et les mensonges.
Vivons vrai et fort à 360 degré...
a écrit le 09/08/2017 à 18:14 :
On peut ne pas être totalement convaincu par le patron de Facebook au vu des pratiques commerciales, financières, éthiques du groupe. Mais c'est tout de même plus intéressant que Trump!
a écrit le 09/08/2017 à 17:36 :
Après les Bush, Clinton, Obama, Trump, je ne vois pas comment Mark Zuckerberg pourrait faire pire? Enfin c'est mon avis.
a écrit le 09/08/2017 à 17:34 :
Et comme chef de facebook, il developpe une espece de stasi privee afin de tracer non seulement ceux qui utilisent son appli mais aussi les autres (cf profils fantomes). De meme facebook utilise comme les autres GAFA l optimisation fiscale afin de pas payer d impots et il faudrait mettre un revenu universel qui va faire exploser les impots ?

Entre les discours et les actes, il y a un monde
a écrit le 09/08/2017 à 13:51 :
C'est un bon candidat, pour les prochaines élections, il pourra vraiment bien représenter la nouvelle Amérique, enterrer l'ancien image de l'Amérique, je pense même qu'il aurait dû se présenter déjà à cette dernière élection.
Trump il est de l'ancienne école, la même école que Bush et Co.

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