Réseaux sociaux : comment les gouvernements désinforment l'opinion publique

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Les chercheurs ont confirmé que les algorithmes de Facebook et Twitter mettaient en avant les contenus erronés provenant des gouvernements.
Les chercheurs ont confirmé que les algorithmes de Facebook et Twitter mettaient en avant les contenus erronés provenant des gouvernements. (Crédits : Reuters)
Dans une vaste enquête universitaire menée dans neuf Etats, des chercheurs d'Oxford ont étudié les stratégies des gouvernements pour diffuser leur propagande ou de la désinformation à travers Facebook, Twitter ou Reddit. En Russie ou aux Etats-Unis, des armées de bots informatiques envahissent les réseaux sociaux pour contribuer à la propagation d'informations erronées.

"La propagande informatique est à présent l'un des outils les plus puissants contre la démocratie". Ce constat terrible issu d'une étude de l'université d'Oxford publiée ce 21 juin est sans appel pour les réseaux sociaux. D'après cette enquête menée par douze chercheurs, les réseaux sociaux sont largement utilisés par les gouvernements pour diffuser leur propagande, désinformation ou manipulation. Les chercheurs ont ainsi étudié l'usage de ces plateformes par les gouvernements de neuf pays (Etats-Unis, Chine, Russie, Pologne, Brésil, Canada, Allemagne, Ukraine et Taïwan). Ils ont interrogé 65 experts, analysé des dizaines de millions de publications mis en ligne sur sept réseaux sociaux différents (Twitter, Facebook, Reddit,..). Ils ont également confirmé à travers leur vaste enquête que la diffusion "des mensonges et de la désinformation", issus de la propagande traditionnelle, est favorisée par les algorithmes de Facebook et Twitter, explique le professeur d'Oxford, Phil Howard.

" Des régimes utilisent des bots politiques, construits pour ressembler et agir comme de réels citoyens, pour réduire au silence les opposants et appuyer des messages officiels d'Etat. Les équipes de campagne et leurs soutiens déploient des bots politiques - et de la propagande numérique plus largement - durant les élections dans le but d'influencer le vote ou dénigrer les critiques".

L'équipe de scientifiques a ainsi distingué deux principaux usages selon le type de régime :

- Dans les pays autoritaires : les réseaux sociaux sont d'abord utilisés pour exercer un contrôle social. Cela est encore plus vrai durant les périodes de crise politique ou sécuritaire;

- Dans les démocraties : les réseaux sociaux sont activement utilisés à des fins de propagande numérique "soit par de larges efforts de manipulation de l'opinion ou des expérimentations ciblées sur des segments particuliers du public".

La Russie à la pointe de la propagande

La propagande du Kremlin, étudiée par les chercheurs, semble particulièrement élaborée avec une véritable stratégie. Selon un résumé de l'étude de cas de la Russie, "la propagande numérique du gouvernement russe cherche à protéger le leadership de Poutine, de ses opposants et ses actions de politique étrangère, qui mettent régulièrement en avant les intérêts russes contre l'occident".

> Lire aussi : Qui est Alexeï Navalny, le principal opposant de Vladimir Poutine ?

Ainsi, l'exécutif russe est régulièrement soupçonné d'intervenir dans les campagnes électorales d'autres pays comme aux Etats-Unis ou en France à travers les réseaux sociaux. Mais les usagers russes sont également confrontés à une forte propagande domestique, selon le rapport consacré à ce pays. D'après l'équipe de chercheurs, le Kremlin a d'abord voulu exercer son influence à l'échelle de son territoire.

Leur travail montre que la Russie a d'abord développé son expertise de propagande numérique pour faire face à de potentielles menaces internes de contestation du régime. "La compétition politique dans la Russie de Poutine a crée la demande pour des outils de propagande en ligne" a ainsi expliqué Sergey Sanovich, membre de l'équipe de recherche. Le directeur du projet, Samuel Woodley ajoute que la Russie est "l'exemple qu'il faut observer pour voir comment un régime puissant et autoritaire peut utiliser les réseaux sociaux pour contrôler les gens".

Pour parvenir à ces fins, le régime de Poutine utilise des armées de bots pour diffuser ses messages de propagande. D'après l'équipe de scientifiques, 45% des comptes actifs étudiés en Russie seraient des bots. Par ailleurs, Philip Howard a expliqué lors d'une conférence de presse "qu'il y a un immeuble à Saint-Pétersbourg avec des centaines d'employés et des millions de dollars de budget dont la mission est de manipuler l'opinion publique dans un certain nombre de pays".

Poutine nie toute offre de communication secrete avec trump

Les chercheurs considèrent que le régime de Poutine est l'un des plus efficaces en termes de propagande numérique. (Crédits : Reuters.)

"La fabrication du consentement en ligne" aux Etats-Unis

Dans leurs travaux consacrés à l'étude des réseaux sociaux par les acteurs politiques américains, les chercheurs se sont inspirés du célèbre ouvrage des universitaires Noam Chomsky et Edward Herman (La fabrication du consentement : de la propagande médiatique en démocratie) pour qualifier leurs résultats. Pour les scientifiques, ce travail d'enquête indique que les bots ont eu des conséquences sur les flux d'information de deux manières :

- en fabriquant un consentement, "ou en donnant l'illusion d'une popularité importante en ligne dans le but d'obtenir un réel soutien politique";

- en démocratisant la propagande "par la capacité donnée à chacun d'amplifier des interactions en ligne à des fins partisanes".

Dans leur conclusion, les scientifiques expliquent que "les bots sont non seulement apparus comme des outils de propagande numérique utilisés par les équipes de campagne et les citoyens mais ils peuvent avoir une influence sur le processus politique de manière significative".

Facebook et Twitter doivent agir

A travers leurs travaux, les chercheurs encouragent les entreprises du secteur technologique à s'engager pour la démocratie. "Promouvoir les informations politiques et l'information en général venant de sources sûres est crucial. Finalement, agir pour la démocratie de manière systématique, aidera à restaurer la confiance dans les réseaux sociaux". Et si les directions des réseaux sociaux semblent prendre des mesures pour lutter contre la diffusion des "fake news" sur leur plateforme, les moyens humains et financier semblent dérisoires face aux outils utilisés par les gouvernements.

> Lire aussi : Facebook : derrière la communication, quelle efficacité contre les « fake news » ?

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Commentaires
a écrit le 22/06/2017 à 13:42 :
Au final ce sont exactement les mêmes techniques employées que par la société marchande pour nous vendre des trucs dont on a pas besoin.

Internet est un monde sans règle et le réguler serait l'éradiquer.

Vous n'empêcherez jamais untel de se rassurer en allant sur un site de gens qui pensent comme lui aussi obscurantiste qu'il puisse être mais ce que vous ne comprenez pas c'est que ça ne le changera pas cela va juste donner plus d'ampleur à ce qu'il pense, lui donner confiance et renforcer l'obscurantisme.

Les médias en dé-diabolisant le FN l'ont largement plébiscité mais la parole raciste s'est réellement développée dans la rue avec internet et toute cette bande d’arriérés qui parce qu'ils étaient une centaine à penser comme tels, et comme ce sont des gens pas bien éclairés, se sont mit à être persuadés que tout le monde pensait comme eux et ainsi à exprimer ouvertement leur racisme permettant à des gens comme moi de leur claquer leur clapet et leur montrant que leurs idées à la base sont moisies.

Il n'y a pas de bien et de mal qui font que de suite on oppose de la peur à tout alors que dès qu'il y a peur il y a absence de réflexion, il n'y a que des phénomènes liés à notre existence.

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