Les jeunes Français, champions de l'entrepreneuriat social, selon Forbes

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Parmi les 300 lauréats du classement Forbes des jeunes entrepreneurs les plus innovants d'Europe, la France a été particulièrement distinguée dans la catégorie Entrepreneuriat social, à l'instar de Joséphine Goube, chargée des partenariats chez Migreat (à l'extrême gauche) de la photo de groupe.
Parmi les 300 lauréats du classement Forbes des jeunes entrepreneurs les plus innovants d'Europe, la France a été particulièrement distinguée dans la catégorie Entrepreneuriat social, à l'instar de Joséphine Goube, chargée des partenariats chez Migreat (à l'extrême gauche) de la photo de groupe. (Crédits : Capture d'écran Forbes)
Le magazine américain a dévoilé cette semaine sa version européenne des "30 under 30" qui recense 300 jeunes Européens de moins de 30 ans, repérés comme potentiels futurs leaders chacun dans leur domaine d'activité. Parmi les 27 Français sélectionnés, près d'une dizaine s'est distinguée dans la catégorie "entrepreneuriat social".

Ils sont tous Européens, Français, ont moins de trente ans, et comptent parmi ceux que le magazine Forbes désigne désormais comme les futurs leaders de demain. La toute première édition européenne du classement "30 under 30" de Forbes, dévoilée en début de semaine dernière, recense les 300 jeunes entrepreneurs, responsables de projets associatifs ou créatifs innovants les plus prometteurs dans dix secteurs tels que la finance, l'industrie ou l'entrepreneuriat social. Si les jeunes Britanniques dominent nettement le secteur Technologie, c'est dans la catégorie "entrepreneuriat social" que la France s'est tout particulièrement distinguée, avec 9 lauréats parmi les 27 que compte le classement.

Des "coopératives sociales" au social business

L'entrepreneuriat social ou "social business" fait son apparition dans les années 1990 aux États-Unis mais également en Europe, sous l'impulsion des premières "coopératives sociales" italiennes, destinées à compenser les lacunes des services publics en matière de service à la personne. La notion recouvre aujourd'hui plus globalement l'ensemble des initiatives économiques qui consistent à réinvestir leurs profits financiers au service d'un objectif social, sociétal ou environnemental. Autant dire un nombre quasiment infini de secteurs! Quelque soit la forme juridique choisie (notamment associative) ou le domaine d'activité - emploi, migrations, agriculture durable, handicap, éducation etc.- la structure doit veiller à concilier, dans le cadre d'une gouvernance participative, viabilité économique et impact social. Telle est la loi d'airain de l'entrepreneur social.

L'entrepreneuriat social désigne, selon l'OCDE, "toute activité privée d'intérêt général, organisée à partir d'une démarche entrepreneuriale et n'ayant pas comme raison principale la maximisation des profits mais la satisfaction de certains objectifs économiques et sociaux ainsi que la capacité de mettre en place, dans la production de biens et de services, des solutions innovantes aux problèmes de l'exclusion et du chômage".

Lire L'entrepreneuriat social, ou la révolution silencieuse des associations

Un engouement croissant chez les étudiants

Forte d'un engouement relativement récent pour le secteur, la France s'est dotée d'enseignements spécialisés dans ses écoles de commerce les plus prestigieuses: en 2003 -dix ans après Harvard aux Etats-Unis- l'ESSEC devient la première institution d'enseignement supérieur à ouvrir une chaire Entrepreneuriat social en France, suivie par HEC en 2008 avec sa chaire "Social business/ Entreprise et pauvreté", qui connaissent toutes deux rapidement un vif succès. L'enthousiasme pour le business social se renforce encore sous l'effet de la crise de 2008 et la croissante préoccupation pour les problématiques du chômage, de l'environnement et de l'intégration. D'après les résultats d'un sondage Ipsos/Boston Consulting Group/Conférence des Grandes écoles publié ce lundi réalisé auprès de 2.111 élèves des grandes écoles, un étudiant sur deux aimerait travailler dans le secteur de l'économie sociale et solidaire.

Entreprendre à l'heure de la crise migratoire

Alors que l'année 2015 a été particulièrement marquée par la crise migratoire, qui ne cesse de prendre de l'ampleur en ce début 2016, Forbes fait la part belle aux initiatives qui tentent d'y apporter des réponses concrètes. En sa qualité de directrice des partenariats stratégiques chez Migreat, Joséphine Goube, 27 ans, occupe ainsi la place d'honneur de la catégorie "entrepreneuriat social". Migreat est une plateforme web destinée à faciliter les démarches de quelque deux millions de "migrants, réfugiés et autres personnes déplacées" afin d'obtenir un visa dans le pays de leur choix. La démarche sociale se caractérise ici en ce qu'elle entend combler les lacunes du service public et les complexités de la bureaucratie administrative.

Migreat, plateforme digitale pour les réfugiés

Lorsque le statut de réfugié est acquis, reste, pour les personnes désireuses de s'installer définitivement, à mettre en place un projet professionnel, condition essentielle à leur intégration dans la société. C'est pourquoi Nathanaël Molle, autre "entrepreneur social" distingué par Forbes, a décidé de lancer en 2013 le projet Singa, une association reconnue d'intérêt général à destination des réfugiés désireux de développer leur propre entreprise ou de s'insérer sur le marché du travail. Par le biais de cours de langue et de formations spécialisées, Singa veut aider les réfugiés à "entreprendre et à participer à la vie économique et sociale du pays dans lequel ils résident". Là encore, il s'agit de venir compléter, corriger, voire se substituer à un service public défaillant:

"Les organismes traditionnels épaulent les réfugiés pour avoir leur statut, mais pas pour prendre une place dans la société", pointait Nathanaël Molle dans un entretien au site l'Etudiant en 2014. Et d'ajouter, dans une interview au Figaro publié en septembre dernier: "Notre objectif est de permettre à des personnes qui ont obtenu le statut de réfugiés et qui sont amenés à vivre longtemps en France de développer des projets professionnels, culturels ou associatifs et de les mettre en relation avec la société sur ces projets".

L'emploi, préoccupation centrale des entrepreneurs sociaux

Avec un taux de chômage à 10,2% au troisième trimestre 2015, au plus haut depuis 1997 et une hausse particulièrement marquée chez les 15-24 ans, François Hollande n'est pas le seul à se creuser les méninges pour inverser la courbe. A 28 ans, Régis Pradal s'y emploie à travers "l'entreprise sociale" Internsgopro, qu'il a contribué à lancer en 2013. A l'origine du premier "label européen pour les stages de qualité", la start-up a pour vocation d'aider adolescents et jeunes adultes à trouver le meilleur stage possible dans le cadre de leur projet professionnel. Il a mis en place un système de notation des employeurs et plaide régulièrement auprès des universités pour la mise en place de cursus de stages de qualité.

Paul Duan, autre jeune Français distingué par Forbes, mise sur les algorithmes pour résoudre le problème. Et s'est engagé à y atteler Pôle emploi ! Vaste programme. L'établissement public, aux prises avec un vaste chantier de digitalisation, a signé un partenariat le 21 janvier dernier avec sa société Bayes Impact. "Start-up à but non-lucratif" chapeautée par le prestigieux incubateur Y-Combinator, dans la Silicon Valley, Bayes Impact revendique rien moins que "sauver des vies grâce à la data" sur son site. Cette ONG de la data entend traiter de tous les grands enjeux actuels grâce aux algorithmes, de l'efficacité des systèmes éducatifs de santé à... la lutte contre le chômage. Grâce à l'accord passé avec Pôle Emploi, Paul Duan et ses équipes de développeurs pourront mettre au point une plate-forme web optimisée pour les demandeurs d'emploi, orientés dans leurs démarches grâce au traitement des bases de données par algorithmes.

Vidéo (en français): L'usage des algorithmes pour gérer les problèmes sociaux

L'incubateur d'entrepreneurs sociaux

Parmi les autres lauréats, les secteurs d'activités se révèlent toujours plus hétéroclites. Il y a de quoi s'y perdre, et si 84% des étudiants interrogés par l'institut Ipsos ont majoritairement déjà entendu parler d'entrepreneuriat social (75%), la moitié d'entre eux ne voit que vaguement ce dont il s'agit: 52% pour l'entrepreneuriat social. L'étude conclut d'ailleurs que leur manque de connaissance sur le sujet constitue le principal frein à leur engagement pour 23% des répondants.

D'où l'idée de Christian Vanizette, (lui-même distingué par Forbes), de créer une communauté destinée à rassembler et à faire connaître tous ces profils. A 29 ans, il gère Make Sense, une communauté de soutien aux entrepreneurs sociaux lancée en 2011, qui revendique aujourd'hui 25.000 bénévoles dans 45 pays différents, et un chiffre d'affaires de 1,2 million d'euros.

     Lire aussi Christian Vanizette, connecteur d'entrepreneurs sociaux

Quelque soit leur pays de résidence, les entrepreneurs sociaux y postent leurs objectifs et appellent les internautes à les soutenir. La méthode ressemble à s'y méprendre à celle de "couch surfing", le célèbre service de mise en relation d'hébergeurs et d'hébergés. Avec une différence notable, les liens créés par Make Sense ont vocation à s'inscrire dans le long terme, comme l'expliquait Christian Vanizette à La Tribune en 2014:

 "Nous sommes un collectif: chaque membre du réseau peut construire une structure indépendante et devenir "compagnon-routard" à nos côtés en la rattachant par la licence Makesense."

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Commentaires
a écrit le 07/02/2016 à 9:49 :
On aimerait le lien sur le site de Forbes qui confirme ceci - Recherche de listing ne donne rien.
Tous les pays ont besoin d'un certain niveau entrepreneuriat social, mais en France on en est arrivé à un tel niveau, qu'il détruit des vrais emplois, qu'il génère une compétition illégale à bas coût ( subventions et emplois aidés ) et que sa multiplication met les finances de l'Etat, puisque toutes ces structures, ne paient pas ou peu d'impôts, obligeant l'Etat d'augmenter les taxes.
a écrit le 29/01/2016 à 3:51 :
Aura-t-on l’actionnariat pour tous sur les produits au lieu des entreprises, est-ce que ça pourrait faire une entreprise sociale à l’avantage des petits porteurs ? Avons-nous un casse-tête chinois en économie ou un journal kilométrique, on ferait des dilutions de mots, aura-t-on une concentration ou une transparence dans l’assiette ? Comment pouvez-vous empêcher Galilée d’être condamné, sommes-nous en Galilée ou bien chez Galilée pour motifs fallacieux ? L’Etat a fait et l’Etat va faire. Il y aurait des assiettes d’impôts, est-ce des pique-assiettes et comment tester l’assiette d’un régime?
a écrit le 28/01/2016 à 23:23 :
(conditions : message pour tous) Avez-vous un emploi rendu très dur ou bien caché, alors qu’il faudrait des réseaux pour trouver un emploi, est-ce dans les égoûts qu’on trouve des emplois ? Il y aurait des campagnes, aura des anges dans les campagnes, ne nous sert-on pas les rivières pourpres en termes d’emploi? On pourrait imaginer un business bidon en démocratie directe pour découenner les fonc ou bien taper dans les caisses…
a écrit le 28/01/2016 à 17:29 :
Une nouvelle génération qui s'investit dans la création de valeur, au service de la cohésion sociale, pour maximiser l'intérêt collectif! Les initiatives qui en découlent ne visent pas premièrement le profit, certes, mais elles n'excluent, heureusement, ni l'équilibre, ni la rentabilité. Que l'on songe au commerce équitable, ou à la production de contenants en plastique végétal par exemple.
Certaines initiatives, comme celle de Thierry Marx sont "bonnes" socialement et pas uniquement pour nos papilles. Elles promeuvent "l'ascension équitable".
a écrit le 26/01/2016 à 14:15 :
C'est sur qu'à voir la photo, cela ne donne pas envie aux autres de bosser dans le BTP, la restauration ou l'Hotellerie.
a écrit le 26/01/2016 à 12:32 :
Je reste sceptique sur le fond et sur la forme, car une entreprise qui ne fait pas de profits pour se développer est condamnée à mourir. Ces initiatives "sociales" ressemblent à de la recherche d'empathie pour récupérer de l'argent de la part des gogos. Il suffit de voir le nombre d'associations "caritatives" dont les dirigeants touchent des salaires annuels à 6 chiffres alors que seulement quelques petits pour cent des sommes reçues sont allouées à "la veuve et l'orphelin" :-)
a écrit le 26/01/2016 à 12:10 :
Forbes nous a plus habitué à l'encensement des riches capitalistes inutiles qu'à celui de jeunes idéalistes "socialistes"

Espérons que leur enthousiasme continuera et que ces jeunes intégreront ad vitam aeternam que la satisfaction la plus réelle d'un chef d'entreprise et d'un homme vient de la reconnaissance de toutes les personnes, et de leur famille, a qui elle permet de mettre du pain dans la bouche.

Ça contraste avec les 90% de patrons en place qui sont toujours plus fiers d'un joli dividende et d'un gros salaire personnel que du nombre de salariés qu'ils aident à vivre.

Pour ce qui est des grandes écoles, notamment de commerce, leur credo est enrichissez vous à tout prix, et jusqu'ici leur devise était plutôt "fuyez les pauvres et la pauvreté, il n'y a rien a en tirer". Il ne faudrait pas que leur intérêt pour le "social" ne devienne un moyen optimisé de pressurer encore les plus pauvres. Vu la mentalité des étudiants de ces sections, ca craint...
a écrit le 26/01/2016 à 10:52 :
VOILA UN JEUNE QUI A COMPRIS QU AVEC DES MATHEMATIQUE ONT PEUT SOLUTIONNEZ DES GRAND PROBLEMES SOCIAUX ? DITES A NOTRE GOUVERNEMENT DE L ENBAUCHE PEUT ETRE SAUVERAS T IL L ECONOMIE FRANCAISE? DEPUIS L ONGTENT JE DIT QU IL FAUT REPENSE L ECONMIE SOCIAL EN FRANCE ? DONC C EST LUI QUI NOUS FAUT ???
a écrit le 26/01/2016 à 0:14 :
Probable que l'entreprenariat social est plus sûr et plus lucratif que l'entreprenariat productif ; il y a tellement de subventions et d'exonérations.
a écrit le 25/01/2016 à 23:56 :
Si le titre résume bien l'article, tu m'étonnes que Forbes est champion en "social"... ha ha ha ha !! Nous sommes à l'époque des blagues extraordinaires. "social", d'après les anglo-saxons, est, définition protestante : "profiter de la pauvreté SANS, surtout, sortir les pauvres de leur état." Dans les autres religions, c'est faire l'aumône ou la charité. Soit, idem.
Réponse de le 26/01/2016 à 9:57 :
Eh bien je préfère encore ces deux concepts plutôt que d'accroître la pauvreté en assitant les gens sans rien en retour. En les installant durablement dans cette situation, on encourage la pauvreté, on la développe.

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