PLTJE 2017 : et les gagnants sont...

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(Crédits : DR)
Pour la cinquième édition du Prix La Tribune Jeune Entrepreneur et au fil des sélections à Paris, Toulouse, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Bordeaux, le jury a distingué, parfois dans la douleur, 40 finalistes. Mardi soir, La Tribune a primé huit gagnants dans plusieurs catégories.

INDUSTRIE

Enovasense - Geoffrey Bruno, 26 ans
Les lasers d'Enovasense veulent entrer dans l'usine du futur

La startup parisienne conçoit et commercialise des appareils de contrôle de l'épaisseur des revêtements industriels, notamment dans l'automobile, l'aéronautique et les biens de consommation, grâce à une technologie brevetée de mesure par laser, sans contact avec les lignes de production.

Peinture, vernis, plaquages, chromages, Téflon... La plupart de nos objets du quotidien sont vendus avec un revêtement. Il y en a même que l'on ne voit pas, comme ceux sur les moteurs des voitures et des avions, qui servent notamment à éviter les frictions. Leur épaisseur doit être parfaite pour garantir un produit d'une qualité optimale. Mais aujourd'hui, les industriels ne peuvent pas la mesurer durant la production : ils sont obligés de prélever des échantillons, et si le revêtement n'est pas bon, ils doivent détruire ce qui a déjà été produit.

« Les problèmes sont détectés trop tard, ce qui représente une perte de temps, d'argent et de matières premières pour les industriels », résume Geoffrey Bruno, le cofondateur et PDG d'Enovasence.

Un contrôle en temps réel

Pour y remédier, le jeune entrepreneur de 26 ans a développé, avec son équipe d'ingénieurs issus de l'Institut d'optique ParisTech, « la première technologie de mesure de tous les revêtements, de manière instantanée et sans contact avec la ligne de production ». Autrement dit, grâce au procédé breveté d'Enovasense, les industriels peuvent contrôler la qualité du revêtement en temps réel, en moins d'une seconde, grâce à un laser et à un capteur infrarouge, directement sur les lignes de production et en évitant toute interférence avec le produit.

« Cela permet d'optimiser la quantité de revêtement et, s'il y a une erreur, de la corriger tout de suite », ajoute Geoffrey Bruno.

Créée en 2013, Enovasense a eu besoin de deux ans pour concevoir et industrialiser sa technologie avec des clients pilotes. La commercialisation a débuté en 2016, notamment dans l'industrie automobile, les secteurs aéronautique et des biens de consommation. Mais sa technologie, vendue sous la forme d'une tête de mesure de 180 grammes se fixant sur n'importe quel robot, est capable de contrôler les revêtements de tous les matériaux, qu'il s'agisse d'un revêtement en métal, en plastique, en céramique, en verre... « Le champ des possibles est immense, on peut techniquement être dans toutes les usines », affirme l'entrepreneur, qui anticipe l'usine du futur où la production sera entièrement automatisée.

À l'heure actuelle, la startup compte une dizaine de clients, dont Airbus, Safran, Plastic Omnium (automobile) ou Décoral, spécialisée dans le traitement de l'aluminium.

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GREEN BUSINESS

Optimum Tracker - Yacin et Madyan De Welle, 32 ans
Optimum Tracker ou l'effet tournesol

Des panneaux photovoltaïques qui « suivent » le soleil, c'est l'innovation signée par Madyan et Yacin de Welle, installés à Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône. Leur vision, c'est l'international.

Comme on l'attend souvent chez les jumeaux, Madyan et Yacin de Welle font tout ensemble. Passés par l'École nationale des arts et métiers d'Aix-en-Provence, ils se lancent dans les énergies renouvelables avec le désir de lancer leur propre entreprise.

Une complémentarité bénéfique

Leur but - on est en 2009 - est d'apporter une solution disruptive dans un domaine émergent. Ce sera ce tracker breveté, qui, en permettant aux centrales photovoltaïques de suivre l'orientation du soleil, optimise leur rendement - de 30 %, c'est la promesse affichée - et qui rend le coût du kilowatt photovoltaïque compétitif par rapport aux ressources fossiles et nucléaires. Optimum Tracker devient concepteur, développeur et installateur pour un marché BtoB, avec pour clients les producteurs d'électricité.

L'entreprise fait de l'international un vecteur essentiel de son développement. L'installation de bureaux à Mexico, New York, Santiago du Chili, Johannesburg ou Istanbul a été pensée afin de conquérir les clients de ces pays, d'ouvrir des filiales dès les premiers chantiers engrangés et de recruter localement. Il y a deux mois, c'est avec l'Inde qu'Optimum Tracker a signé un accord pour un projet exclusif. Ainsi, 50% du chiffre d'affaires est réalisé à l'international et booste celui-ci. L'exercice 2016-2017, finalisé en juin, devrait le porter à 20 millions d'euros, contre 7,50 millions d'euro pour l'exercice précédent. Si une première levée de fonds de 1,50 millions d'euro a été réalisée l'an dernier, c'est bien celle en cours - conclue d'ici à la fin de 2017 - qui va amplifier la présence à l'export. Détenteurs à 92 % du capital de leur entreprise, Madyan et Yacin de Welle appliquent une méthode qui leur a permis de durer : « Nous observons ce qui se passe dans notre secteur et autour de nous. Nous essayons d'avancer de manière raisonnée et sans nous précipiter. Cela nous donne la capacité d'apprendre rapidement et de réorienter l'entreprise si besoin », analyse Madyan de Welle. L'objectif : devenir une ETI internationale d'ici à 2019.

« Nous avons le marché et le savoir-faire pour cela. »

Et la relation entre le président et le directeur général n'y est pas étrangère. Travailler avec son jumeau est « un luxe », dit Madyan.

« Nous n'avons pas besoin de nous parler pour échanger nos points de vue. Souvent les intérêts divergents créent des tensions entre associés. Nous avons une réelle complémentarité, Yacin gère la partie financière, tandis que je m'occupe de l'innovation et du volet technique. Nous avons établi les règles d'Optimum Tracker dès le début. »

Ou comment rayonner intelligemment

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MÉDIA ET CULTURE

Eima - Claire PÉLIER, 32 ans
L'école de manga à la française s'anime à Toulouse

Fan de mangas, elle a fondé Toulouse Manga et l'École internationale du manga et de l'animation (Eima). À la recherche de locaux dans le centre-ville, elle veut faire de son école la meilleure formation manga en dehors du Japon.

Quand elle était petite, elle couvrait tout de dessins : les cahiers, les murs, son visage, ses jambes et jusqu'à son carnet de santé, resté le témoin de sa passion pour la peinture et les crayons. Aujourd'hui, à 32 ans, elle est à la tête de deux écoles de mangas, l'une pour les amateurs, l'autre pour ceux qui rêvent de devenir mangakas, ces auteurs de BD japonaise dont les succès d'édition se confirment d'année en année.

Elle, c'est Claire Pélier, impressionnante jeune femme à la longue chevelure blond vénitien et à la détermination résolue. À l'âge où elle voulait être vétérinaire et océanographe, elle grandit dans les cuisines du restaurant japonais de ses parents (le premier à Toulouse), et devant le Club Dorothée et la série Dragon Ball Z. Premier contact avec l'animation japonaise suivi quelques années plus tard par la lecture du manga Naruto, le phénomène mondial en 72 tomes. « Une vraie claque », raconte Claire Pélier dans son bureau du quartier Compans-Caffarelli qu'elle partage avec deux mangakas. « J'ai été immédiatement saisie par l'efficacité narrative des mangas. La bande dessinée franco-belge place le lecteur en surplomb du récit. Avec le manga, le lecteur est au centre de l'histoire. Le mangaka fait avancer le personnage principal comme s'il jouait dans un film, selon un procédé très cinématographique. C'est terriblement efficace ! »

Un mois par an au Japon

Devenue professeur d'arts plastiques au début des années 2010, Claire Pélier organise dans son collège des cours de manga entre midi et deux. Succès total au point que la jeune femme, à l'étroit dans l'Éducation nationale et déçue par l'enseignement de 700 élèves par semaine, décide de donner des cours à l'extérieur. « Je me suis dit que j'allais travailler sur mon scénario de manga et commencer à donner des cours. Le bouche-à-oreille a été très efficace et j'ai créé rapidement Toulouse Manga. Dès la première rentrée, en septembre 2012, j'ai eu 50 inscriptions avec des élèves très motivés. »

Tout s'accélère quand, à l'été 2013, elle part en formation avec la mangaka Nao Yazawa au Japon, où elle séjourne désormais un mois chaque année. Au même moment, Chiharu Nakashima, ancienne professeur de manga à l'université de Kobe, vient à Toulouse pour une masterclass, puis décide de s'installer en France. Ensemble, elles commencent à réfléchir aux enseignements que devraient suivre de futurs mangakas. Peu à peu, Claire Pélier pose les bases de sa propre école (l'une des seules en France avec la Human Academy, à Angoulême). Son objectif est clair : « Devenir la meilleure formation de manga hors Japon. » En septembre 2016, l'Eima accueille ses premiers élèves : 15 en première année, 13 dans une classe préparatoire destinée à mettre les étudiants à niveau.

Trois nouveaux cursus d'ici à 2020

« Les étudiants sont tous ultramotivés, car l'école est privée. Elle n'est pas reconnue par l'Éducation nationale, et je dois attendre que trois promotions soient sortantes (après trois ans d'études) pour demander au ministère du Travail d'intégrer le Répertoire national des certifications professionnelles. Pour les élèves, comme pour moi, c'est une aventure risquée. Je veux qu'ils en aient conscience avant d'entamer ce cursus, mais ils savent aussi que c'est une aventure commune ! Ce que je leur garantis, c'est que les cours sont donnés par les meilleurs profs, eux-mêmes formés par des mangakas japonais, et je suis extrêmement attentive au parcours des étudiants. »

L'Eima a ainsi noué des partenariats avec les principaux éditeurs de mangas en France (Kana, Ankama, Akata, Kazé, Ki-oon) qui se sont engagés à suivre le travail des étudiants, à les repérer ou à les accueillir en stage.

Comme eux, Claire Pélier « bosse comme une acharnée. Pour moi, 60-70 heures, c'est une semaine normale. Et j'ai d'autres projets », confie la jeune directrice. Beaucoup d'autres projets en fait. Car si l'Eima prévoit d'ouvrir trois nouveaux cursus (animation en 2018, scénario et concept art en 2020), Claire Pélier a aussi en tête la création d'un véritable écosystème de la culture japonaise : un musée du manga et de l'animation, une résidence d'artiste, une librairie, une cité du Japon et même un onsen, un spa japonais. Le tout à Toulouse. « Ce n'est pas pour tout de suite, car je suis prudente et, surtout, il me faut des partenaires financiers et des mécènes », confie Claire Pélier qui, dans l'immédiat, recherche de nouveaux locaux : de 600 à 800 mètres carrés, « pour commencer ! Toulouse est la deuxième ville en France pour la consommation de mangas. Être le premier espace sur le Japon hors du Japon, c'est un bel objectif. »

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NOUVEAUX SERVICES

Arthur Dupuy - Arthur Dupuy, 30 ans
Arthur Dupuy, le nez du marketing

Ce spécialiste du marketing olfactif a mis au point, avec une chercheuse de Montpellier, une technologie unique permettant de développer chimiquement des fragrances d'une pureté inégalée, personnalisées et adaptables sur tous les supports.

« Le parfum est la forme la plus intense du souvenir », disait Jean-Paul Guerlain. Arthur Dupuy, passionné par le luxe et le marketing, ne peut qu'approuver. Cet ancien diplômé de l'institut Paul-Bocuse donne ses lettres de noblesse au marketing olfactif, en l'abordant par le prisme de la chimie. Avec le concours du docteur en pharmacie et en pharmacochimie Isabelle Parrot, également enseignante et chargée de recherches à l'institut des biomolécules Max-Mousseron au sein de l'université de Montpellier, le jeune entrepreneur de 30 ans a créé pour ses clients des signatures olfactives uniques. L'objectif : jouer sur « le potentiel émotionnel d'un souvenir évoqué par une odeur » pour fidéliser le client et/ou stimuler les actes d'achat. Pour cela, la jeune société, lancée en 2015, développe elle-même les senteurs en laboratoire ainsi que la stratégie de marketing olfactif.

Pour se distinguer de la concurrence, qui se caractérise souvent par la diffusion de « fragrances standards et stéréotypées issues du marketing de masse », Arthur Dupuy parie sur le sur-mesure et la déclinaison du même « logo olfactif » sur plusieurs supports, que ce soit dans l'air ou via différents produits (cosmétiques, brochures...).

« La demande est forte »

« Adapter une odeur sans l'altérer en la diffusant sur des supports très variés nécessite une connaissance chimique pointue et des mois de recherche et développement », explique l'entrepreneur. Exemple : pour renforcer sa stratégie de communication et de marketing territorial, la métropole de Montpellier, capitale ancestarle du parfum avant de se faire détrôner par Grasse, a demandé à la startup de créer une fragrance reprenant les quatre éléments du logo de la ville (air, terre, feu et eau) et d'utiliser des espèces végétales locales, mettant ainsi en valeur le patrimoine. Une requête rendue possible grâce à un extracteur de dioxyde de carbone développé en interne, qui permet de recueillir des extraits de matières végétales. La startup planche aussi sur une identité olfactive pour le tramway de la ville, afin « d'augmenter la perception de confort, donc la fréquentation ». L'odeur aidera aussi les non-voyants à identifier les différentes lignes, qui s'arrêtent sur le même quai. Ou quand le marketing se pare d'utilité sociale.

Ses autres clients, moins d'une dizaine pour l'instant, évoluent dans l'hôtellerie-restauration (dont l'hôtel Le Royal à Lyon), du tourisme (le groupe Tohapi) ou du luxe. « Nos premiers clients sont devenus des prescripteurs, si bien que nous sommes obligés d'étaler nos commandes car la demande est forte », se réjouit Arthur Dupuy. La startup, qui compte trois employés, prépare une levée de fonds, prévue entre juin et septembre, pour lui permettre d'embaucher de nouveaux chercheurs et des commerciaux. Peu connu en dehors de Montpellier et de sa région, Arthur Dupuy voudrait profiter du carnet d'adresses de ses investisseurs pour négocier de gros contrats avec de grands groupes, et pour percer à Paris et en Europe. Le but : devenir la référence française, et pourquoi pas internationale, du marketing olfactif. 

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SANTE

Whoog - Guerric Faure, 36 ans
Whoog soigne le recrutement des établissements de santé

Gérer absentéisme et pics d'activité via une application dédiée, c'est le remède proposé aux centres hospitaliers par l'entreprise, installée dans la technopôle Sophia Antipolis.

Il semblerait que le spatial mène à tout et jusqu'à... l'hôpital. Lauréat régional en 2012 des Galileo Masters, concours qui récompense les projets dans le domaine des applications satellitaires, Guerric Faure a vite compris l'intérêt qu'il y a à utiliser la géolocalisation pour des applications de la vie quotidienne. Et si ce diplômé de l'Institut national des sciences et techniques nucléaires décide d'orienter sa startup vers la gestion de remplacement de personnel, c'est parce que la problématique l'avait particulièrement frappé lors d'une précédente activité professionnelle. Ainsi commence l'aventure Whoog en 2011. Et c'est avec les sauveteurs en mer que la preuve du concept se fait. Une application est créée permettant d'identifier en un clic les personnes disponibles, de leur notifier un imprévu et d'échanger avec elles par tchat. L'essai est concluant et la startup décide de s'adresser prioritairement au secteur de la santé et plus particulièrement aux cliniques. Un secteur où 97 % des remplacements se font à la dernière minute, avec des moyens traditionnels et chronophages : l'appel téléphonique auprès de toutes les personnes susceptibles d'effectuer un remplacement pour la période requise. Désormais, c'est l'application développée par Whoog qui s'en occupe : une requête est envoyée, et les personnes disponibles et intéressées y répondent instantanément. L'avantage pour l'employeur est un gain de temps considérable - fini les coups de fil - et l'employé, lui, peut choisir de postuler ou pas à la mission proposée. L'application permet également de créer des CDD, 100% renseignés.

Un chiffre d'affaires multiplié par dix

« Nous équipons 20 % des CHU de France. Nous réalisons 5 000 missions mensuelles et visons 20 000 missions par mois d'ici à la fin de l'année. Notre application fait gagner du temps sur l'organisation, contribue à diminuer le burn out des soignants et à réduire de 10 à 100 fois le coût des remplacements de dernière minute », précise Guerric Faure.

Actuellement des tests sont menés pour adapter la solution aux groupements hospitaliers de territoire. Un autre est également réalisé au CHU de Saint-Étienne et s'applique aux médecins, sachant que le coût du recours aux médecins intérimaires est de 500 M€ pour l'État. Le modèle économique de l'entreprise s'appuie sur la vente d'abonnements et Whoog gagne en notoriété via « le bouche-à-oreille qui fonctionne bien dans ce secteur BtoB », explique Guerric Faure. Accélérée par Orange, la petite entreprise a multiplié par dix son chiffre d'affaires depuis sa création. Mais ne dites pas à Guerric Faure qu'il ubérise le secteur de la gestion de l'absentéisme au risque de l'agacer. Au contraire, le jeune entrepreneur parie sur la valeur ajoutée de son innovation, plutôt fier d'avoir su « créer un marché qui n'existait pas ». 

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START

Mapui Labs - Goulwen Lorcy, 33 ans
Mapui Labs, le collaboratif au service des pharmacies d'hôpitaux

Cette plateforme permet aux pharmacies d'hôpitaux de s'échanger des informations de manière sécurisée sur leurs médicaments. Cela facilite les emprunts entre hôpitaux et aide à réaliser des économies en mettant à disposition leurs médicaments onéreux arrivant à péremption.

Dans sa salle de classe, à l'école d'informatique Epitech Rennes, Goulwen Lorcy ne cessait de pousser ses étudiants à faire preuve d'audace. « Mais à force de les inciter à entreprendre, le virus m'a pris aussi », sourit-il. Restait à trouver une « bonne idée ». Au début de l'année 2015, le professeur rencontre Antoine Fouéré, un pharmacien hospitalier à Saint-Malo. Celui-ci lui explique le problème que rencontrent toutes les PUI (pharmacies à usage intérieur) de France, à savoir la perte de médicaments très onéreux, comme les anticancéreux, lorsqu'ils arrivent à péremption. « Les pharmacies d'hôpitaux sont contraintes de détenir en stock un grand nombre de médicaments afin d'assurer une prise en charge des patients dans les meilleurs délais », explique Goulwen Lorcy. Mais si le patient est transféré, s'il ne supporte pas le traitement ou encore s'il décède, le médicament, souvent très cher dans le cas de maladies graves, prend la poussière sur les étagères jusqu'à expirer. « Généralement, les PUI contactent les hôpitaux à proximité, et quand aucun autre patient n'en a besoin, il est perdu », poursuit l'entrepreneur. Ce gaspillage se chiffre à 50 millions d'euros par an en France.

Un service payant sur abonnement

Antoine Fouéré et Goulwen Lorcy ont alors une idée : pourquoi les pharmacies d'hôpitaux ne mettraient-elles pas à disposition, sur une plateforme Web sécurisée, leurs médicaments onéreux proches de leur date de péremption ? Mapui Labs était né. Le concept, simplissime, paraît évident. Mais personne ne s'est placé sur ce créneau. Dans les salons de pharmaciens hospitaliers que les deux associés parcourent pour tester leur idée, ils se rendent compte que la demande est là. « Une lumière s'est allumée dans ma tête, j'étais persuadé que cela marcherait », confie Goulwen Lorcy. Début 2016, la startup est créée, avec l'aide de l'informaticien Camille Demoge, également cofondateur.

Mapui Labs se destine aux pharmacies des hôpitaux et cliniques de toutes tailles, partout en France. Ce qui permet à une PUI située à Rennes, par exemple, de fournir un anticancéreux à une clinique de Dordogne en seulement vingt-quatre heures, grâce à un partenariat avec Chronopost Santé. Quelque 2 500 structures pourraient en bénéficier. Pour l'heure, une centaine d'établissements se sont inscrits, dont les CHU de Rennes et les centres hospitaliers de Saint-Malo et de Quimper. Ils ont déjà réalisé « plusieurs dizaines de milliers d'euros d'économie ». Depuis le début de 2017, l'utilisation est payante sur un modèle d'abonnement mensuel, très classique pour ce type de plateforme. En plus de sauver des remèdes menacés de péremption, Mapui Labs permet à ses clients d'emprunter des médicaments et des dispositifs médicaux à d'autres hôpitaux le temps d'être livré, ce qui facilite la gestion des ruptures de stock. Un service très utile en cas d'urgence : lors d'attentats, par exemple, l'hôpital concerné par un afflux de blessés peut identifier très rapidement où trouver les médicaments qui lui manquent.

Pour ne pas se faire doubler par un éventuel concurrent, Mapui Labs mise sur sa connaissance du terrain, sur la caution de pharmaciens hospitaliers qui participent au développement de la plateforme, et sur ses technologies qui permettent à des hôpitaux utilisant des logiciels de gestion des stocks différents de se connecter entre eux. Désormais, il faut accélérer. La startup finalise une levée de fonds de 300 000 euros pour pousser son développement commercial. Goulwen Lorcy veut également imposer Mapui Labs à l'international. D'ici à la fin de l'année, Mapuis Labs va entre autres connecter les hôpitaux avec les pharmacies de ville, pour faciliter la conciliation médicamenteuse, c'est-à-dire la continuité du traitement du patient lorsqu'il arrive à l'hôpital. 

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COUP DE CŒUR

Novitact - Thibaud Severini, 29 ans
Unitact, le bracelet connecté qui simplifie la vie des sourds

Avec sa technologie brevetée, la startup Novitact a conçu un bracelet connecté, Unitact, fonctionnant avec des vibrations et des codes couleur. Sa mission : aider les sourds et malentendants à mieux communiquer avec leur entourage dans leur vie quotidienne.

Beaucoup d'innovations destinées aux sourds et aux malentendants sévères ou profonds se concentrent sur la récupération de l'ouïe. À l'inverse, l'ingénieur Thibaud Severini, 29 ans, a préféré œuvrer à l'amélioration de leur quotidien, en les aidant à mieux ­communiquer avec le monde qui les entoure. Fin 2010, l'entrepreneur est contacté par l'université technologique de Compiègne, d'où il est diplômé. L'un de leurs laboratoires, spécialisé dans la connaissance du toucher, cherche alors à valoriser ses recherches. « J'ai rejoint l'équipe pendant deux ans, période durant laquelle j'ai rencontré mon associée Vanessa Caignault », raconte-t-il. En 2013, la startup Novitact voit le jour. Il faudra encore trois ans de R&D, de nombreux tests et une levée de fonds de 600 000 euros avant de lancer, début 2016, Unitact, un bracelet connecté qui accompagne les sourds 24 heures sur 24.

L'objet transmet des messages simples, correspondant à des situations précises, grâce à des vibrations et des codes couleur. Chaque message équivaut à une vibration unique choisie par l'utilisateur ou par ses proches, qui sont connectés au bracelet via leur smartphone. La « bibliothèque » disponible dans l'application dédiée compile près de vingt vibrations distinctes.

70 millions de personnes potentiellement concernées

Le dispositif permet, par exemple, à des parents de prévenir leur adolescent sourd qu'il est l'heure de passer à table sans avoir à se rendre dans sa chambre. Lors d'une sortie à vélo, le bracelet va indiquer s'il faut tourner à gauche ou à droite. Le matin, les vibrations servent de réveil. « Les vibrations peuvent signifier qu'on a besoin de vous, attirer votre attention, indiquer sa présence ou transmettre une information simple », résume Thibaud Severini. Unitact s'utilise aussi dans la sphère professionnelle. Les entreprises Zara ou encore Pernod Ricard s'en servent pour transmettre des consignes à leurs employés malentendants sur leur lieu de travail. Le dispositif donne également l'alerte en cas d'urgence. Enfin, une fonction permet de communiquer à plusieurs, soit séparément, soit grâce à un mode « conférence ».

La startup revendique actuellement « plusieurs centaines » d'utilisateurs. Unitact coûte 199 euros et est disponible sur le site internet de l'entreprise ou chez les audioprothésistes. Selon Thibaud Severini, l'objectif des prochains mois est de « travailler sur la structuration du réseau de distribution », notamment en s'implantant mieux dans les 4.800 boutiques des audioprothésistes, et de s'étendre à l'international en commençant par l'Europe. Le marché de la startup, qui s'appuie sur une technologie brevetée, est potentiellement énorme : 70 millions de personnes dans le monde sont sourdes ou malentendantes. 

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INNOV AND CONNECT

Mobi Rider - Cécile Morel, 36 ans
Mobi One, le boitier qui "digitalise" les points de vente

Mobi Rider accompagne la transformation numérique des magasins et leur permet de proposer une application ou des contenus inédits sur le mobile de leurs clients. Cofondée par Cécile Morel et Nghia Phan en 2012, la startup permet ainsi à ses utilisateurs de communiquer avec tout type de smartphones grâce au boîtier Mobi One.

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