Startup : « mieux vaut vivre aux Etats-Unis que mourir en France » ?

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« La vallée de la mort est en train de rapetisser. La situation est totalement différente aujourd'hui par rapport à il y a dix ou même cinq ans » fait valoir un porte-parole de Bpifrance.
« La vallée de la mort est en train de rapetisser. La situation est totalement différente aujourd'hui par rapport à il y a dix ou même cinq ans » fait valoir un porte-parole de Bpifrance. (Crédits : DR)
Marc Simoncini, le fondateur de Meetic et du fonds d’investissement Jaïna Capital, conseille à de jeunes startuppers qui peinent à lever 3 millions d’euros en France à signer avec des Américains et s’installer sur place. La fameuse « vallée de la mort » pour les jeunes pousses voulant lever plusieurs millions reste une réalité, même si la situation a tendance à s’arranger.

La scène est édifiante. Une équipe de jeunes startuppers français, à la recherche de 1,5 million d'euros, explique à un de ses investisseurs, Marc Simoncini, le célèbre fondateur de Meetic devenu business angel, qu'elle peine à lever l'argent et que les fonds américains réclament qu'ils déménagent là-bas. L'entrepreneur connu pour son franc parler leur conseille « Partez ! Il vaut mieux vivre aux Etats-Unis que mourir en France. » Et le reportage de l'émission Capital, diffusé sur M6 dimanche soir, de conclure à « l'immense gâchis du système français qui pousse les startups les plus prometteuses à quitter l'Hexagone », avant d'embrayer sur une jeune pousse partie s'épanouir en Californie. De quoi décourager les dirigeants de Bpifrance qui martèlent qu'il n'y a (presque) plus de problème de financement pour les startups en France.

Il est vrai que ces derniers temps, chaque mois, voire chaque semaine, de jeunes entreprises de la French Tech annoncent des levées de 1 à 2 millions d'euros ou plus, souvent avec la BPI, par exemple Eaysrecrue (2,5 millions), Fabshop (1,2 million), Famicity (2 millions), ou sans la banque publique, auprès de fonds de capital-risque ou de business angels, à l'image de Dayuse (1 million), Amplement (1 million), Chauffeur-privé (5 millions), Lydia Solutions (3,6 millions).

Pitch à Matignon et Xavier Niel au capital

La startup en question dans le reportage s'appelle Wandercraft. Fondée en 2012 par de jeunes diplômés de Polytechnique, elle a conçu un prototype d'exosquelette motorisé permettant à des paraplégiques ou myopathes de remarcher de manière naturelle et sans béquilles. Wandercraft a eu le privilège de « pitcher » à Matignon, devant le Premier ministre et la crème des investisseurs français, en novembre dernier, avec une poignée d'autres startups, où elle avait confié négocier un tour de table de 3 millions d'euros. La jeune pousse de robotique dynamique a déjà levé près d'un million d'euros auprès de business angels, notamment Xavier Niel, le fondateur de Free, via son fonds Kima Ventures, et Jean-Louis Constanza (fondateur de Tele2, ex-Orange Vallée). De bonnes fées sur son berceau qui ne garantissent pas de passer sans encombre à l'étape d'après.

« L'équipe n'a pas envie de s'exiler mais de rester en France ! Le niveau des jeunes ingénieurs et scientifiques, en maths et en robotique, est excellent chez nous. Wandercraft a décidé de tester le financement participatif sur la plateforme Anaxago, pour lever 1,5 million d'euros, en complément d'un tour de table. Cela reste bien sûr plus long et plus compliqué de convaincre des fonds français quand il s'agit d'un produit qui n'existe pas encore » explique à La Tribune Jean-Louis Constanza, qui siège au conseil d'administration.


Pourtant, l'entreprise est « à l'heure sur sa roadmap », son plan de marche, et « montre des prototypes » souligne-t-il, ajoutant que le financement est « en bonne voie.» Les cofondateurs avaient expliqué qu'il leur faudrait encore «un an d'implémentation et un an de certification », espérant une mise sur le marché de leur produit grand public en 2016.

La « vallée de la mort » plus si fatale ?

Comme l'observe Marc Simoncini dans le reportage, Wandercraft se trouve dans la «vallée de la mort », cette phase délicate d'une startup qui a déjà levé un peu d'argent mais a besoin « de trouver les 2 ou 3 millions d'euros pour grossir. » C'est le fameux « equity gap», le manque de financement en fonds propres de 1 à 5 millions d'euros : un ticket trop gros pour les business angels ou les fonds d'amorçage, trop petit pour des fonds de capital-risque.


Un terrain sur lequel Bpifrance, la banque publique d'investissement, intervient de façon ciblée, alors qu'elle a plutôt mis l'accent sur les gros tickets et le changement d'échelle de l'écosystème français. Interrogée, la BPI ne partage pas du tout les conclusions du reportage sur l'avenir plus radieux outre-Atlantique pour les startups françaises.

« La vallée de la mort est en train de rapetisser. La situation est totalement différente aujourd'hui par rapport à il y a dix ou même cinq ans » fait valoir un porte-parole de Bpifrance.

La banque publique d'investissement accorde des prêts-innovation sans contre-partie (entre 500.000 et 3 millions d'euros) et participe à des tours de table mais veut éviter le saupoudrage, préférant miser sur les futurs champions, à l'image de BlaBlaCar, Withings, Sigfox, etc. BPI soutient financièrement un autre projet de R&D d'exosquelette, à usage militaire et industriel, RB3D, dans le cadre du programme d'investissement d'avenir, à hauteur de 3,4 millions d'euros.

« La vallée de la mort existe moins qu'avant, parce qu'il y a plus d'acteurs du financement auxquels s'adresser » considère également Jean-David Chamboredon, le président exécutif d'Isai, le fonds créé par des entrepreneurs de l'Internet, dont Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) et Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile).

« Le paysage s'est amélioré pour une startup Internet qui aura des besoins de financement modestes et progressifs. En revanche, elle demeure pour des projets ambitieux à forte intensité capitalistique, par exemple dans le secteur des « med tech » (technologies médicales). Pour passer d'une très bonne idée à quelque chose de concret, il faut plusieurs millions d'euros et c'est très difficile à trouver » relève-t-il.

Moins de prise de risque ?

Dans les secteurs plus pointus, les startups ont en effet peu de fonds vers lesquels se tourner en France, les sociétés d'investissement généralistes ne voulant pas prendre de risque dans des domaines qu'elles ne maîtrisent ou ne comprennent pas.

« Les fonds de capital-risque français ont tendance à investir vite et bien dans des domaines connus. Ils demandent à voir du chiffre d'affaires et si possible des bénéfices ! C'est vrai aussi aux Etats-Unis, mais là-bas le volume d'investissement disponible est beaucoup plus élevée, ce qui facilité les levées de fonds sur des produits vraiment nouveaux » analyse Jean-Louis Constanza.


Les Américains investissent 50 fois plus par habitant, les Israéliens 20 fois plus. La concurrence entre startups y est aussi beaucoup plus rude et la SIlicon Valley n'est pas forcément l'eldorado pour une jeune pousse française qui devra parvenir à se faire connaître dans un milieu dont elle ne maîtrise pas les codes. Les VC (venture-capitalists) y sont plus aventureux, mais pas moins exigeants.

Chez Bpifrance, on se montre philosophe : « le système devient encore plus sélectif. Il y aura donc toujours, de plus en plus, de startups qui auront du mal à se financer : c'est normal. » L'objectif n'est « pas uniquement d'arroser les bonsaïs. Il faut aider des champions français à émerger. »

Muscler le capital-risque français

L'équipe de la mission French Tech rattachée à Bercy et le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, ont bien compris l'enjeu et la nécessité de faire venir des investisseurs américains en France pour combler ce manque de financement. Un fonds de co-investissement avec de grands business angels français, opéré par la BPI, dans le cadre du programme d'investissements d'avenir, d'un montant de quelques dizaines de millions d'euros, sera prochainement lancé, afin de doubler la capacité d'investissement de ces "anges" investisseurs.

Enfin, un concours des meilleures startups de la French Tech doit être organisé à Bercy après l'été avec "les plus grands VC de la planète" a promis Emmanuel Macron, qui espère aussi qu'une partie du fonds Juncker sera orienté vers le soutien au capital-risque européen, afin de faire émerger des fonds de grande taille (plus de 300 millions d'euros), capables de prendre plus de risque.

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Commentaires
a écrit le 25/03/2015 à 18:02 :
--Je lis parfois sur Facebook la prose de petits patrons travaillant 70 heures par semaine et parfois plus encore , qui disent que entre les charges , les impôts , les taxes, et les tracasseries administratives ils n'arrivent même plus à se payer eu même ! ...
Je répond invariablement : Votre entreprise est elle délocalisable car si la réponse est oui vous connaissez déjà la solution ! ...
a écrit le 25/03/2015 à 12:50 :
Moi mon banquier me campe pour que je prenne des crédits qui me sont inutiles et lui n'arrive pas à trouver d'investisseur, c'est bien vrai, mieux vaut partir de ce pays.
Réponse de le 25/03/2015 à 18:08 :
Mieux vaut n'importe quel purgatoire, que l'enfer socialiste !
a écrit le 25/03/2015 à 10:00 :
C'est vrai que la fiscalité et le social français incitent à partir. Hollande m'était insupportable. Mon entreprise est britannique maintenant et j'ai 8 salariés. Je remercie les socialistes car ils m'ont donné le "déclic" et je suis heureux d'avoir pris cette décision.
Réponse de le 25/03/2015 à 11:01 :
Bravo, le monde est grand et appartient à ceux qui prennent des risques, la France est bloquée et ne bougera plus, ce n'est pas la France qui recul mais les autres qui avancent ! l'Argent est un gros mots seul vocabulaire autorisé "démunie" "social" "aides" "tolérance" ... tout sauf "réussite" "ambition" "courage" "récompense" alors encore bravo d'avoir réalisé votre projet ou cela était possible.
Réponse de le 26/03/2015 à 9:02 :
Normal ne serait-il pas un peu bloqué ? Il faut varier vos lectures, il n'y a pas que Zemmour, Baverez ou Nouhailac... Ni Pétain !!!
a écrit le 25/03/2015 à 9:38 :
Cette phrase est absurde dans son outrance. C'est ce genre de comportement qui alimente l'exaspération sociale et politique. Vraiment profitable à personne et cela ne grandit pas son auteur.
a écrit le 24/03/2015 à 18:50 :
Startup : « mieux vaut vivre aux Etats-Unis que mourir en France » ....2015 .... pour COMPRENDRE ..... c'était déjà vrai y' a 30 ans voir plus !!!!!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 24/03/2015 à 16:44 :
Tout plaide pour les Etats Unis! mentalité, droit du travail, accès aux financements, impôts, taille de marchéetc... Quitte à embaucher sur place des ingénieurs français qui auront quitté la France ! Le droit du travail interdit la création de start ups en France: limite à 48 heures par semaine, pas plus de 12 heures par jour, pas de travail la nuit ni le dimanche... Ces règles établies par des fonctionnaires ignorent la "vraie" vie des starts ups. Et si une réussite survient, elle sera décuplée aux USA. Désolé, la France n'est pas adaptée. La France est une terre de fonctionnaires, on ne peut pas tout avoir
Réponse de le 25/03/2015 à 12:30 :
Il y a aussi des problèmes là-bas, n'exagérons rien. Essayons juste de travailler sur ces problématiques de financement. C'est important.
a écrit le 24/03/2015 à 15:57 :
A condition de ne pas être malade pourquoi pas!?
Réponse de le 24/03/2015 à 19:03 :
tu t 'assures ou pas.... c'est un choix personnel .... ce n'est pas une volonté de l'état qui est choisi pour toi ! (nota: les règles sont différentes suivants les états US ... idem pour le CANADA)
Réponse de le 24/03/2015 à 19:13 :
.... idem en Allemagne ... il n'existe pas de caisse comme la CPAM valable pour tous, tu choisis ta caisse "AOK" pour la moins chère, bien entendu qui rembourse le moins .... idem pour les retraites.... etc quand tu vas à la pharmacie ... on ouvre la boite de médocs et on te donnes ... juste ce qu'il te faut ciseaux en main !!!!!!!!!!!!!! (je reconnais c'est assez déroutant)
Réponse de le 25/03/2015 à 8:47 :
D'accord avec pmxr. Sans compter que la sois disant gratuité des soins en France est une très mauvaise plaisanterie. Entre la sécu et la mutuelle un cadre moyen cotise pour 400 à 500 Euros par moi. ET c'est sans compter la part employeur!

Sur 30 ans ça fait quand même le prix d'une maison en province par personne qui part ailleurs aura du mal à payer sa propre maison (ce cadre n'y arrivera qu'avec son épouse). Est-ce que vraiment la mutualisation de tous les assurés sociaux implique une dépense aussi conséquente, ou est-ce que c'est un système mafieu?
Réponse de le 25/03/2015 à 18:12 :
La mafia, dans notre beau système de santé, géré par des socialistes qui ont le coeur sur la main (et un poil, aussi)... C'est une insulte à la "justice sociale" et aux "plus pauvres"...

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