Télécoms : les pérégrinations des images du Tour de France

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Romain Bardet, le leader d'AG2R La Mondiale (à droite), a emporté, jeudi dernier, la 12ème étape du Tour de France.
Romain Bardet, le leader d'AG2R La Mondiale (à droite), a emporté, jeudi dernier, la 12ème étape du Tour de France. (Crédits : Reuters)
Du 1er au 23 juillet, Orange déploie ses infrastructures le long du parcours de la Grande Boucle pour en assurer la connectivité. Derrière les images des coureurs avalant les kilomètres, se cachent de complexes dispositifs permettant aux télévision et aux médias du monde entier de couvrir l’épreuve.

Jeudi 13 juillet, peu après 17 heures. Au terme d'un finish tendu sur la pente à 16% de la piste de l'héliport de Peyragudes, dans les Pyrénées, Romain Bardet coupe victorieusement la ligne d'arrivée, puis s'effondre dans un grand sourire. Après avoir enquillé 214 kilomètres jalonnés de cols éreintants, le coureur français remporte la 12ème étape du Tour de France. Autour de lui, c'est le branle-bas de combat. Les caméras de télévision ne lâchent plus le leader d'AG2R La Mondiale d'une semelle. En tribune de presse, les journalistes du monde entier, micro en main, décryptent la victoire en direct. Tandis que sur La Toile, les premiers articles affluent, illustrés par les plus récentes photos d'agences. Dans l'ombre, au cœur de la zone technique d'arrivée - un espace de plus de 5.000 m2 où s'entassent les installations itinérantes de la Grande Boucle -, une vingtaine de techniciens d'Orange veillent au grain.

Depuis plus de 20 ans, l'opérateur historique gère toute la connectivité du Tour. Concrètement, c'est lui qui déploie des infrastructures télécoms le long des étapes. Ce qui permet aux médias de suivre et de retransmettre la compétition, mais aussi aux milliers de fans tassés sur les bords des routes de communiquer. Inconnus du grand public, ces dispositifs sont d'une rare complexité. Surtout lors des étapes de montagne, où le peloton traverse des bourgades aux infrastructures télécoms peu développées. Pour cette étape Pau-Peyragudes, Orange a sorti l'artillerie lourde. Pendant la course, les images des motos et des hélicoptères de télévision sont transmises à un autre hélicoptère, lequel les renvoie à un avion volant à 3.000 mètres d'altitude. Grâce à un faisceau hertzien, celui-ci les transmet à deux antennes greffées en haut d'une grue de 70 mètres, située dans la zone technique d'arrivée de Peyragudes. De là, les images sont envoyées au camion-régie de France Télévisions, puis aux dizaines de télés françaises et étrangères, aux radios, et aux plus de 500 journalistes de presse écrite qui suivent sur place la compétition en direct.

Le spectre d'un « noir total »

Les images, à l'instar de toutes les photos, articles et autres contenus journalistiques sont ensuite transmises au monde entier grâce à un réseau de fibre optique et par satellite. Toute cette avalanche de données transite par les camions d'Orange, véritables « centraux téléphoniques sur roulettes », plaisantent ses responsables, et points de convergence de toutes les télécommunications lors de la compétition. Autrement dit, pendant le Tour, « si Orange à un problème, tout le monde a un problème ! », rigole Henri Terreaux, responsable du dispositif de l'opérateur pendant la Grande Boucle. Lui, qui fête cette année son 20ème Tour de France, n'a qu'une inquiétude: que le réseau « tombe », ce qui plomberait la diffusion comme le bon déroulement de la compétition. Parmi les plus grosses pannes connues ces dernières années, il se rappelle du « noir total » essuyé en 1999, sur l'étape alpine Le Grand Bornand-Sestrière.

« Le matin tout allait bien, raconte-t-il. Mais à 14 heures, tout le réseau, qui fonctionnait avec des faisceaux hertziens, est tombé ! Tous les commentateurs se sont alors mis à utiliser leurs portables. Mais ce faisant, ils ont également surchargé notre relais mobile, qui est aussi tombé. Bref, nous nous sommes retrouvés totalement aveugle, et incapable de passer le moindre coup de fil... Tous les journalistes et commentateurs se sont rassemblés devant notre camion. Ils nous mettaient la pression pour savoir quand les communications seraient rétablies... [...] C'était l'apocalypse. »

Amélioration des infrastructures

D'après Henri Terreaux, Patrick Chêne, alors commentateur star de France Télévisions, a vu rouge. Furieux d'avoir perdu son accès télécoms, le journaliste le menace même de passer un « écran noir » pour expliquer à tous les téléspectateurs qu'Orange est seul responsable de ce raté... Finalement, après environ deux heures de black-out, l'opérateur parvient à rétablir une connexion satellitaire de fortune pour limiter les dégâts. Plus tard, Henri Terreaux découvrira qu'une liaison télécoms avait été traficotée par « des collègues de Midi-Pyrénées » quelques jours avant. Une mésaventure qui l'a, en tout cas, rendu très prévoyant. A Peyragudes, en cas de coup dur, Henri Terreaux affirme disposer de plusieurs « plan B » : « Ici, j'ai à ma disposition deux fibre optiques indépendantes et une connexion satellite », confie-t-il.

Ces moyens de télécommunications dernier cri sont, au passage, du jamais vu à Peyragudes, où l'Internet à très haut débit fixe n'existe pas. Pour les besoins de la compétition, Orange a tiré 14 kilomètres de fibre optique jusqu'à la station. Ces infrastructures resteront après la course. Ce qui permettra, d'après Orange, d'améliorer la connectivité des habitants de Peyragudes, même si les déploiements de fibre jusqu'à l'abonné ne verront pas tout de suite le jour. En outre, pour subvenir aux besoins des fans et des médias, Orange a aussi amélioré, pour la journée, la couverture mobile de la station avec une antenne 4G. Pour l'opérateur historique, le Tour de France est ainsi l'occasion de claironner qu'il se préoccupe d'« améliorer la connectivité des territoires ruraux », dixit ses dirigeants. Même si aujourd'hui, de nombreux élus locaux fustigent la lenteur des déploiements de l'Internet fixe à très haut débit dans l'Hexagone, et déplorent une fracture numérique désastreuse pour leurs administrés.

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