La Tribune

Deutsche Telekom : une fusion avec France Télécom serait compliquée

René Obermann, le patron de Deutsche Telekom, est "devenu un ami" de Stéphane Richard, celui de France Télécom. Copyright Reuters
René Obermann, le patron de Deutsche Telekom, est "devenu un ami" de Stéphane Richard, celui de France Télécom. Copyright Reuters
Delphine Cuny  |   -  553  mots
Arnaud Montebourg serait favorable à un rapprochement des deux opérateurs historiques allemand et français. La direction de Deutsche Telekom émet des réserves.

Les rumeurs de fusion entre France Télécom et Deutsche Telekom ont la vie dure. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, serait favorable à un tel rapprochement, sur le modèle du groupe EADS, et en aurait parlé avec Stéphane Richard, le PDG de l'opérateur historique, lors d'un rendez-vous à Bercy le 4 juin, selon le « Journal du Dimanche. » Au siège de France Télécom, on indique que "meme s'il y a de nombreux sujets de discussions et de collaboration avec Deutsche Telekom, il n'y a pas de discussion de fusion. » De l'autre côté du Rhin, on est semble-t-il un peu sceptique sur une telle fusion. « Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup d'avantages pour les deux parties, car on atteint des limites. Gérer un plus gros réseau pose généralement plus de défis qu'un plus petit réseau » a déclaré Niek Jan van Damme, le responsable de l'activité en Allemagne de Deutsche Telekom, à l'agence Bloomberg. L'Etat allemand contrôle 32% du capital de Deutsche Telekom, l'Etat français 26,9% du capital de France Télécom, dont 13,5% via le Fonds stratégique d'investissement.

Fusionnés au Royaume-Uni et JV dans les achats
Deutsche Telekom et France Télécom coopèrent déjà de façon poussée. Ils ont fusionné leurs filiales au Royaume-Uni et créé une joint-venture, Everything Everywhere, devenue le premier opérateur mobile britannique. Ils ont aussi mutualisé leurs achats au sein d'une co-entreprise, Buyin, dans les domaines des terminaux, des réseaux de communication mobile, des équipements de réseaux fixes et des plates-formes de services, soit 13 milliards d'euros dépensés par an. Buyin vise un montant annuel d'économies de 1,3 milliard d'euros après trois ans d'activité, dont environ 900 millions d'euros pour France Télécom-Orange et plus de 400 millions d'euros pour Deutsche Telekom, grâce à l'harmonisation des standards technologiques et aux économies d'échelle. A l'annonce, en avril 2011, la question d'une vraie fusion avait déjà été posée. Les deux groupes avaient soulevé des questions réglementaires, la Commission européenne étant assez prompte à bloquer les rapprochements de cette ampleur, pour les risques anticoncurrentiels qu'ils posent. Une fusion des deux opérateurs créerait un mastodonte de plus de 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires (45 milliards pour FT et 58 milliards pour DT) et près de 400.000 salariés (172.000 chez FT, 236.000 chez DT). En septembre 2010, le syndicat CFE-CGC Unsa de France Télécom s'était interrogé en voyant Deutsche Bank monter à plus de 5% du capital de l'opérateur français, y percevant les prémices d'un rapprochement « porteur de cohérence dans un marché européen arrivé à maturité. »

L'allemand René Obermann, un « ami » de Stéphane Richard
Les deux groupes auraient toutefois exploré diverses pistes pour approfondir leur collaboration, envisageant notamment un accès pour Deutsche Telekom aux marchés émergents où France Télécom est présent, un accord sur les frais d'itinérance transfrontaliers, la construction d'un réseau de fibre optique commun dans les zones frontalières et des discussions communes avec les fournisseurs de contenus, selon un document qu'a pu consulter l'agence Bloomberg. Enfin, Stéphane Richard ne cache pas que René Obermann, le directeur général de Deutsche Telekom, est « devenu un ami. » Jusqu'où ira l'amitié franco-allemande ?
 

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Commentaires

Global Two  a écrit le 16/06/2012 à 17:48 :

Il me semble qu'une telle expérience a déjà été tentée voici quelques années. Le succès fut, comment dire, mitigé :-)

NON  a écrit le 12/06/2012 à 21:35 :

Fusion de Orange Services et de T-Mobile, pourquoi pas, mais il faut préalablement couper France Telecom en deux : l'Infrastructure élmectrique, optique ert radio d'un coté, restant a 51% controlé localement, et Orange Services d'un autre coté, totalement provatisé (par transfert des parts de l'Etat vers France Telecom Infrastructures). Après, il n'y aura plus de confusion des genres