Nokia Siemens et Alcatel-Lucent : vers un «Airbus des télécoms » ?

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Après la montée à 100% de Nokia dans l'équipementier germano-finlandais, fournisseur notamment de Free Mobile, annoncée ce lundi, les spéculations reprennent sur la consolidation du secteur en Europe. Le gouvernement rêve d'une alliance avec Alcatel-Lucent.

Comme Sony, redevenu maître à bord de son ex-co-entreprise de téléphonie mobile - Sony Ericsson - l'an dernier, c'est au tour de Nokia de mettre un terme à sa joint-venture dans les équipements télécoms avec Siemens. Six ans après la création de Nokia Siemens Networks, qui est notamment le fournisseur unique d'équipements de réseau de Free Mobile, le groupe finlandais, champion déchu de la téléphonie mobile, a annoncé ce lundi qu'il prendra le contrôle à 100% du troisième équipementier européen, moyennant 1,7 milliard d'euros. Ce qui plaît aux investisseurs, l'action Nokia gagnant plus de 7%.

Un rachat pour quoi faire ? Tout d'abord permettre à Siemens de sortir. Pour mieux le vendre ensuite ? C'est le scénario le plus crédible. « Concernant l'avenir de NSN [...] toutes les options restent ouvertes » a d'ailleurs déclaré Stephen Elop, le PDG de Nokia, lors d'une conférence téléphonique ce lundi. Les deux actionnaires de NSN avaient déjà tenté il y a trois ans de vendre leur filiale, alors lourdement déficitaire, et avaient renoncé à l'été 2011. Les fonds d'investissement américains TPG, KKR, The Gores Group et Platinum Equity avaient regardé le dossier. Plus de risques de discordances entre actionnaires, Nokia pourra décider seul.

L'ex-boulet devenu pépite
De nombreux analystes penchent plutôt pour une introduction en Bourse, à terme. « C'est encore un peu tôt. Il faudra plusieurs trimestres de résultats positifs afin de prouver que le redressement est durable » estime l'un d'eux. Et de justifier un prix plus élevé que celui payé par Nokia, sans prime de contrôle (seulement 0,2 fois le chiffre d'affaires quand Alcatel-Lucent est valorisé 0,4 fois et Ericsson 0,8 fois) : NSN pourrait valoir 5 milliards d'euros (Alcatel en capitalise 3,2 milliards), alors que Nokia valait 11 milliards avant l'annonce de cette montée de 50% à 100% au capital.

Sorti du rouge depuis quatre trimestres, après une restructuration sévère (17.000 suppressions d'emploi soit près d'un quart de ses effectifs) et de nombreuses cessions, NSN a dégagé un bénéfice avant impôt de 196 millions d'euros au premier trimestre. « Boulet hier, joyau aujourd'hui ? » ironise un cadre d'Alcatel-Lucent. « Avec cette opération, Nokia s'achète un avenir, quoi qu'il arrive aux smartphones ou aux téléphones classiques », considère Pierre Ferragu, analyste chez Bernstein. C'est aussi l'avis d'un autre expert, à Paris, observant que « la partie infrastructures de réseaux génère du cash.

L'activité de terminaux, toujours à la peine, pourrait être vendue à Microsoft [dont Nokia utilise le système d'exploitation pour mobile]. Il ne resterait plus que les réseaux. » Une incroyable ironie de l'histoire après que Nokia eut tenté de se désengager du business des équipements de réseaux, jugé moins sexy et condamné à la déflation... Aux yeux des experts de JP Morgan, « le dénouement est proche. Nokia est une entreprise pragmatique. Si elle se rend compte que les téléphones sous Windows n?ont pas conquis 5% de part de marché fin 2013 début 2014, nous pensons qu?elle se tournera vers le plan B, qui pourrait être une vente ou une fermeture de l?activité de terminaux, ou bien la conservation des seuls téléphones d?entrée de gamme pour la trésorerie qu?ils génèrent. »

Constituer un champion européen des télécoms
L'autre scénario est un rachat par un industriel. Par un Chinois tel que le géant Huawei, qui vient d'évoquer son intérêt pour Nokia (avant de se rétracter) ? C'est quasi mission impossible vu le caractère sensible des équipements de réseaux, qui plus est sur fond de regain d'inquiétude en Europe à l'égard de la surveillance généralisée après le scandale Prism. Même le rachat par des fonds américains pourrait d'ailleurs soulever une levée de boucliers. Le suédois Ericsson, déjà leader mondial, résiste bien et ne serait pas très complémentaire de NSN.

En revanche, il pourrait y avoir un intérêt à marier NSN et Alcatel-Lucent, qui a perdu pas mal de terrain en Europe, dont il s'était détourné au profit de l'Amérique du Nord, lancée très tôt dans la 4G. A Bercy, on s'est pris à rêver d'un « EADS ou un Airbus des télécoms » il y a quelques mois, un rapprochement franco-allemand entre les deux équipementiers européens les plus faibles, troisième et quatrième mondiaux, qui seraient alors plus solides pour affronter les redoutables chinois. On surveille toujours de très près le sort de l'équipementier français, dont le nouveau patron, Michel Combes vient de présenter le plan de transformation à trois ans, Shift.

« Il faudra sans doute à Alcatel-Lucent un partenaire complémentaire, par exemple un Samsung, ou même une fusion avec NSN », assure aujourd'hui un haut fonctionnaire à Bercy. Les ministres Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin ont cosigné la semaine dernière une tribune sur la nécessité de « favoriser la constitution de champions européens des télécoms », même s'ils parlaient plutôt des opérateurs, dans l'optique de relancer l'investissement (en équipements donc). Fleur Pellerin se rend d'ailleurs ce mercredi au centre de R&D d'Alcatel à Villarceaux où sera signé un contrat de filière des télécoms.

Problème de ce scénario d'une fusion entre Alcatel-Lucent (72.000 employés) et NSN (56.700) : « des risques opérationnels et politiques trop grands », selon un expert, qui n'y croit pas vraiment : « il y aurait des synergies, en termes de produits et de géographies, mais aussi des doublons ce qui signifierait des licenciements, ça ne passerait pas. » Condamnés à s'allier ou à coexister ? Comme le relève ce spécialiste du secteur : « cela fait dix ans qu'on entend qu'il y a au moins un équipementier télécoms de trop ! Les Américains ont disparu, les Chinois les ont remplacés et Alcatel-Lucent n'est pas mort », défiant tous les pronostics.
 

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Commentaires
a écrit le 19/10/2013 à 13:21 :
je veux un alcatel
a écrit le 03/09/2013 à 11:26 :
L'article montre bien comment la France se met hors jeu. AL se redéploie sur le marché américain (exit la culture Alcatel) et NSN s'autonomise pour mieux répondre à la demande européenne. Une fusion ne fonctionnent bien que pour des entreprises qui ont des cultures compatibles : AL + NSN est une ad-équation impossible.
a écrit le 02/07/2013 à 8:25 :
Tout ce qui est évoqué ci-dessus ne doit surtout pas se réaliser en l'etat sinon AL n'en aurait pas fini des restructurations sans fin et le contribuable de pleurer.
a écrit le 02/07/2013 à 7:39 :
Les 3 pour cent de la Caisse des dépôts permettent-ils la naissance de plans stratégiques..nous sommes dans le domaine du rêve..article sans intérêt, si ce n'est de rappeler l'incroyable perte de valeur subie par les actionnaires depuis 15 ans..
a écrit le 02/07/2013 à 6:37 :
La France rêve de transférer sa méthode de gestion des mécanos industriels au niveau européen, avoir toujours un champion ici, un leader là, quitte à démembrer des sociétés ou les faire fusionner de force. Il est sans doute encore un peu tôt pour créer un capitalisme d'état à la sauce européenne( qui a toujours prouvé le contraire en détruisant l'idée de champion européen bien souvent au bénéfice de firmes américaines), pour l'instant les projets qui ont réussi concernaient plutôt 2 états qui s'entendaient, mais dès qu'on doit décider à 3 ou plus, plus rien ne marche, et le problème avec les multinationales est que leurs implantations sont réparties sur largement plus que 2 états.
a écrit le 01/07/2013 à 21:33 :
L'auteure de l'article serait-elle l'épouse de monsieur Lingus :-)
Réponse de le 03/07/2013 à 14:50 :
On ne fait pas de plaisanteries sur les noms des personnes, surtout quand ces plaisanteries sont grossières.

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