Abolition des tarifs mobiles d'itinérance en Europe : «on risque de tuer les opérateurs»

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(Crédits : AFP)
Un mois après la sortie de la commissaire européenne, Neelie Kroes sur la suppression du « roaming », les opposants à ce projet aux effets jugés potentiellement dévastateurs commencent à donner de la voix. Y compris du côté du régulateur.

Abolir le « roaming » - les frais d'itinérance facturés lorsqu'on appelle de l'étranger avec son mobile - éventuellement dès l'an prochain : la sortie de Neelie Kroes à la fin mai n'a pas fini de faire des vagues. Stéphane Richard, le patron d'Orange, est intervenu à plusieurs reprises pour dénoncer une mesure qui reviendrait « à faire subventionner les touristes allemands, néerlandais ou anglais, nombreux à migrer vers le sud pour leurs vacances, par les Grecs, les Italiens ou les Espagnols » et aboutirait à « un transfert de plusieurs milliards d'euros. » Une disposition qui serait « consumériste et dangereuse», s'affole la plupart des opérateurs.

Même le régulateur français des télécoms, l'Arcep, souvent taxé lui aussi d'être « trop consumériste », estime qu'une suppression pure et simple pourrait avoir des effets « potentiellement dévastateurs », explique l'entourage du collège de l'Autorité. En public, le président de l'Arcep, Jean-Ludovic Silicani, se garde de toute attaque frontale, d'autant que le projet de la Commission n'a pas été encore formellement explicité : aux Assises du très haut débit ce jeudi, tout juste a-t-il évoqué « certains outils [qui] pourraient avoir l'effet inverse de celui recherché », à savoir créer un marché unique européen des télécoms.

« Il y aurait beaucoup de morts »
En réalité, supprimer le roaming brutalement « risque de tuer les opérateurs européens » estime-t-on à l'Arcep. Benoît Loutrel, le directeur général du régulateur des télécoms, n'avait pas caché sa pensée sur le sujet le mois dernier : « si on décrétait l'abolition du roaming, on aurait immédiatement 300 opérateurs en concurrence frontale. Il y aurait beaucoup de morts. » En effet, « lorsque vous achetez un abonnement mobile, vous achetez une couverture. En France, elle est très vaste et de bonne qualité car on a imposé des contraintes politiques fortes dans les licences. Si vous mélangez des opérateurs de pays aux contraintes différentes, ça ne va pas fonctionner », avait-il poursuivi lors du Forum des télécoms organisé par « Les Echos ».

S'il n'y a plus de surcoût lorsque l'on appelle d'un autre pays européen, les consommateurs pourraient souscrire « un abonnement low-cost chez un opérateur d'un petit pays, maltais ou chypriote par exemple, qui ne supporterait pas du tout les mêmes obligations de déploiement qu'un opérateur français », décrypte un proche du collège. « On entend dire que quatre opérateurs c'est déjà trop. Alors imaginez si l'on supprime le roaming et que l'on peut choisir entre une centaine d'opérateurs ! Les prix seraient tirés à la baisse, vers zéro. »

De l'itinérance comme pour Free... mais gratuite !
Il y aurait donc des gagnants et des perdants. « On se plaint du contrat d'itinérance accordé à Free Mobile, qui lui a donné un vrai coup de pouce en lui assurant une couverture nationale tout de suite, mais au moins il paie à Orange. Là, ce serait totalement gratuit pour tous les autres », s'étrangle un opérateur, qui s'interroge. « A quoi cela sert-il encore d'acheter des fréquences et de construire un réseau ? » Le sujet passionne les marchés financiers. Pour pouvoir miser sur le bon cheval, « tous les analystes essaient d'en savoir plus », explique un proche du dossier. Le gouvernement n'est pas favorable à cette abolition. Il fera valoir sa position lors du Conseil des ministres européens des télécoms qui se réunira à la fin octobre 2013.
 

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Commentaires
a écrit le 09/07/2013 à 15:33 :
en maintenant le Roaming on risque de tuer les clients.....le Roaming est un contre sens en Europe.
a écrit le 05/07/2013 à 17:05 :
Ce n'est qu'une question de temps. Le problème des opérateurs européens c'est d'être morcelés. Même un opérateur comme Orange, qui affiche un nom unique sur plusieurs pays, n'est qu'une collection de sociétés indépendantes, sans que le management soit véritablement centralisé et capable d'imposer ses décisions (d'ailleurs encore faudrait il qu'il en prenne...). Les réseaux de chaque pays sont indépendants, les systèmes d'informations aussi, etc. Ce n'est pas un modèle viable dans un marché unique parce qu'il rend faible des structures qui sont forcément lourdes vu le marché concerné. Si une telle société était organisée comme une vraie multinationale, le prix du roaming aurait beaucoup moins d'importance, puisqu'il aurait tendance à s'équilibrer forcément entre les différentes filiales, qu'il coûte 0 ou 100 la minute. La concurrence du petit opérateur parasite n'existe pas vraiment, rien n'empêche aujourd'hui un opérateur de décourager l'interconnexion avec un autre, donc la qualité de service, ce qui est déjà fait tous les jours aujourd'hui, mais sans le dire...
a écrit le 05/07/2013 à 12:48 :
Les compagnies francaises adorent garder leurs pigeons dans les cages. S'ils sont liberes, ils ont peur qu'ils s'envolent ailleurs. Alors on trouve toutes les excuses possibles pour faire payer les pigeons ;-) Et les pigeons paient et paient.
a écrit le 05/07/2013 à 10:50 :
Une bonne solution pour lutter contre le prix de l'itinérance serai de garder les opérateurs européen actuel mais de laisser le choix a l'utilisateur de l'opérateur qu'il utilise a l'étranger, et que donc les opérateurs ne s'occupent que de leur propre réseau

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