Le smartphone, la télécommande de notre vie

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(Crédits : Statista*)
Bardés de capteurs et dopés à la 4G, bientôt à la 5G, et à l'Intelligence artificielle (IA), nos smart-téléphones se muent en véritables cerveaux. Ils sont désormais en mesure de surveiller et de conseiller de plus en plus finement leur propriétaire en fonction de ses affinités, de son humeur, de sa santé... Au risque de devenir plus indispensables que jamais.

Ce jeudi matin, Jacques emmène ses enfants à l'école. Il reçoit une alerte sur son mobile : cela fait maintenant deux jours que son rythme cardiaque est un peu plus rapide que d'habitude. Son assistant personnel, baptisé Gaston, lui propose d'envoyer ces informations à son médecin traitant. Jacques accepte. Un quart d'heure plus tard, mail du docteur : celui-ci souhaite le voir dès que possible. Il propose deux horaires : l'un à 13 heures, l'autre à 19 heures. En regardant l'agenda en ligne de Jacques, Gaston constate que ces deux propositions conviennent. Toutefois, l'assistant conseille le premier créneau, étant donné que de gros bouchons sont prévus en fin d'après-midi dans le centre-ville, où se trouve le cabinet médical. Dans la foulée, Gaston suggère de réserver un VTC sur « Porte-à-porte », le nouveau service préféré de son maître.

Ce soir-là, les rues sont bien encombrées, et il pleut des cordes. Farida rentre chez elle, s'effondre sur son canapé. En temps normal, elle ne refuse jamais un verre après le travail. Mais avec cette météo capricieuse, la jeune femme n'aspire qu'à rester chez elle, au chaud. Jackson, l'assistant personnel de son smartphone, connaît bien ses habitudes. Après avoir géolocalisé Farida à son domicile, il la prévient qu'une nouvelle série de zombies, son genre favori, est disponible sur son application de SVOD. Il lui propose même de télécharger la première saison en intégralité sur sa tablette. Jackson a anticipé que Farida prend un vol tôt le lendemain matin. Or la dernière fois qu'elle a pris l'avion, elle n'a pas pu visionner le film qu'elle souhaitait faute de disposer d'une connexion Internet suffisamment rapide...

Ces deux exemples relèvent bien sûr (à peine...) de la pure fiction. Mais ils illustrent à quel point le smartphone pourrait devenir, d'ici peu, une véritable « télécommande de la vie ». Ou plutôt une sorte de prothèse intelligente ultime. Celle qui permet de commander une pizza, de réserver une place de cinéma, d'ouvrir sa voiture, de trouver son chemin, de regarder un film, d'activer le chauffage avant de rentrer chez soi, de suivre sa santé, de gérer ses comptes bancaires, et bien sûr, de garder contact avec ses proches. Le tout, en bénéficiant de conseils et de services d'assistance toujours plus ultra-personnalisés.

Un monde où tout est connecté

Trois facteurs expliquent cette révolution. Le premier relève de l'essor conjoint de l'Internet des objets - ou « IoT » pour Internet of Things - et du big data, qui repose sur l'analyse des montagnes de données qui en découlent. Des voitures aux chaussures, des compteurs électriques aux réfrigérateurs, des routes aux canalisations... Petit à petit, des milliards de capteurs envahissent les objets du quotidien et l'espace public. Connectés à Internet, ils apportent des informations précises sur l'usage et l'utilisation d'un bien, mais aussi sur son environnement direct. Les dizaines de capteurs aujourd'hui greffés sur les automobiles apportent par exemple des indications sur la conduite d'un individu. Mais ils peuvent aussi, à un instant donné, renseigner sur la météo ou la circulation. Toutes ces informations abondent des bases de données, qui sont elles-mêmes de plus en plus interconnectées.

Grâce au smartphone, qui n'est finalement qu'un objet connecté parmi d'autres, son propriétaire se greffe à cette multitude, y apportant ses propres informations personnelles. Bardé de capteurs, un terminal est aujourd'hui capable de mesurer le pouls ou de géolocaliser son propriétaire. Grâce aux applications, le smartphone connaît nos déplacements, nos achats, nos affinités et nos habitudes personnelles et professionnelles. Il est devenu un vaste lieu de transit pour le maelström d'informations, de messages, de photos ou de vidéos échangés tous les jours sur les réseaux, plateformes et moteurs de recherche (Facebook, Twitter, Instagram, Amazon, Google, Apple, Uber, Airbnb...). Pour le meilleur et pour le pire, le mobile est devenu un aspirateur à données personnelles, ainsi qu'un portail d'accès privilégié à tous les services numériques. L'un se nourrissant de l'autre, inlassablement.

De la 4G à la 5G, des réseaux de plus en plus performants

Le second facteur, c'est la connectivité. Générer des données est une chose. Mais encore faut-il les acheminer vers des data centers - où moulinent les services et applications -, et vers les smartphones. Autrement dit : pas de « télécommande de la vie » sans réseaux télécoms adaptés. C'est la raison pour laquelle les opérateurs et équipementiers du monde entier investissent massivement dans la 5G, la prochaine génération de téléphonie mobile. Celle-ci, qui devrait voir le jour au mieux d'ici 2020 ou 2021, offrira des débits faramineux. Lesquels permettront, par exemple, de télécharger un film en haute définition en quelques secondes. Mais en parallèle, la 5G sera calibrée pour gérer les myriades de connexions simultanées des objets connectés.

En attendant, plusieurs technologies se développent sur des segments spécifiques. Les opérateurs mobiles ne sont pas en reste. De plus en plus de voitures sont, par exemple, équipées de cartes SIM « M2M » (pour Machine to Machine). Selon le cabinet IHS, leur nombre devrait passer de 36 millions d'unités à 152 millions d'ici à 2020. En parallèle, plusieurs opérateurs viennent d'adopter le standard Narrow Band-IoT (NB-IoT), qui permet de connecter tous nos objets intelligents aux réseaux 4G. De leur côté de nouveaux acteurs, comme le français Sigfox ou le réseau international de Lora Alliance, développent des technologies concurrentes pour connecter quantité d'objets, en bas débit et à très faible coût.

La percée de l'IA

Le troisième facteur n'est pas moins primordial. C'est l'arrivée de l'intelligence artificielle (IA), qui permet aux applications et aux smartphones de transformer les données en conseils et services personnalisés. À ce petit jeu, les fameux Gafa américains (Google, Apple, Facebook et Amazon) sont en première ligne. Tous développent leurs propres bots - logiciel opérant de manière autonome et automatique - et assistants virtuels personnels (VPA). Intégrés dans les smartphones, des haut-parleurs et autres objets connectés, ces robots intelligents, capables d'écrire et de converser avec leur propriétaire, effectuent des tâches de plus en plus complexes. Au lieu d'ouvrir plusieurs applications séparément pour trouver un restaurant, acheter un billet d'avion, ou réserver un taxi, nous n'aurons peut-être plus, d'ici peu, qu'à nous en remettre systématiquement à notre assistant virtuel. Lequel, avec le temps, apprendra à mieux nous connaître et à cerner nos habitudes. Comme privilégier un vol à bas prix ou en classe business selon le profil d'une personne ou la raison de son déplacement.

Sur ce créneau, Amazon est en avance. Début janvier, au Consumer Eletronic Show de Las Vegas, le géant américain a suscité l'attention de toute la planète high-tech avec Alexa, son système de commande vocale intelligent. Intégré dans Echo, une petite enceinte, celui-ci se veut l'interface de référence pour la maison connectée. Une fois configuré sur son smartphone avec tous les objets connectés compatibles, Alexa peut, sur simple commande vocale, mettre en route le four, allumer la lumière ou lancer une playlist musicale. Mais ce n'est pas tout : Alexa peut également donner la météo, le nom d'un Premier ministre, égrener ses prochains rendez-vous ou réserver une table au restaurant. D'après Amazon, Alexa sera bientôt intégré sur plusieurs smartphones, à commencer par ceux des chinois Huawei et Lenovo.

La bataille annoncée des assistants personnels

Dans ce qui s'annonce comme une féroce bataille entre assistants personnels pour contrôler les objets connectés, Google (avec Google Assistant), Apple (avec Siri) ou Microsoft (avec Cortana) ne sont pas en reste. Lors du Mobile World Congress de Barcelone, le mois dernier, Google a annoncé qu'Assistant était maintenant accessible à tous les terminaux équipés des dernières versions d'Android, son système d'exploitation maison. Dans le même temps, le groupe de Mountain View a précisé que son bébé serait notamment présent dans le nouveau smartphone de référence de LG, le G6. Reste que ni Assistant, ni Alexa ne sont, pour l'heure, disponibles en langue française, à la différence de Siri, intégré dans les iPhone.

Quant à Facebook, le groupe de Mark Zuckerberg met aujourd'hui les bouchées doubles pour transformer la messagerie Messenger, qui compte 1 milliard d'adeptes, en une plateforme de référence de l'ère post-applications. Au printemps dernier, le réseau social a autorisé les développeurs à créer des robots conversationnels sur sa messagerie instantanée. Six mois plus tard, 33000 d'entre eux ont vu le jour... à l'instar de celui de la SNCF. Dénommé « Voyages-sncf.com Bot », celui-ci permet de réserver un billet de train. Il suffit d'écrire « Je veux partir à Marseille le 12 avril » pour se voir proposer plusieurs trains. Puis en demandant « Quel est le moins cher ? », le bot, qui sait que l'on se trouve à Paris, répond « Voici le prix le plus bas », avant de proposer un départ peu après midi, à 30 euros. Et la discussion se poursuit, jusqu'à la réservation et au paiement. En cas d'option, le bot se charge, au bout de quelques jours, de rappeler à l'intéressé qu'il doit effectuer son paiement.

Sous ce prisme, la révolution du smartphone n'en est qu'à ses débuts. D'une « prothèse cérébrale », où l'on se déleste déjà de nombre d'informations essentielles, il se mue en assistant personnel intelligent. Lequel, dans un futur proche, connaîtra possiblement son propriétaire mieux que lui-même. Une perspective aussi incroyable qu'effrayante. Ce qui suscite déjà des débats enflammés sur la place de la technologie dans notre quotidien, ou sur la protection de la vie privée.

*Un graphique de notre partenaire Statista

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Commentaires
a écrit le 18/03/2017 à 8:43 :
et si la "telecommande de leur vie" pouvait en zapper certain, ca ferait un sacré paquet de c.... en moins !
a écrit le 18/03/2017 à 8:42 :
et si la "telecommande de leur vie" pouvait en zapper certain, ca ferait un sacré paquet de c.... en moins !
a écrit le 17/03/2017 à 23:24 :
ni plus ni moins qu'un super robot assistant que Hamon pourra taxer!
a écrit le 17/03/2017 à 17:33 :
Notes, s'appuyer sur la bêtise humaine a toujours fait marcher le commerce...
a écrit le 17/03/2017 à 13:15 :
Tres heureux de ne pas en avoir ! Ce qui accessoirement me permet de substantielles économies ( mon forfait est à 3 euros mensuels pour téléphoner et mon portables est à 10 euros en supermarché ) . Néanderhal peut etre , mais que c'est bon .

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