« Orange ne laisse que quelques miettes » à la concurrence

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Pour Pierre-Olivier Lompré, Orange est totalement monolithique, et bloque purement et simplement l’accès au marché aux autres opérateurs.
Pour Pierre-Olivier Lompré, "Orange est totalement monolithique, et bloque purement et simplement l’accès au marché aux autres opérateurs". (Crédits : DR)
Directeur général de Nerim, un opérateur télécoms d’entreprises, Pierre-Olivier Lompré juge les pratiques actuelles d’Orange anti-concurrentielles. Il s’inquiète de devoir, à terme, mettre la clé sous la porte si la situation devait perdurer.

Alors qu'Orange fait l'objet d'une enquête de l'Autorité de la concurrence concernant des « discriminations » sur le marché des télécoms professionnels, Pierre-Olivier Lompré, le directeur général de Nerim - un opérateur avoisinant les 40 millions d'euros de chiffre d'affaires -, tire la sonnette d'alarme. D'après lui, l'opérateur historique garde pour lui les segments les plus profitables de ce marché de 12 milliards d'euros, et dont il possède environ 60%. Explications.

 La Tribune : Les griefs de l'Autorité de la concurrence envers Orange sont-ils justifiés ?

Pierre-Olivier Lompré : Evidemment, mais le sujet n'est pas nouveau. L'Autorité de la concurrence enquête aujourd'hui suite aux plaintes de Bouygues Telecom et de SFR. Mais celles-ci ont été déposées respectivement en 2008 et 2010 ! En outre, il ne reste que la plainte de SFR, puisqu'Orange a mis 300 millions d'euros sur la table pour que Bouygues Telecom abandonne ses poursuites... La justice, comme la presse, ne s'y intéressent que maintenant. Mais nous, cela fait plusieurs années que nous souffrons de discriminations...

Quelles sont-elles ?

Concrètement, pour certaines offres destinées aux professionnels, nous devons passer par l'infrastructure d'Orange. Or sur certains créneaux, les tarifs de gros de l'opérateur sont très chers par rapport aux prix qu'il pratique lui-même pour le même type de clientèle. Sur certains segments, Orange est totalement monolithique, et bloque purement et simplement l'accès au marché aux autres opérateurs.

Vous auriez un exemple ?

Bien sûr, prenez l'offre fibre entreprise d'Orange. Vous avez l'offre fibre Pro Équilibre à 65 euros, et la fibre Pro Intense à 75 euros. Ces produits font un carton, avec un très bon rapport qualité/prix. L'offre Pro Intense, en particulier, propose une fibre à 500 Mb/s, qui correspond parfaitement à la demande actuelle du marché. Mais nous, nous n'y avons pas accès : lorsqu'on demande à Orange de pouvoir également profiter de cette gamme, ils nous disent « non ». L'opérateur s'est donc créé un monopole sur ce segment. En d'autres termes, on a le sentiment de n'avoir accès qu'à quelques miettes du marché, pendant qu'Orange garde pour lui la part la plus profitable.

Craignez-vous pour l'avenir de votre activité ?

Nous sommes effectivement très inquiets. Cette situation est de plus en plus pénalisante. Car ce qu'il faut comprendre, c'est qu'outre Internet, la fibre permet aussi de faire passer la téléphonie et les flux informatiques permettant d'accéder, par exemple, à nos data centers. La fibre devient un véritable mono-tuyau où passent toutes les communications. Et si on nous empêche d'y accéder, on risque à terme de devoir mettre la clé sous la porte, de se faire évincer. C'est un vrai problème pour nous et tous les petits opérateurs. Cela nous freine notamment pour recruter ou investir en recherche-développement.

Dans ce contexte, comment tirez-vous votre épingle du jeu ?

Heureusement, nous ne sommes pas discriminés partout. En Île-de-France, nous sommes relativement autonomes puisque nous disposons de notre propre réseau de fibre optique. Ici, l'opérateur historique nous fournit juste l'accès à la boucle locale (ou paire de cuivre, donnant accès aux locaux des clients), dont le prix est fixe et identique pour tous les acteurs. En dehors de l'Ile-de-France, en revanche, nous avons des accords avec d'autres opérateurs, dont Orange.

De manière générale, on se démarque de ses offres standardisées par une plus grande personnalisation. Contrairement à l'opérateur historique, on arrive à faire passer dans la fibre plusieurs usages correspondant aux besoins des clients. Ainsi, un cabinet d'architecture pourra stocker à distance ses plans en 3D dans nos data centers, disposer d'une très bonne connexion Internet, tout en ayant la possibilité de mener des conférences téléphoniques.

Orange risque d'écoper d'une amende importante. On évoque le chiffre de plusieurs centaines de millions d'euros... Mais cette affaire aura-t-elle un impact sur la régulation du secteur ?

On l'espère ! Nous voulons surtout que dans le sillage de l'Autorité de la concurrence, l'Arcep (le gendarme des télécoms, Ndlr), se saisisse du dossier. Et oblige l'opérateur historique à nous donner l'accès à des segments du marché à des prix corrects. Rappelons qu'on a déjà eu le même problème dans les années 1999-2000. Alors que régnaient en maître les vieux modems 56 kb/s, France Télécom (devenu Orange depuis, Ndlr) avait lancé via Netissimo la première offre haut débit ADSL. Mais l'opérateur nous en avait privé l'accès...

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a écrit le 18/05/2015 à 10:55 :
Toujours les mêmes qui pleurent mais personne pour investir...
a écrit le 16/05/2015 à 17:00 :
C'est certainement pas une course de vitesse à l'innovation. Pour investir, Orange verrouile préalablement des marchés juteux, quite à indemniser les concurrents 10 ans plus tard. Mais le temps de verrouillage est très long du fait de la bureacratie française. La France est ainsi très en retard sur le déploiement de la fibre. Ici ce sont les entreprises qui paient en premier, très cher, comme il en fut pour transpac, l'adsl, et le telephone cellulaire.
Réponse de le 17/05/2015 à 10:28 :
pour la fibre c'est principalement Orange qui investie
pour le prix , au contraire ils estiment qu'orange est pas assez chers
Bref c'est l'inverse de vos propos
a écrit le 16/05/2015 à 12:02 :
Orange sera toujours en position dominante puisque c'est orange qui investi dans le matériel. Ces "operateurs" ne sont que des loueurs d'infrastructure, qui veulent le beurre et l'argent du beurre. Concurrence veut dire investissement dans les infrastructures! ET LA, le client final sera gagnant! Pour l'instant client=pigeon
a écrit le 16/05/2015 à 10:07 :
L'abus d'Orange consiste à imposer "un contrat professionnel" avec tarif professionnel plus élevé que l'abonnement du particuler y compris pour les TPE.,artisans ,petits commerces etc.
Pour moi le meilleur tarif en tout inclus est proposé par Free et par la Freebox,aucune mauvaise surprise.
La concurrence est une bonne chose car Orange considérait les clients comme clients captifs depuis des années du fait de leur monopole.
a écrit le 16/05/2015 à 8:38 :
La question générale de la structure du marché des infrastructures n'est toujours pas réglée. Le service utilisant les infrastructures est naturellement concurrentiel et l'état n'y a pas sa place. Par contre l'infrastructure est naturellement monopolistique sur une zone géographique donnée. Ou bien elle génère une rente (autoroutes, eau, aéroports...) ou bien elle doit être gérée par une structure publique mais dans les deux cas elle doit faire l'objet d'une régulation stricte. La difficulté est d'arriver à séparer les deux marchés ; dans les télécoms on n'a toujours pas trouvé la solution définitive....probablement cela se terminera par une régulation européenne de l'accès neutre (radio ou fibre) permettant à certains OTT (dont Google) de faire des télécoms...car les télécoms ne sont plus un marché national
a écrit le 16/05/2015 à 7:53 :
Une fois de plus le délinquant historique dirigé par des inspecteurs des finances sûrs de leur impunité est poursuivi.
a écrit le 15/05/2015 à 18:56 :
Auto interview. Mais aucun auto investissement. Bravo nerim. Et bravo latribune pour le manque d'auto reflexion. Aucune remise en cause. Bref un article comme le journal et comme la petite structure parasite : lamentable. OVH eux ils innovent et ne de plaignent pas comme des malheureux.
a écrit le 15/05/2015 à 15:45 :
Ramassis de C...
Le vrai pb c'est Free qui tue le marché en pratiquant des prix trop bas, Orange est une cible privilégiée car connue, c'est mieux de taper dans le gras en piquant dans l'assiette du voisin plutôt que de créer quelque chose de neuf.
a écrit le 15/05/2015 à 12:20 :
Si les monopoles disparaissent, ou donc iraient pantoufler les kleptocrates?
Elementaire, mon cher Watson
a écrit le 15/05/2015 à 12:20 :
l'alternative c'est qu'il fasse une augmentation de capital et se finance son propre reseau!!!
c'est quand meme marrant tous ces gens qui veulent juste des couts variables, histoire de ne supporter aucun risque ( 'couts fixes', en controle de gestion! ) et de rester parfaitement liquide!
comme les gens qui ont une boite pas rentable, dans laquelle ils ne veulent pas trop investir, et qui reprochent a leur banquier de ne pas faire open bar sur les credits! faut arreter de prendre les autres pour des jambons!
Réponse de le 15/05/2015 à 18:08 :
La dernière fois que j'ai Nerim dans un salon, ils avaient embauché une douzaine d'étudiantes en mini short pour distribuer leur plaquette. Orange a une position certes anti- concurentielle, mais peut-être que l'effort est aussi a faire dans l'orientation des budgets ( plus de RetD , moins d'hotesses en mini short)...
a écrit le 15/05/2015 à 11:11 :
Concurrence artificielle : "l'autorité" veut des prix de gros qui soient forcément inférieur aux prix de l'opérateur historique qui finance ses infrastructure et refuse que des parasites en profite. Comme c'est bizarre...
a écrit le 15/05/2015 à 11:05 :
L'état repose sur des monopoles divers. Cette affaire n'est pas étonnante. Il faudrait boycotter Orange ex France Télécom. Ce pays est colonisé par l'état mais que faire? On ne peut se libérer qu'en émigrant.

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